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Moyen-Orient

Tournoi d’échecs en Arabie saoudite : une première riche en controverses

© AFP | Le tournoi du Roi Salman est organisé à Riyad jusqu'au samedi 30 décembre.

Vidéo par FRANCE 24

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 28/12/2017

Entre les joueurs israéliens écartés, les visas accordés in extremis aux Iraniens et aux Qataris et le boycott de la championne du monde ukrainienne, la première compétition d’échecs organisée par l’Arabie saoudite cumule les polémiques.

En organisant sa première compétition internationale d’échecs – "le tournoi du Roi Salman", l'Arabie saoudite entendait promouvoir une image de "modération et d'ouverture sur le monde". Mais cette première édition qui s’est ouverte lundi 25 décembre à Riyad et qui doit durer jusque samedi est, pour l’instant, surtout marquée par les polémiques.

Car "l’ouverture" revendiquée par le royaume a ses limites : ainsi, Riyad n’a pas autorisé la venue de sept joueurs israéliens dans un contexte de tensions alors que Donald Trump décidait de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël. En protestation, la Fédération israélienne des échecs a réclamé mardi 26 décembre des compensations financières à la Fédération internationale (Fide). Selon les règles de la Fide, un pays ne peut empêcher des joueurs, quelle que soit leur nationalité, de participer à une telle compétition.

Mais Israël, avec qui Riyad n'a aucune relation diplomatique, n'a pas été le seul pays à rencontrer des difficultés : l'Arabie saoudite a également, dans un premier temps, refusé d'accorder des visas aux joueurs de l'Iran, son grand rival au Moyen-Orient, et du Qatar, avec qui elle est engagée dans un bras de fer diplomatique depuis juin. La Fide a finalement affirmé avoir réussi à "obtenir des visas pour les joueurs du Qatar et de l'Iran"… mais pas pour ceux de l'État hébreu.

"J'ai décidé de ne pas aller en Arabie saoudite"

Au-delà de l'aspect politique, la décision de choisir l'Arabie saoudite comme hôte a également été critiquée en raison des restrictions qui pèsent sur les Saoudiennes, notamment le fait qu'elles doivent être couvertes de la tête aux pieds et ne sont pas supposées sortir en public sans être accompagnées d'un homme de leur proche entourage.

À ce sujet, la Fide s'est empressée de faire savoir qu'il ne sera "pas nécessaire de porter un hijab ou une abaya" pour les femmes. "Ce sera une première pour un événement sportif en Arabie saoudite", a-t-elle souligné, précisant que les femmes devaient porter un chemisier blanc strictement boutonné.

Cela n'a pas empêché un boycott de l'Ukrainienne Anna Muzychuk, la double championne du monde 2016 d'échecs pour les catégories "Rapid and Blitz", qui s'est dite insensible aux incitations financières. Le montant des prix atteint, en effet, la somme record de deux millions de dollars (1,7 million d'euros). "Je vais perdre deux titres de championne du monde (...). Juste par ce que j'ai décidé de ne pas aller en Arabie saoudite. De ne pas jouer selon les règles de quelqu'un d'autre (...) De ne pas être accompagnée quand je sors", a-t-elle écrit sur sa page Facebook.

Début novembre, le champion américain Hikaru Nakamura avait déjà qualifié d'"horrible", sur le plan des droits humains, la décision de laisser l'Arabie saoudite organiser l'événement.

Certains observateurs ne manquent pas, par ailleurs, de souligner l’hypocrisie du royaume qui organise un tournoi d’échecs moins de deux ans après des fatwas des plus hautes autorités religieuses d'Arabie affirmant que "l'islam interdit les échecs parce que c'est une forme de jeu (d'argent) et une perte de temps".

Les joueurs saoudiens ne sont, en tout cas, pas appelés à briller lors de cette compétition : le numéro un du pays, Ahmed Al-Ghamdi, est en effet classé au 13 355e rang mondial.

Avec AFP

 

Première publication : 27/12/2017

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