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EUROPE

Puigdemont à Copenhague, une provocation pour "pousser l’État espagnol à la faute"

© Taris Mikkel Kahn, AFP | Carles Puigdemont, l'ex-président de l'exécutif catalan, à l'aéroport de Copenhague, au Danemark, le 22 janvier 2018.

Texte par Ségolène ALLEMANDOU

Dernière modification : 22/01/2018

En se rendant, lundi, à Copenhague pour assister à un colloque sur la Catalogne et l'Europe, l'indépendantiste Carles Puigdemont défie une nouvelle fois la justice espagnole. Sur le long terme, cette stratégie peut s’avérer peu concluante.

Mais que cherche Carles Puigdemont ? Pour la première fois en 80 jours, l’ancien président de la Catalogne a quitté, lundi 22 janvier, la Belgique, où il s’est exilé pour échapper à la justice espagnole. Destination ? Copenhague, pour participer à un colloque sur la situation politique en Catalogne et ses effets pour l'Europe. Une décision risquée, estime Mathieu Petithomme, politologue spécialiste de l'Espagne, puisque le parquet espagnol a immédiatement requis l'activation d'un mandat d'arrêt européen à son encontre afin de demander son arrestation à l'autorité judiciaire danoise.

Malgré les contre-indications de son avocat à Barcelone, Jaume Alonso-Cuevillas, l'ancien maire de Girone a décidé de mettre à l'épreuve la justice espagnole. Un scénario maintes interprété par Carles Puigdemont : en septembre dernier, le Parlement catalan a adopté la loi ouvrant la voie à un référendum sur l’indépendance de la région, alors que le gouvernement espagnol jugeait déjà cette initiative "illégale" ; ou encore fin octobre, le président destitué de la Catalogne, poursuivi pour rébellion en Espagne, s’est exilé à Bruxelles pour éviter la prison.

Surfer avec les limites

À chaque fois, sa stratégie de communication est la même : surfer sur les limites de la justice espagnole. "En occupant l’espace médiatique, il internationalise le conflit, commente Mathieu Petithomme, qui fait référence à son déplacement à Copenhague et aux nombreux journalistes qui l’ont suivi. "Il sait pertinemment que s’il est arrêté, ce sera un élément de plus pour étoffer l’argumentaire sur la victimisation des indépendantistes catalans, avec l’Espagne dans le rôle de l’oppresseur", ajoute-t-il.

Cette fois-ci, le juge espagnol en charge de l'enquête a rejeté la demande du parquet espagnol pour réactiver le mandat d’arrêt européen, estimant qu’il cherchait justement "à provoquer cette arrestation à l'étranger", dans le cadre d'une stratégie visant à se doter d'arguments pour être investi en son absence président de la Catalogne.

"Il est évident que Puigdemont veut que cette législature reste atypique et souhaite pousser l'État espagnol à la faute, afin d’éviter que la politique catalane ne tombe dans une certaine normalisation", note pour sa part Lola Garcia, dans L’édition du 21 janvier de La Vanguardia, le quotidien catalan.

Éluder les blocages juridiques

En occupant le terrain médiatique, Carles Puigdemont cherche aussi à mettre en scène l’officialisation de sa candidature à la présidence de la Catalogne, prononcée dans la matinée par le président indépendantiste de la chambre régionale, Roger Torrent, et espère ainsi reléguer tous les blocages juridiques qui en découlent au second plan du débat public. Si le président destitué par Madrid reste à l'étranger, il devra être investi à distance, ce que les services juridiques du Parlement catalan ont déjà jugé contraire au règlement de l'institution.

"Le règlement intérieur du Parlement catalan stipule que le président doit être présent lors de son investiture, affirme Mathieu Petithomme. Or, s'il rentre, le parquet général en Espagne a averti que son immunité parlementaire n'empêcherait pas son arrestation. Mais les statuts peuvent être modifiés par la "mesa del Parlement" [le bureau du parlement, NDLR], composé majoritairement d’indépendantistes". Ainsi, Carles Puigdemont pourrait s’exprimer depuis Bruxelles par Skype, comme il l’affirme depuis plusieurs semaines.

Dans ce cas, le gouvernement central et l'opposition feront tout pour bloquer sa prise de fonction en saisissant la justice. "Permettre que quelqu'un soit investi ou prétendre être le président du gouvernement catalan en étant à Bruxelles est illégal", a prévenu samedi 20 janvier le chef du gouvernement espagnol, le conservateur Mariano Rajoy, qui a conclu en rappelant que l'article 155 (de la Constitution) continuerait à s'appliquer et que la région ne retrouverait pas son autonomie. "Un scénario qui serait synonyme d’un nouveau bras de fer judiciaire entre Madrid et Carles Puigdemont", assure Mathieu Petithomme.

"Sauf que les Espagnols, y compris les Catalans, sont fatigués de cette impasse politique", poursuit le politologue. Exceptée la base électorale de Carles Puigdemont qui ne veut rien céder à Madrid, l’opinion est très critique à l’égard de l’exilé belge. D’un côté, les indépendantistes de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC) ont vu dans son départ en exil un acte de lâcheté alors que leur dirigeant Oriol Junqueras croupit en prison depuis plusieurs semaines. De l’autre, une majorité d’Espagnols et de Catalans associent le nom de Puigdemont à la paralysie politique en Catalogne.

Reste à voir s’il sera bien investi président de la région le 31 janvier. "Quelques noms de candidatures alternatives circulent", affirme Mathieu Petithomme. Si le choix de Carles Puigdemont est annulé par la Cour constitutionnelle, rien n'empêche le chef du Parlement catalan de présenter une alternative. "Mariano Rajoy et Carles Puigdemont ne sont pas les bons acteurs pour résoudre le conflit", commente le spécialiste de la Catalogne. "Avec eux, le conflit est dans une double impasse. il faut trouver une voix médiane".

Première publication : 22/01/2018

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