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Moyen-Orient

Manifestations en Iran : pris en étau, Rohani tente de garder la main

© HO / Présidence iranienne / AFP | Le président iranien Hassan Rohani, photographié à Téhéran, en octobre 2017.

Vidéo par Pierrick LEURENT

Texte par Marc DAOU

Dernière modification : 02/01/2018

Menacé à l'intérieur par les conservateurs, piqué à l'extérieur par Donald Trump, le président iranien Hassan Rohani joue gros, alors que la République islamique connaît une vague de manifestations depuis le 28 décembre.

Le défi est de taille pour le président iranien Hassan Rohani, à l’heure où le mouvement de colère sociale contre un système jugé injuste a déjà fait 21 morts dans le pays depuis le 28 décembre.

Le président doit en effet mettre fin à cette contestation en répondant aux revendications sociales d’une frange de la population iranienne, sans tomber dans l’hystérie punitive. Il s'agit en effet d'éviter le bain de sang de 2009, qui avait fait suite aux mouvements contre la réélection de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence. Le tout, sans se faire déborder par les conservateurs qui rêvent de revenir au pouvoir, ni donner du grain à moudre au président américain Donald Trump, qui s’est empressé de décocher une série de tweets contre la République islamique.

Le mouvement va-t-il prendre de l'ampleur? Les explications d'Azadeh Kian, professeur de Sciences politiques.

Rohani "joue gros"

"Le président Rohani est dans une position délicate, voire sur la corde raide tant il joue gros, résume Bruno Daroux, spécialiste des questions internationales au sein de la rédaction de France 24. Il est pris en étau entre ses opposants internes, l’aile dure des conservateurs, dont on murmure qu’ils seraient à l’origine des toutes premières manifestations, et ses ennemis de l’extérieur, dont le premier d’entre eux, le président Donald Trump."

Mais à ce stade, malgré certains slogans qui lui sont hostiles, "il n’y a pas de demande de changement de régime de la part des manifestants, mais l’exigence d’une amélioration du système actuel", explique Bruno Daroux.

Si les forces de l’ordre ont été déployées dans tout le pays, et en particulier à Téhéran, où il y avait ces derniers jours plus de policiers que de manifestants, "Rohani se garde de faire intervenir les piliers de l’appareil répressif du régime que sont les Gardiens de la révolution et les bassidjis", poursuit le journaliste. Ce sont ces milices islamistes du régime qui ont joué un rôle capital dans la répression de 2009.

"Il semble qu’il y ait des voix au sein du gouvernement qui temporisent, et qui plaident pour une approche plus mesurée face à cette rage qui s’exprime contre le pouvoir et qui est née d’une grande frustration économique, indique de son côté Borzou Daragahi, spécialiste de l’Iran et correspondant de Buzzfeed News au Moyen-Orient, interrogé par France 24. Mais, soyons clair, il y a un risque d’escalade du côté des manifestants et de celui du régime. Quand ce dernier décidera que les manifestations ont assez duré, il fera usage de la force, voire de violence, pour y mettre un terme, à moins que le mouvement prenne rapidement beaucoup plus d’ampleur."

L'éclairage de notre chroniqueur Bruno Daroux

Après avoir gardé le silence pendant plusieurs jours, Hassan Rohani a fini par prendre la parole le 31 décembre pour appeler au calme et se montrer plutôt conciliant. S’il a sans surprise rejeté "la violence et la destruction de biens publics", il a reconnu la légitimité des revendications économiques de la population. "Nous accueillons positivement les critiques", a-t-il déclaré. Le président iranien a même été plus loin en affirmant qu’il fallait "créer les conditions pour la critique, les protestations légales, y compris des manifestations et des rassemblements légaux". Cette volonté d’apaisement n’a eu aucun effet sur les manifestations, qui se sont depuis poursuivies.

"Une approche plus mesurée"

"C’est pourtant une sortie habile, souligne Borzou Daragahi. Je pense que Rohani va essayer d’utiliser ce mouvement pour contrecarrer les plans de l’aile dure du régime, en essayant notamment de relancer des réformes qui ont buté sur la résistance des conservateurs." Des réformes qui tendent à inclure plus de transparence dans la vie économique, de rogner le pouvoir et les moyens financiers des Gardiens de la révolution et de réduire les privilèges du clergé, afin de garantir une meilleure redistribution des richesses à la population, selon le journaliste basé à Istanbul.

Alors que la situation économique s’est améliorée depuis 2016, certaines couches sociales estiment qu’elles ne récoltent pas les fruits économiques promis par le président Hassan Rohani, réélu pour quatre ans en mai 2017. "Il y a une déception post-électorale concernant Rohani", expliquait lundi Thierry Coville à France 24. Vie chère, corruption, difficultés économiques… La population reproche au président de ne pas tenir ses promesses de prospérité. La levée partielle des sanctions, qui a suivi la signature d'un accord historique avec les grandes puissances sur le programme nucléaire de Téhéran, avait fait espérer aux Iraniens une amélioration rapide de la situation économique, mais les résultats se font toujours attendre.

Sur France 24 >> Iran : "L'accord sur le nucléaire n'a pas apporté la prospérité espérée"

Pour le moment, ce sont les classes populaires et les jeunes, durement touchés par le chômage en Iran (27 %, contre une moyenne nationale de 12,5 %) qui sont mobilisés dans la rue. Les classes moyennes sont, elles, sur la retenue, "mais cela pourrait ne pas durer", estime Bruno Daroux. "Les manifestations sont pour le moment motivées par des raisons économiques et sociales, mais le temps passant et le nombre de morts augmentant, les manifestants pourraient se radicaliser. Sans compter que les classes moyennes, notamment celles de Téhéran, ne sont pas encore rentrées dans le mouvement."

Selon Bruno Daroux, la suite des événements va dépendre de la capacité du président Rohani à "se mouvoir au sein de l’appareil d’État iranien, afin de lâcher du lest économiquement et socialement, voire même dans le domaine des libertés publiques, car c’est cela qui fera que le mouvement se calmera, ou, au contraire, montera en puissance".

 

Première publication : 02/01/2018

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