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Afrique

Les médecins résidents veulent être "traités comme tous les citoyens algériens"

© RYAD KRAMDI / AFP | Les internes en médecine lors du sit-in devant l'hôpital Mustapha Pacha à Alger, le 23 janvier 2018.

Texte par Assiya HAMZA

Dernière modification : 30/01/2018

Après plus de deux mois de grève, les médecins résidents algériens doivent une nouvelle fois rencontrer les autorités mardi. Ils demandent de meilleures conditions de travail et une égalité de traitement face au service militaire. Entretien.

Le bras de fer se poursuit en Algérie. En grève depuis plus de deux mois, les médecins résidents, l’équivalent des internes en France, retournent, mardi 30 janvier, à la table des négociations avec les représentants du ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière.

Sit-in devant l’hôpital Mustapha Pacha à Alger, manifestations, cessation du travail… Le mouvement ne s’essouffle pas malgré des échanges parfois musclés avec les forces de l’ordre et une décision de justice qui a déclaré le 24 janvier la grève "illégale". Les résidents, qui étudient la médecine générale pendant sept ans puis une spécialité pendant quatre ou cinq ans, réclament notamment l'abrogation du service civil, qui les oblige à exercer jusqu’à quatre ans dans des zones parfois reculées, en plus des 12 mois de service militaire, obligatoire pour tous les Algériens.

Interrogé par France 24, le Dr Yassine Balhi, l'un des porte-parole du Collectif autonome des médecins résidents algériens (Camra), estime que ces 13 000 médecins souffrent d’une inégalité de traitement et regrette une image quelque peu écornée dans les médias qui les font passer pour des  "enfants gâtés".

France 24 : Que reprochez-vous au service civil ?

Dr Yassine Balhi : Nous demandons l’abrogation du caractère obligatoire du service civil. Lorsqu’un médecin termine sa spécialisation, il doit aller travailler dans le Sud ou les Hauts-Plateaux pour obtenir son diplôme et son autorisation d’exercice, ce qui revient à une prise d'otage. Nous sommes conscients que la population a besoin de nous dans ces déserts médicaux et nous ne refusons pas d’y aller. Le problème, c’est l’absence de plateaux techniques et de moyens indispensables à la pratique de notre métier sur place. Sans cette contrainte, les hôpitaux seraient tenus de nous attirer avec de bonnes conditions de travail mais aussi une meilleure prise en charge des patients. Il est impossible de supprimer le service civil pour le moment mais il est envisageable de l’améliorer. Cela permettrait également de donner envie aux  médecins spécialistes de rester après ces trois années. Il faudrait créer des pôles d’excellence. Nous avons été faussement accusés de ne pas vouloir aller travailler dans les déserts médicaux. Or, nous voulons ce qu’il y a de mieux pour le patient et le médecin. C’est ce débat que nous souhaitons ouvrir.

Les médecins spécialistes sont-ils les seuls concernés ?

Nous sommes les seuls à faire un service civil obligatoire. Partout dans le monde, le service civil est une alternative au service militaire.  En Algérie, les spécialistes – uniquement les hommes – doivent faire  les deux. Le service militaire dure douze mois. Quand on est envoyé dans le Sud, il faut attendre longtemps pour avoir un logement qui n’est pas toujours à la hauteur de notre fonction. Nous devons laisser nos familles derrière nous, sans possibilité de procéder au regroupement familial. Par exemple, si un spécialiste est marié avec un médecin lui-même spécialiste, ils ne feront pas leur service civil au même endroit. Si votre conjoint exerce une autre profession, il doit démissionner pour vous suivre. Dans le cas contraire, vous avez deux loyers à payer. Un billet d’avion Alger - Illizi [dans le Sud-Est, NDLR] coûte dans les 30 000 dinars [environ 212 euros, NDLR]. Rentrer voir votre famille une fois par semaine coûte une fortune. À la fin du mois, cela dépasse votre salaire. Ce ne sont pas de bonnes conditions de travail pour le médecin. On ne peut pas accepter d’être isolé après avoir fait douze ans d’études. Concernant le service militaire, il y a une note présidentielle qui dispense les personnes qui ont dépassé l’âge, qui sont malades ou qui sont simplement soutien de famille. Elle permet de régulariser la situation militaire. Cette mesure exclut les médecins et les paramédicaux. Nous ne demandons pas à ne pas faire le service militaire mais juste à être traités comme tous les citoyens algériens.

De nombreux médecins algériens quittent l’Algérie, notamment pour la France. Est-ce lié ?

Aujourd’hui, à l’issue de leur service civil, les assistants de santé publique [les résidents diplômés, NDLR] ne pensent plus à faire carrière dans l’hôpital public. Soit ils vont dans le privé, soit dans un pays étranger. Plus de 13 000 médecins ont quitté l’Algérie pour travailler au Canada, en France ou ailleurs. C’est une véritable fuite des cerveaux. Quand le résident finit sa spécialité, il enchaîne par un service civil de trois à quatre ans, deux ans dans le Sud, puis par le service militaire. Une carrière de médecin spécialisé ne commence véritablement qu’à 35 ans. Travailler dans le privé permet de très bien gagner sa vie mais faire une carrière hospitalo-universitaire est presque impossible. Un médecin spécialiste gagne 70 000 dinars (496 euros) dans le Nord ; le généraliste 50 000 dinars (354 euros) : juste de quoi louer un appartement à Alger. [En Algérie, le Smic s'élève à 20 000 dinars, soit 141 euros et le salaire moyen à 40 000 dinars, soit 283 euros, NDLR.] À l’étranger, il touche environ 3 000 euros. Certains préfèrent donc faire les équivalences, galérer un peu, mais rester en France.

Qu’attendez-vous des autorités qui ont déclaré la grève illégale ?

Nous demandons à notre pays de tout faire pour nous garder. Nous avons proposé aux autorités de faire des services mixtes, c'est-à-dire de ne plus dissocier les deux. Depuis le début du mouvement,  il y a eu quatre réunions et l’installation d’une commission intersectorielle avec plusieurs ministères. Les discussions n’ont mené à rien, nous n’avons eu aucune contre-proposition. Nous sommes dans une impasse. La grève a été déclarée illégale alors qu’elle dure depuis deux mois. La justice dit ne pas reconnaître le collectif mais la tutelle s’assoit quand même à la table des négociations. Il y a des cachets ministériels sur les PV de réunion. Ce n’est pas logique. La grève va donc continuer même si nous assurons un service minimum. Nous faisons nos gardes, assurons les urgences… nous ne bloquons pas le fonctionnement des hôpitaux.

 

Première publication : 30/01/2018

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