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FRANCE

Shoah : la collection de squelettes du camp du Struthof

© Stéphanie Trouilard, France 24 | L'entrée de la chambre à gaz de l'ancien camp de concentration de Natzweiler-Struthof.

Texte par Stéphanie TROUILLARD

Dernière modification : 27/01/2018

À l'occasion de la journée de la mémoire des génocides, retour sur l'histoire du camp de Natzweiler-Struthof, en Alsace. Sa chambre à gaz, unique en France, a servi à constituer une sordide collection de squelettes de juifs assassinés.

Sur les pentes du Mont-Louise, se dresse un ancien hôtel. Au début du XXe siècle, les Strasbourgeois se pressaient ici pour prendre l’air ou profiter de la neige. Durant l’hiver, le site était prisé par les amateurs de ski ou de luge. En contemplant la vue, difficile de ne pas tomber sous le charme de ce petit coin des Vosges, silencieux et reposant.

Mais en avançant de quelques pas, cette sérénité apparente vole en éclats. En face de l’établissement touristique, fermé récemment, a été construite une petite bâtisse sur laquelle on peut lire ces mots glaçants : "Chambre à gaz de l’ancien camp de concentration de Natzweiler-Struthof ". Pendant la Seconde Guerre mondiale, les skieurs ont laissé place à d’autres occupants. L’hôtel est devenu une Kommandantur. Après l’annexion de l’Alsace, les pentes du Mont-Louise ont accueilli un camp de concentration. "Un jour, un SS qui était géologue, a trouvé en se promenant dans la montagne un filon de granit rose, très prisé par les nazis pour leurs grands bâtiments. Ils ont alors décidé d’ouvrir un camp pour l’exploiter", explique Audrey Studer, responsable des relations publiques du camp du Struthof.

De prétendues expériences médicales

Entre 1941 et 1945, 52 000 déportés, de 31 nationalités différentes, passent par ce camp et ses kommandos annexes répartis de part et d’autre du Rhin. Dans des conditions effroyables, des prisonniers de guerre, des déportés politiques ou des résistants tentent de survivre aux pires traitements. "Faut-il rappeler le travail épuisant, déjà trop lourd pour des individus valides ; le manque de nourriture, la brutalité et la bestialité de nos gardiens et de certains kapos ; le manque de repos, les longues stations debout, les appels interminables, quel que fut le temps, les corvées harassantes et inutiles. Et ce, dans un camp qui, par sa structure et sa situation géographique, constituait déjà un danger permanent pour notre santé", a témoigné l’un d’entre eux, le docteur Bogaerts. Près de 22 000 déportés y perdent la vie, faisant du camp du Struthof l’un des plus meurtriers du système concentrationnaire SS.

Cette escalade dans l’horreur franchit une étape supplémentaire avec la création d’une chambre à gaz en contrebas du camp, dans l’ancienne salle de bal de l’hôtel. Cette petite pièce ne fait que 9 m2. Elle est aménagée à la demande des professeurs de médecine nazis de l'Université du Reich, à Strasbourg, afin de procéder à de prétendues expériences médicales. "Ils se sont dit que la main d’œuvre humaine dans les camps pouvait servir de cobayes intéressants pour mener leurs recherches. Elle a donc été utilisée notamment sur des Tsiganes pour tester des gaz de combats et leurs conséquences, mais l’histoire la plus célèbre est celle des 86 juifs", décrit Audrey Studer.

"La mort s’était déroulée d’une façon normale"

En août 1943, le professeur August Hirt, directeur de l'Institut d'anatomie de l'Université du Reich de Strasbourg, réussit à faire venir du camp d’Auschwitz, en Pologne, 86 déportés juifs. Son objectif est simple : constituer une collection de squelettes de la "race juive" avant qu’elle ne soit anéantie. Pour ne pas abîmer les corps, ils décident de faire gazer les victimes.

Josef Kramer, le chef du camp du Struthof, dirige les opérations. Arrêté à la Libération, il a raconté en détail le gazage d’un groupe de femmes juives : "Je faisais entrer les femmes dans la chambre à gaz et fermais la porte. Alors, les femmes commencèrent à pleurer et à crier. (…) Comme il n'y avait plus rien à entendre et que plus rien ne se mouvait, j'ai mis le ventilateur en marche. Pendant ce temps, je me trouvais à l'extérieur et je n'ai ni respiré ni senti le gaz. Après un quart d'heure, j'ai ouvert la porte. Il semblait que la mort s'était déroulée d'une façon normale". Sans remords, le chef du camp a affirmé face aux enquêteurs n’avoir "éprouvé aucune émotion en accomplissant ces actes".

Les corps sont ensuite transportés à l’Université de Strasbourg où ils sont placés dans des cuves. Mais les plans du professeur August Hirt sont bouleversés par l’arrivée, en 1944, des troupes alliées qui, horrifiées, découvrent ces expériences dans le laboratoire d’anatomie. Les restes humains sont finalement enterrés dans le cimetière juif de Cronenbourg, à l’ouest de la capitale alsacienne. Cette histoire reste connue, mais le souvenir de ces déportés juifs s’estompe peu à peu.

Des restes découverts en 2015

En 2015, cette affaire refait pourtant surface avec la publication du livre de Michel Cymes, Hippocrate aux enfers. Le médecin y relate des rumeurs selon lesquelles des restes des cobayes du professeur Hirt sont toujours présents entre les murs de l’Université de Strasbourg. Ces bruits de couloirs se révèlent fondés. En juillet de la même année, l’historien Raphaël Toledano découvre dans un bocal et des éprouvettes des prélèvements humains de ces 86 déportés juifs.

Une commission historique a depuis été constituée pour faire toute la lumière sur cette période. Lancée en 2016 pour quatre ans, elle étudie actuellement toutes les collections médicales de l’Université de Strasbourg "pour s’assurer qu’il ne reste plus de spécimens de victimes du national-socialisme".

Un documentaire a été réalisé sur les 86 juifs du camp du Struthof

Une sordide collection de squelettes

Durant tout ce temps, ces hommes et ces femmes ayant servi aux expériences de Hirt n’ont même pas eu de noms. Il a fallu attendre le début des années 2000 et le travail d’enquête d’un journaliste allemand, Hans-Joachim Lang, pour qu’ils sortent de l’anonymat. Après avoir retrouvé une liste établie par Henri Henypierre, un des assistants du professeur d’anatomie, avec les numéros tatoués sur l’avant-bras des victimes, il réussit à leur redonner une identité. Leurs noms sont désormais inscrits sur un monument placé à proximité de l’ancienne chambre à gaz.

Le lieu est ouvert aujourd’hui aux visiteurs du camp du Struthof. Quelques panneaux explicatifs mettent en lumière ce passé sordide, mais un nouvel espace muséographique devrait être inauguré en 2019 pour raconter plus en détails ces expérimentations. "Cette histoire de collection de squelettes est vraiment unique", résume Audrey Studer. "Comparé à d’autres camps, il y a peu de victimes dans le nombre, mais cela montre tout l’acharnement de cette idéologie. Cela symbolise toute l’horreur nazie".

Première publication : 27/01/2018

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