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Economie

En Allemagne, la semaine de 28 heures n’est pas les 35 heures à la française

© Thomas Kienzle, AFP | Des dizaines de milliers de travailleurs allemands ont manifesté début janvier pour demander une hausse de salaire et une réduction du temps de travail.

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 31/01/2018

En Allemagne la question de la réduction du temps de travail est au centre du dialogue social avec une proposition choc : la semaine de 28 heures. À ne pas confondre avec les 35 heures à la française.

Alors qu’en France chaque nouvelle loi sur le travail détricote un peu plus les 35 heures, en Allemagne, il est question d’aller vers la semaine des 28 heures. Le syndicat IG Metall, le plus puissant du pays, en a fait l’une de ses deux revendications dans le conflit qui l’oppose depuis quelques semaines au patronat du secteur de l’industrie.

À partir du mercredi 31 janvier, près de 250 entreprises allemandes du secteur de l’industrie métallurgique et électronique menacent, sous la pression des grévistes, de fermer pendant 24 heures. Un mouvement social qui peut avoir des répercussions en cascade – retard de livraison, baisse de production – surtout pour la sacro-sainte industrie automobile.

Vingt-huit heures, un choix perso

IG Metall exige une revalorisation salariale de 6 %, et la semaine de 28 heures, payée 28 heures pendant deux ans (puis un retour aux 35 ou 36 heures). Une revendication qui surfe sur l’air du temps allemand : “De plus en plus d’Allemands veulent avoir davantage de contrôle sur leur emploi du temps, alors qu’ils ont l’impression, dans une société où tout va plus vite, de ne plus avoir le temps pour rien”, explique Jutta Rump, économiste et directrice de l’Institut pour l’employabilité de Ludwigshafen.

Mais les employeurs ne sont pas d’accord. Ils sont prêts à trouver un compromis sur les hausses de salaires, mais pas question “de parler de baisse du temps de travail, car avec le boom actuel de la production industrielle en Allemagne, le secteur a déjà du mal à embaucher et il n’est pas question pour les entreprises que leurs salariés travaillent moins”, explique l’économiste.

Rien à voir avec les 35 heures à la française

Cette proposition d’aménagement du temps de travail représente donc la principale pomme de discorde dans le paysage socio-économique allemand actuel. Un débat qui doit donner des sueurs froides au patronat français et des rêves de RTT en plus à nombre de salariés tricolores. Mais attention : la semaine de 28 heures proposée par IG Metall n’a pas grand-chose à voir avec les 35 heures à la française.

D’abord, il s’agit d’une négociation de branche, la mesure ne bénéficierait qu’aux travailleurs de l’industrie métallurgique et électronique qui compte près de quatre millions de salariés. Même si “historiquement, les négociations menées par IG Metall aboutissent à des compromis qui sont par la suite appliqués dans les autres branches”, souligne Jutta Rump.

Passer aux 28 heures relèverait, ensuite, d’un choix individuel et non pas collectif. De quoi faire froncer certains sourcils de ce côté du Rhin où les aménagements du temps de travail individuel ressemblent davantage à du travail ou du chômage partiel subi qu’à une avancée sociale.

“La France a connu une expérience de réduction individuelle du temps de travail dans les années 1980 avec une politique d’encouragement à recourir au temps partiel qui a précarisé l’emploi des femmes et contribué au développement de la pauvreté laborieuse”, rappelle Anne Eydoux, économiste et spécialiste des questions d’emplois au Centre national des Arts et Métiers. Pour elle, cette expérience a contribué à pousser les pouvoirs publics à opter ensuite pour une mesure collective de réduction du temps de travail avec la loi Aubry.

Problème de riches

Le principal syndicat allemand de travailleurs pousserait-il pour une mesure antisociale ? Pas du tout, rétorque Jutta Rump. Le choix de passer à la semaine de 28 heures ne peut venir que du salarié. L’employeur ne peut, en aucun cas l’imposer ou proposer des emplois à temps réduit. Il n’y aurait donc pas de risque d’augmenter la précarité en Allemagne.

En fait, la principale différence entre la revendication du syndicat allemand et les 35 heures à la française réside dans la finalité des deux mesures. En France, le débat autour du temps de travail revient toujours à se demander s’il réduit ou non le chômage, alors qu’en Allemagne, la semaine des 28 heures vise principalement à permettre aux salariés d’avoir un meilleur équilibre entre métro-boulot-vie perso.

Jutta Rump reconnaît que  le conflit autour de la semaine de 28 heures est un problème de riche. “Nous en parlons parce que notre économie est en plein boom et qu’on peut se le permettre”, assure-t-elle.

Mais après le beau temps économique, la pluie finira bien par tomber sur l’Allemagne. “La prochaine crise économique risque de révéler la face obscure de la semaine de 28 heures, si elle devient réalité”, prévient Jutta Rump. Pour cette économiste, le danger se résume en un mot : robots. Confrontées à un manque de main d’œuvre sur le marché du travail pour cause de forte croissance économique, les entreprises qui devront composer avec la réduction du temps de travail – en cas de victoire d’IG Metall – chercheront à automatiser des tâches. À force d’investissement, elles y parviendront. Et lorsque le vent économique aura tourné, des robots auront pris les places que les chômeurs aimeraient bien occuper.

Première publication : 30/01/2018

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