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Lafarge en Syrie : l'ONG Sherpa accuse le cimentier français d'entrave à la justice

© AFP | Le cimentier Lafarge est soupçonné d'avoir financé des groupes terroristes en Syrie.

Texte par Florence RICHARD

Dernière modification : 12/12/2017

L'ONG Sherpa accuse le cimentier français Lafarge d'entrave à la justice dans le cadre de l'enquête sur les contreparties que la multinationale aurait versées à des groupes terroristes, dont l'organisation État islamique, entre 2011 et 2015.

Lafarge a-t-il cherché à étouffer l’affaire du pacte avec l’organisation État islamique en Syrie ? L'ONG Sherpa, partie civile dans l'enquête pour financement du terrorisme qui vise le cimentier franco-suisse, a demandé mardi 12 décembre, l’ouverture d’une enquête "pour entrave à l'exercice de la justice". La multinationale est mise en cause pour s'être approvisionnée en pétrole auprès de groupes jihadistes syriens et de les avoir rémunérés afin pouvoir continuer à faire tourner sa cimenterie de Jalabiya, dans le nord de la Syrie

"Il est établi que lorsque que les magistrats instructeurs ont souhaité réaliser des perquisitions [les 14 et 15 novembre, NDLR], le groupe Lafarge avait pris soin de faire en sorte que peu d’éléments favorables à la manifestation de la vérité soient retrouvés", affirme Me Marie Dosé, avocate de Sherpa, qui évoque des ordinateurs "passés à l'eau de javel", tandis que le président de l'ONG, Me William Bourdon,  dénonce le "nettoyage constaté par les juges d’instruction au moment des perquisitions".

>> À voir : Le cimentier Lafarge dans la tempête judiciaire

Selon une source proche du dossier, citée par l’AFP, le constat des juges d'instruction, qui pilotent cette enquête depuis juin, semble concordant : "Des éléments essentiels ne se trouvaient plus au siège lorsque la perquisition a été effectuée", ont-ils récemment relevé. "L'intégralité de la comptabilité susceptible d'impliquer la personne morale n'a pas été davantage transmise."

Un "dossier d'une solidité absolument exceptionnelle"

Le président de l'ONG évoque également des tentatives du groupe français pour acheter le silence des personnes auditionnées dans le cadre de l’enquête.  "Certains mis en examen indiquent avoir reçu des propositions de la part du groupe Lafarge, de certains dirigeants, pour acheter leur silence ou diriger leurs réponses à des interrogations judiciaires vers des réponses qui pourraient être intéressantes pour le groupe", affirme Me Marie Dosé, qui assure que Lafarge "ment quand il affirme pleinement collaborer avec les enquêteurs".

Une porte-parole du groupe LafargeHolcim a rejeté ces accusations. "Nous contestons fermement que la société ait cherché à restreindre de quelque manière que ce soit le droit de ses employés ou ex-employés de se défendre (...) ou leur capacité à coopérer à une enquête judiciaire", a-t-elle déclaré à Reuters.

D’après l’un des juges d’instruction, cité par les avocats de Sherpa, les sommes versées par le cimentier français sont bien plus importantes que celles évoquées jusqu'à présent. "On est bien au-delà des 500 000 euros qui ont été évoqués dans la presse", affirme Me William Bourbon. "Ce sont près de 13 millions d’euros qui ont été versés à des intermédiaires, indirectement ou directement, et donc à des organisations terroristes, dont Daech, pour permettre à Lafarge de poursuivre son activité. C'est le chiffre qui a été retenu dans le cadre de l'information judiciaire actuellement en cours", selon Me Marie Dosé. Cette somme porte sur une période allant de 2011 à 2015, a précisé l’ONG en insistant sur la qualité d’un "dossier (…) d’une solidité absolument exceptionnelle" en raison notamment de "la qualité des preuves".

"Complaisance voire la complicité" des autorités françaises

Le 1er décembre, deux anciens directeurs de la filiale syrienne, Bruno Pescheux et Frédéric Jolibois, et le directeur de la sûreté du groupe, Jean-Claude Veillard, ont été mis en examen pour "financement d'une entreprise terroriste" et "mise en danger de la vie d'autrui" et placés sous contrôle judiciaire. Le 6 décembre, l'ex-PDG Bruno Lafont, l'ex-directeur général Éric Olsen, DRH à l'époque des faits, et l'ex-directeur général adjoint opérationnel, Christian Herrault, ont à leur tour été placés en garde à vue, puis mis en examen pour les mêmes chefs et placés sous contrôle judiciaire. Une première pour des patrons français.

>> À lire : Après les contrats douteux en Syrie, le cimentier LafargeHolcim prêt à construire le mur de Trump

Mais Sherpa ne s’arrête pas là. L'avocat William Bourdon s'interroge également sur la "une forme de tétanisation, de frilosité, la complaisance, voire la complicité" des autorités françaises. Selon l’ONG, en septembre 2014 déjà, "un ou deux jours" avant que l'EI prenne le contrôle du site, plusieurs télégrammes diplomatiques à destination de la direction générale du Trésor faisaient état de la situation de Lafarge en Syrie. Or "il a fallu attendre un article dans Le Monde près de deux ans plus tard pour qu'une enquête soit ouverte", déplore Me Marie Dosé. "Qui peut nous assurer que cet argent n’a pas servi à financer un attentat en France ?", s’interroge l’avocate.

Première publication : 12/12/2017

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