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FRANCE

Grève historique des lycées français de l'étranger : "On casse un outil du soft power"

© Peter Parks, AFP | Un membre de la sécurité dans le lycée français de Shangai, juin 2013.

Texte par Aude MAZOUÉ

Dernière modification : 28/11/2017

Tous les syndicats d’enseignants français de l’étranger ont appelé lundi à la grève pour dénoncer les économies et suppressions d'emplois prévues par l'État. Une première. "Le gouvernement casse, selon eux, un outil du soft power".

"C’est une grève historique", déclare Sébastien Ville, militant SNES-FSU Hors de France, syndicat majoritaire des enseignants français à l’étranger, à France24. D’une même voix, tous syndicats confondus du secteur ont appelé, lundi 27 novembre, les 500 lycées et établissements des quatre coins du globe à se mobiliser pour dénoncer les 33 millions d'euros d’économies que le gouvernement compte réaliser.

Un "coup brutal" porté au budget de l'Agence pour l'enseignement du français à l'étranger (AEFE), l'établissement public qui chapeaute le réseau, dépendant du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères. "D’après les premiers chiffres dont nous disposons, la mobilisation est sans précédent, poursuit le syndicaliste. À Milan, 95 % du personnel résident est en grève, 90 % à Pékin, 71 % à Pondichéry, c’est du jamais-vu."

>> À lire : Les Français de l'étranger se sentent oubliés par le nouveau gouvernement

Rien d’étonnant à cela "tant les conséquences sont énormes", s’inquiète le syndicaliste. La mesure équivaut à "une baisse de près de 10 %" du budget de l'AEFE et va conduire à supprimer "plus de 500 postes d'enseignants titulaires, soit 8 % des effectifs actuels" sur les trois ans à venir, précise un communiqué du syndicat majoritaire.

Inquiétudes

La baisse de dotation gouvernementale devrait également peser sur les frais de fonctionnements des établissements. "Comprenez la colère des parents : cela veut dire qu’il y aura moins de professeurs titulaires à la rentrée prochaine et des frais de scolarité plus élevés à la charge des familles", s’indigne Sébastien Ville. Si 20 à 25 % des élèves scolarisés dans les établissements étrangers bénéficient d’une bourse, beaucoup de parents auront des difficultés à financer les 5 000 à 15 000 euros de frais que coûtent en moyenne les établissements de l’étranger, redoutent les syndicats. "Tous les élèves qui y sont scolarisés ne sont pas des enfants de stars locales. Il y a beaucoup de parents d’élèves employés aux revenus modestes qui ne pourront pas assumer une hausse des frais de scolarité".

Au-delà de l’aspect pécuniaire, les incertitudes portent également sur la qualité de l’enseignement, souligne Hélène Conway-Mouret, sénatrice socialiste, ancienne Ministre des Français de l’étranger à France 24. "Je reviens de Tanger où j’ai pu percevoir ces derniers jours la grande inquiétude des parents d’élèves face à la baisse du recrutement des professeurs titulaires. Faute de moyens, les établissements seront obligés de recruter des enseignants locaux qui ne bénéficient pas des mêmes formations et qui sont très difficiles à recruter, car très rares", souligne l’élue.

Un risque d’ubérisation

Autre conséquence, la hausse des frais de scolarité et la baisse du nombre de titulaire risquent d'entraîner le déconventionnement d'établissements, donc une privatisation encore plus grande du réseau, s’alarment en outre l’ensemble des syndicats d’enseignants. "Au Maroc comme ailleurs, des parents soupçonnent une volonté politique de fragiliser financièrement l’AEFE pour glisser progressivement vers un fonctionnement privé", relaie la sénatrice socialiste. "'La force du réseau, qui dépend du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, tient à l’implication de l’État. Si ce dernier se désengage financièrement, le risque d’ubérisation est grand et serait gravement préjuciable", surenchérit Sébastien Ville.

Ces coupes budgétaires sont d’autant plus dommageables qu’"elles pourraient être réalisées sur le fond de roulement ou les remontées de créances plutôt que sur le personnel ou les frais de fonctionnement, explique le militant syndical. Ces choix opérés par le gouvernement ne sont ni pertinents, ni durables", poursuit Sébastien Ville.

"On casse un outil efficace du soft power"

Mais le problème est également politique et culturel : toucher à l’enseignement à l’étranger revient à porter atteinte à la diplomatie d’influence, avance-t-on dans les rangs des centrales syndicales. "C’est un choix d’autant plus surprenant que l’actuel président a toujours fait du rayonnement de la France à travers le monde une priorité. En affaiblissant l’AEFE, on casse un outil efficace du soft power", regrette le syndicaliste.

Enfin, les détracteurs de la baisse de dotation mettent en avant l’argument économique. "Les enfants des élites locales formés dans nos lycées sont les premiers partenaires économiques de la France. Affaiblir ce système, c’est se priver de ce lien privilégié dans les années à venir". Selon l’association Français du monde-ADFE, le réseau d'enseignement rassemble 492 établissements scolaires implantés dans 137 pays. À ce jour, sur les 350 000 élèves qui y sont scolarisés, 60 % sont étrangers et 40 % sont Français.

Dans un communiqué publié lundi soir, le ministère français des Affaires étrangères, autorité de tutelle de l'AEFE, confirme la réduction de 33 millions d'euros de la subvention pour cette année mais assure que "les suppressions de postes ne toucheront pas d'enseignants en cours de contrat".

Le ministère, qui n'a pas donné de taux de grévistes, promet aussi des recrutements "d'agents en contrat local" et renouvelle son "attachement à la promotion de l'enseignement français à l'étranger".

Première publication : 27/11/2017

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