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Au Cambodge, la politique, une affaire de famille

© AFP/Archives / Par Suy SE et Delphine THOUVENOT | L'homme fort du Cambodge Hun Sen (g) et son épouse Bun Rany (d), le 2 décembre 2017 à Angkor, lieu symbolique de l'apogée de l'empire khmer

PHNOM PENH (AFP) - 

Une opposition interdite, un parti aux larges ramifications et ses enfants à des postes clés... L'homme fort du Cambodge Hun Sen est en position de force à quelques mois des élections, d'autant plus que l'économie prospère, notamment grâce à Pékin.

Après 32 ans au pouvoir, cet habile politicien s'est forgé une image de Père de la Nation sans lequel le pays retournerait au chaos des années Khmers rouges.

Celui qui parle de lui à la troisième personne et se compare volontiers à un roi local du XVIe siècle n'a pas hésité à se mettre en scène début décembre à Angkor, lieu symbolique de l'apogée de l'empire khmer, entouré de milliers de moines bouddhistes priant pour la stabilité du pays.

"Il a besoin d'une auréole, qu'il se crée en puisant dans la mythologie, dans la religion. C'est très artificiel. C'est le début d'un mythe qu'il veut créer autour de lui", dénonce Sam Rainsy, le fondateur du principal parti d'opposition (dissous en novembre), interrogé par l'AFP depuis son exil en France.

Pour assurer sa longévité politique, Hun Sen a tissé une toile au maillage serré, au coeur duquel il a mis ses trois fils.

Pressenti comme son dauphin malgré ses dénégations, son fils aîné, Hun Manet, 40 ans, est chef-adjoint de l'armée et à la tête de l'importante garde du Premier ministre, forte de milliers d'hommes.

Chargé de donner une image modernisée de la famille Hun, on le voit à la télévision remplaçant son père lors d'événements officiels. Diplômé de la prestigieuse école militaire américaine de West Point, il entretient aussi les liens avec l'importante diaspora cambodgienne, avec des tournées à l'étranger.

Son deuxième fils, le général Hun Manith, à la tête du renseignement, est l'homme de l'ombre.

Le fils cadet, Hun Many, 35 ans, est quant à lui député. Il est le seul des trois à afficher son ambition de succéder à son père à la tête de ce pays d'Asie du Sud-Est de 15 millions d'habitants, dont un habitant sur trois est membre du parti au pouvoir.

Mais peu de voix s'élèvent contre cette main mise. Assuré de se maintenir au pouvoir après les élections de juillet 2018, le clan Hun peut compter sur le soutien de Pékin, dont les compagnies sont très présentes au Cambodge.

Hun Sen était à Pékin en novembre, invité au sommet international de partis politiques organisé par le Parti communiste chinois. Son fils Hun Manet s'y est rendu juste après, officiellement pour promouvoir des échanges étudiants.

- Jeu de mariages et d'alliances -

Au-delà de ces trois fils, le Premier ministre cambodgien a placé ses pions à tous les niveaux, notamment par un jeu de mariages et d'alliances.

"Ces connections sont cimentées à travers des mariages stratégiques entre les principales familles. Le sang est plus épais que l'argent. Et le système de mariages croisés assure que le système tient -ou chute- d'un bloc", commente Sebastian Strangio, auteur du livre de référence "Hun Sen's Cambodia".

Un phénomène de "népotisme" décrit par l'ONG Global Witness dans un rapport fouillé en 2016.

Les deux filles de Hun Sen, Hun Mana et Hun Maly, n'ont officiellement pas de fonctions politiques, mais la première contrôle un chaîne de télévision privée et un important journal.

Tous les cinq participent à une entreprise de mise en scène de la famille Hun, moderne et chaleureuse, avec des photos de famille postées sur Facebook à l'occasion des anniversaires ou naissances du clan, ou lors des matches de l'équipe de foot nationale.

Le porte-parole du parti de Hun Sen, Sok Eysan, ne recule pas devant l'analogie avec le rôle joué par les enfants de Donald Trump. "Le beau-fils de Trump a bien des responsabilités" à la Maison Blanche, justifie-t-il.

"Les pousses de bambous sont prêtes à remplacer les bambous dans notre pays", disait Hun Manet en 2015, interrogé sur ses ambitions politiques dans une rare interview à la radio RFI. Il n'a pas donné suite à une demande d'interview de l'AFP, également refusée par Hun Many.

A 65 ans, Hun Sen surjoue pendant ce temps l'image du patriarche protecteur. Sur son compte Facebook, sont postées quasi quotidiennement des photos de lui avec des femmes enceintes.

Par Suy SE et Delphine THOUVENOT

© 2017 AFP