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FRANCE

2018, l'année Clemenceau : l'homme qui voulait faire la paix

© STR, AFP | Une photo prise durant la Première Guerre mondiale du chef du gouvernement nommé en novembre 1917, Georges Clemenceau, surnommé "le Tigre", arpentant une tranchée lors d'une visite sur le front.

Texte par Stéphanie TROUILLARD

Dernière modification : 21/01/2018

Le président Emmanuel Macron a décidé de faire de l'année 2018 "l'année Clemenceau". Figure à la fois controversée et encensée de l'histoire politique française, pourquoi "le Tigre" est-il honoré cent ans après la fin de la Première Guerre mondiale?

En novembre 1917, alors que la France est plongée dans la Première Guerre mondiale depuis plus de trois ans, Georges Clemenceau est nommé président du Conseil par le président de la République Raymond Poincaré. À la tête du gouvernement, le "Tigre" mène le pays vers la fin du conflit. Il y a gagne le surnom de "Père la Victoire".

Cent ans après, le président Emmanuel Macron a décidé d’honorer sa mémoire : 2018 sera l’année Clemenceau. Récupéré par les politiques actuels, Georges Clemenceau n’en est pas moins une figure controversée. Dreyfusard flamboyant, opposant à la colonisation, anticlérical convaincu, tombeur de ministères, premier flic de France réprimant les grèves de mineurs, amoureux des arts, protecteurs des impressionnistes, l’ancien président du Conseil est un personnage complexe. Co-directrice du "Dictionnaire Clemenceau", Sylvie Brodziak, docteure en histoire à l’Université de Cergy-Pontoise, revient pour France 24 sur ses multiples facettes et la fascination qu’il exerce encore aujourd’hui.

France 24 : Pourquoi Georges Clemenceau sera-t-il célébré en 2018 ?

Sylvie Brodziak : Clemenceau arrive en novembre 1917 avec un seul but, finir la guerre ou plus exactement faire la paix. Il est appelé par Raymond Poincaré, qui est en fait son ennemi idéologique. Ils ne s’entendent pas du tout, mais c’est un peu la dernière solution et finalement il va accepter ce poste de président du Conseil avec beaucoup de courage. C’est un monsieur qui a 76 ans et son but ultime c’est de faire cesser ce conflit au plus vite. Clemenceau fait preuve d’une grande obstination. Il va prendre les choses en main. Je ne vais pas parler à la place du président de la République, mais je pense que c’est sa détermination et son énergie qui sont honorées aujourd’hui par Emmanuel Macron. Georges Clemenceau n’a jamais été belliciste ou revanchard, mais il voulait travailler à une paix durable.

Comment Georges Clemenceau a-t-il vécu ce conflit ?

Clemenceau n’a pas été surpris par la guerre, car il savait qu’elle allait avoir lieu depuis 1870. Mais lorsqu’elle éclate, il est en position critique car il n’est pas appelé au pouvoir et la guerre est mise entre les mains des militaires. Même s’il approuve cette guerre, il la trouve mal menée. Il reprend son métier de journaliste et va faire toute une série d’articles critiques dans son journal l’Homme Libre, devenu l’Homme enchaîné en 1914, sur les opérations et les menées des généraux. Du début de la guerre jusqu’à son arrivée au pouvoir, en tant que président de la commission des Armées au Sénat, il va aussi se rendre sur le front pour faire des enquêtes. Il va rencontrer les poilus, voir leurs souffrances dans cette boucherie. Il est d’autant plus affecté qu'il est également touché dans sa propre famille : son frère, son fils et des amis sont au front. C’est quelque chose qu’il vit de façon extrêmement forte, et il culpabilise beaucoup de ne pas y être lui-même.

En quoi a-t-il été déterminant en 1918 ?

Son coup de maître, c’est le commandement unique. Il arrive à négocier avec l’Angleterre et les États-Unis et parvient à donner le commandement à une seule personne de façon à ne pas disperser les forces, le général Foch. Sa stratégie est de rassembler, pour travailler ensemble à obtenir la fin de ce conflit. Clemenceau est aussi soutenu par l’ensemble des forces politiques de l’époque, son arrivée au pouvoir a été totalement approuvée. Ce n’est pas l’homme providentiel, mais disons qu’il met en place une stratégie qui permet, comme il le dit, de faire la guerre, rien que la guerre.

En raison de son action au cours de la Première Guerre mondiale, il gagne le surnom de "Père la Victoire". Est-ce que ce terme vous semble approprié ?

Pour moi, c’est un handicap, car "Père la Victoire" cache beaucoup de choses. Clemenceau n’est pas que l’homme de 1918. On est dans une année très importante, mais qui est réductrice vis-à-vis du personnage. Mais je pense qu’il a quand même été profondément ému par ce surnom. Quand il a reçu à la fin de la guerre, les hommages de femmes alsaciennes qui lui ont envoyé de grands livres sur lesquels elles avaient apposé leurs signatures, pour le remercier du retour de l’Alsace-Lorraine, cela a été très important pour lui. Il aimait cette relation affective avec les gens du peuple, mais il détestait en revanche les commémorations. Quand on lui a demandé, le 11 novembre 1928, de venir commémorer les 10 ans de la fin de la guerre, il n’y est pas allé car il détestait les décorations et parce qu’il ne trouvait pas cela sincère. Il savait très bien que l’Union sacrée pour laquelle il avait travaillé s’était arrêtée le 11 novembre 1918.

Après avoir été encensé, on l’a ensuite accusé d’avoir imposé un traitement trop dur à l’Allemagne lors des traités de paix et d’avoir préparé la Seconde Guerre mondiale ?

C’est profondément injuste. Le plus urgent pour Clemenceau, c’était de finir la guerre. Nous allons faire un grand colloque en novembre 2019 intitulé "Clemenceau et la paix". L’historien Robert Franck disait l’autre jour à ce sujet que quand on regarde les archives diplomatiques sur le traité de Versailles, on se rend compte qu’ils ont fait ce qu’ils ont pu. Clemenceau n’était pas tout seul, on ne peut pas lui faire porter le chapeau. Dire qu’il est le responsable de tout ce qui va se passer après est très simpliste. Il sentait que les traités étaient imparfaits. Ils auraient dû être améliorés, mais ils ont été considérés comme un aboutissement. Il s’agissait de faire la moins pire des paix.

Clemenceau a une image très brouillée et pourtant il est aujourd’hui récupéré par de nombreux politiques. Comment l’expliquez-vous ?

Pour écrire et vivre avec ce Monsieur depuis 20 ans, je sais que c’est un être complexe, vulnérable et contradictoire. Quand le président de la République a prononcé l’année Clemenceau, ma première réaction épidermique a été de me dire : "Ça y est, encore un autre qui le récupère". Après Manuel Valls, après untel, il s’y met. Mais après un moment de réflexion, j’ai compris que cet homme a tellement de facettes, a tellement travaillé pour la République, été sur tous les terrains, que je ne vois pas comment un grand commis de ltat, un grand républicain ne peut pas s’approprier Clemenceau. On peut s’en référer sur tant de choses. C’est quelqu’un de profondément humaniste pour qui la justice et la liberté sont viscérales. Des tas de gens peuvent s’en emparer. La seule chose qui va à son encontre, c’est l’extrême droite. Même quand il fait preuve d’autorité, on ne peut pas l’amener sur ce terrain-là et lui faire dire n’importe quoi.

Pour vous, l’année 2018 est finalement l’occasion de redécouvrir cet homme au-delà des clichés ?

J’aimerais m’y employer. Nous préparons une exposition sur lui au Panthéon en novembre et c’est ce que nous allons montrer. Certes, il fut chef de guerre, mais c’est avant tout pour obtenir la paix. On l’a figé dans ce rôle et je n’aimerais pas qu’on le tue de nouveau lors de ces commémorations. Ceci dit, je suis très contente qu’on l’honore en cette année de centenaire. Cela correspond aussi à la personnalité de Clemenceau. Dans son cercueil, il a fait mettre un bouquet de fleurs séchées que des Poilus lui avaient donné dans les tranchées. Il l’avait fait inscrire dans son testament car c’était important pour lui.

Première publication : 21/01/2018

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