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Asie - pacifique

Alexeï Navalny, l’homme qui voulait faire tomber Vladimir Poutine

© Evgeny Feldman, image transmise à l'AFP par l'équipe d'Alexeï Navalny | L'avocat et blogueur anti-corruption Alexeï Navalny, dans son bureau de Moscou, le 7 juillet 2017.

Texte par Valentin GRAFF

Dernière modification : 27/12/2017

En Russie, le blogueur anti-corruption Alexeï Navalny, l'un des principaux opposants à Vladimir Poutine, a vu sa candidature à l'élection présidentielle de 2018 invalidée par la Commission électorale. Portrait.

Alexeï Navalny est un habitué des prisons russes. Il y a passé soixante jours rien qu’en 2017, répartis sur trois séjours. Cet avocat fiscaliste et blogueur anti-corruption, régulièrement désigné par les médias comme "opposant numéro 1" à Vladimir Poutine, ne semble pourtant pas fléchir. Après le rejet de sa candidature à l’élection présidentielle de 2018, annoncé le 25 décembre par la Commission électorale russe, il a encore trouvé la hargne de nier au scrutin sa légitimité et d’appeler au boycott de l'élection.

Depuis l'ouverture de son blog, en 2009, Navalny s'est peu à peu imposé comme chef de file de l'opposition à force de défier le pouvoir russe, d’arpenter les rues de Moscou lors de multiples manifestations et de dénoncer la corruption au sein des plus hautes sphères du Kremlin. Il semble qu’il ait acquis une stature suffisamment inquiétante pour que le Kremlin l'empêche de s’aligner dans la course 2018 à la présidence.

Au début des années 2010, France 24 relevait qu'Alexeï Navalny était moins connu que son expression 'Parti des voleurs et des escrocs' qu’il avait été le premier à utiliser sur son blog pour qualifier Russie unie [le parti de Vladimir Poutine] et qui est depuis passé à la postérité politique. Le parti de centre-gauche Une Russie juste en avait d'ailleurs fait son slogan de campagne pour les élections législatives de 2011. Six ans plus tard, les efforts de Navalny ont porté leurs fruits et ses actions touchent autant que ses mots.

Des enquêtes très documentées

Alexeï Navalny, né en 1976 dans la banlieue de Moscou, devient une figure publique en 2009. Alors conseiller du gouverneur de la région de Kirov, à 900 km de la capitale russe, il lance son blog, sur lequel il pourfendra la corruption qu'il juge omniprésente au sein de la société russe. Dès l’année suivante, en 2010, il défraie la chronique en accusant Transneft, un géant russe de l’industrie énergétique, d’avoir détourné 4 milliards de dollars (3,3 milliards d’euros) lors de la construction d'un gigantesque pipeline reliant la Sibérie à l'océan Pacifique.

Respectant la méthodologie qui sera la sienne jusqu’à aujourd’hui, il appuie ses accusations sur des documents, notamment internes à l’entreprise. C’est l’une des forces de son discours, relève sur France 24 Cécile Vaissié, professeure en études russes et soviétiques à l’université Rennes-2 : "Ce qui est exceptionnel dans son travail, c’est que tout est toujours très documenté. Il a les documents de cadastre, il a les éléments de propriété, y compris pour certains proches du pouvoir qui ont investi en France et qui ont des petits châteaux en France. On ne peut pas lui dire que [son travail] n'est pas sérieux."

En 2011, Navalny fonde la Fondation anticorruption. Il irrite le pouvoir, comme en atteste le tweet d'un député de Russie Unie – "Aujourd’hui, il est clair que quelqu’un qui parle sur son blog du 'Parti des escrocs et des voleurs' est juste un abruti" – brièvement retweeté par le compte Twitter de Dmitri Medvedev, avant que celui-ci explique que l'auteur du retweet était un employé malveillant. L'incident avait beaucoup fait parler de Navalny, alors emprisonné pour quinze jours. Le décor était planté.

Deux documentaires pour 32 millions de vues

La Fondation anticorruption, qu'Alexei Navalny pilote depuis ses débuts, a assuré la production de deux documentaires d’investigation, à propos du procureur général de Russie, Iouri Tchaïka, et de Dmitri Medvedev le Premier ministre, mais aussi président de la Fédération de Russie de 2008 à 2012. Le premier film, "Tchaïka" (2015, plus de 7 millions de vues), montre comment les fils du procureur général se sont enrichis illégalement avec l’aide de fonctionnaires placés sous l’autorité de leur père. Le second, "Don't call him Dimon" (2017, plus de 25 millions de vues), accuse Dmitri Medvedev, alors Premier ministre, de s’être constitué un patrimoine immobilier pléthorique grâce à des financements illégaux d’oligarques russes, le tout via des fondations caritatives-écrans, pilotées par des proches.

En juillet 2013, le passé de conseiller à Kirov du blogueur le rattrape. Il est condamné pour détournement de fonds à cinq ans de prison finalement, convertis en appel en une peine avec sursis. Ce verdict, jugé "arbitraire" et "politiquement motivé" par la Cour européenne des droits de l’Homme, est cassé par la Cour suprême russe en novembre 2014. Alexeï Navalny est alors renvoyé en première instance pour une seconde procédure qui mènera à l’exact même verdict en février 2017. C’est sur la base de cette deuxième condamnation que la commission électorale russe refuse de laisser l’opposant participer à l’élection présidentielle. "Il est évident que ces affaires ont été fabriquées pour ne pas me laisser me présenter", dénonçait le blogueur avant la décision de la commission.

Les ennuis judiciaires de Navalny ne se résument pas à ces deux procédures jumelles. En 2012, il avait déjà fait quinze jours de prison après des heurts avec la police lors d’une manifestation. Il a ensuite été assigné à résidence près d’un an, entre février 2014 et février 2015, dans le cadre d’une procédure contre lui et son frère, Olef, conjointement accusés d’avoir détourné 27 millions de roubles (394 000 euros) au détriment du fabricant français de cosmétiques Yves Rocher. Au cours de cette année d’isolement, l’opposant a plusieurs fois rué dans les brancards, violant une première fois la consigne pour se rendre en décembre 2014 à une manifestation, puis coupant son bracelet électronique début janvier 2015.

Un agent de la CIA ?

Entre-temps, le quadragénaire a aussi subi des campagnes de dénigrement et des agressions purement physiques. En avril 2016, la chaîne d’État russe Rossiya 1 a par exemple diffusé des documents censés provenir du MI6, le service de renseignement britannique, et révéler que Navalny travaillait à la "déstabilisation de l'ordre constitutionnel de la Fédération de Russie [pour le compte de la CIA]", raconte Courrier International. Bien vite, plusieurs observateurs dont le correspondant à Moscou du quotidien britannique The Guardian, Shaun Walker, critiquent l'authenticité des documents, relevant notamment qu'ils sont parsemés de fautes de grammaire et d’inexactitudes.

En avril 2017, Navalny est agressé : il reçoit en plein visage une substance verte d'abord présentée comme une solution antiseptique, le Zelenka. Après en avoir profité pour faire un trait d'humour et affirmer que même grimé comme Shrek, il se présenterait à l'élection présidentielle, l’opposant révèle quelques jours plus tard avoir perdu une bonne partie de la vision de l’œil droit et devoir être opéré.

Une personnalité ambigüe

L’histoire du blogueur, dont l'image publique est certes troublée par les accusations judiciaires qu’il a toujours démenties, recèle par ailleurs des épisodes réellement polémiques. On lui reproche ainsi régulièrement d'avoir affiché une certaine proximité avec l'extrême-droite russe. Il a participé, dès 2007, à la Marche russe, un rendez-vous controversé auquel participe des groupes racistes. "Si les gens normaux n[e] vont pas [à la marche], alors, ce sont les marginaux qui vont la récupérer", expliquait-il en 2012, selon l’Obs.

Il a par ailleurs soutenu l’invasion russe de la Géorgie en août 2008, et appelé plusieurs fois à déporter les immigrants illégaux, détaille The Atlantic. Questionné par le Guardian, à propos de vidéos dans lesquelles il aurait comparé les travailleurs migrants à des "cafards", il plaide la "licence artistique".

Depuis, le Russe à la fossette au menton et aux yeux aussi bleus que ceux de Vladimir Poutine avait beaucoup adouci cette composante nationaliste de son discours. Ce qui ne lui donnera pas pour autant accès à la ligne de départ pour la présidentielle, dont la clôture définitive des candidatures est fixée au 12 janvier.

>> À lire aussi sur France 24 : "Ksenia Sobtchak, la vedette de la télévision russe qui veut remplacer Poutine"

Première publication : 27/12/2017

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