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Moyen-Orient

Liban : les nerfs à vif en raison d'une insulte, de la fiction à la réalité

© Anwar Amro, AFP | Des partisans du leader chiite Nabih Berry bloquant une rue à Beyrouth, le 29 janvier 2018.

Texte par Marc DAOU

Dernière modification : 02/02/2018

Depuis lundi, la tension ne cesse de monter au Liban entre les partisans du président du Parlement, et ceux du ministre des Affaires étrangères. En cause : une insulte, qui, comme dans le film de Ziad Doueiri, ne passe pas.

Quand la réalité dépasse la fiction. Alors que le film "L'Insulte", réalisé par le Franco-Libanais Ziad Doueiri, sélectionné aux Oscars et sorti en salles en France le 31 janvier, relate l'histoire d'une querelle entre un chrétien du Liban et un réfugié palestinien, qui s’envenime au point de menacer la stabilité du pays du Cèdre, une crise, étrangement similaire et bien réelle, fait rage actuellement au Liban.

En effet, depuis le début de la semaine, la tension va crescendo entre les partisans de Nabih Berry, l’influent président du Parlement, et ceux du président Michel Aoun, deux rivaux historiques. En cause, des propos proférés par le gendre du chef de l’État, le ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil, qui lors d’une réunion locale de son parti, le Courant patriotique libre (CPL), a notamment qualifié le leader chiite de "baltaji" (voyou).

>> Sur France 24 : Avec "L'Insulte", Ziad Doueiri met la société libanaise face à ses démons

Détournement de l'affiche de "L'insulte" avec les portraits de Nabih Berry (g) et de Gebran Bassil (d). © Twitter

Cette "insulte" a immédiatement provoqué une explosion de colère dans les rangs des sympathisants et des membres du mouvement Amal, présidé par Nabih Berry. La vidéo où Gebran Bassil critique ouvertement les pratiques politiciennes du chef du Parlement a été mise en ligne le 28 janvier. Depuis, plus un jour ne passe sans que sit-in et manifestations ne soient organisés contre le ministre maronite dans différents endroits du pays. Certains partisans de Nabih Berry ont coupé plusieurs axes routiers dans Beyrouth et dans sa banlieue, ainsi que dans plusieurs autres régions.

"Réminiscences des slogans de la guerre"

De graves incidents survenus dans la nuit de mercredi à jeudi à Hadath, dans la région de Baabda, près de Beyrouth, ont poussé le mouvement Amal et le CPL, tous deux alliés politiques du Hezbollah, à appeler au calme. Selon le récit du quotidien francophone L’Orient-le-Jour, qui fait état de "réminiscences des slogans de la guerre", "des partisans de Nabih Berry, à bord de véhicules et de motos, ont déboulé au centre de Hadath, tirant des coups de feu en l’air". En réponse, des partisans du CPL se sont mobilisés, et "sont descendus dans la rue les armes à la main". Seule l’intervention de l’armée est parvenue à ramener le calme dans la nuit, d’après les médias locaux.

"Prêts à tout brûler pour tes yeux"
Un slogan publié sur les réseaux sociaux par les partisans de Nabih Berry. © Twitter

Jusqu’ici, Gebran Bassil n’a exprimé que de simples regrets pour ses propos, alors que Nabih Berry réclame toujours des excuses. Né en 1930 au Sierra Leone et avocat de formation, Nabih Berry, surnommé "le maître" par ses partisans, est un dinosaure de la scène politique libanaise, dont il est un personnage incontournable.

Cet ancien seigneur de guerre, chef d’une milice pro-syrienne qui régnait sur la banlieue sud de Beyrouth et certains quartiers de la capitale pendant la guerre du Liban (1975-1990), avant d’être supplantée par le Hezbollah pro-iranien au milieu des années 1980, préside en effet depuis 1992 le Parlement libanais. Un poste clé dévolu traditionnellement à la communauté chiite.

S’il arrive que son expérience politique et son verbe haut ne lui suffisent pas pour obtenir gain de cause, il n’hésite pas à aller jusqu’à bloquer la vie parlementaire pour avoir le dernier mot. Bien moins nombreux que ceux du Hezbollah, ses dizaines de milliers de partisans, majoritairement issus des classes populaires chiites, lui vouent une admiration sans borne et se mobilisent sans hésitation dans la rue à l’appel des cadres de son parti.

"Nous ne voulons pas paralyser le gouvernement, mais la situation n'est pas simple", a déclaré jeudi le ministre des Finances et son bras droit, Ali Hassan Khalil. "Sur le terrain, nous avons appelé nos partisans à quitter les rues", a-t-il précisé. De l'autre côté, Ibrahim Kanaan, député issu des rangs du CPL, a estimé sur son compte Twitter que "cette crise commen[çait] à menacer la stabilité du Liban et les ententes nationales".

Selon des sources bien informés, le Hezbollah tente en coulisses une médiation auprès de ses deux alliés, et ce, afin de permettre à chaque camp de ne pas perdre la face, à quelques mois des législatives prévues au printemps. De son côté, le président Michel Aoun a appelé plusieurs fois au calme.

"Dans notre culture, les mots sont chargés"

En attendant une éventuelle sortie de crise, certains internautes libanais s’amusent des similitudes de la situation actuelle avec le film de Ziad Doueiri. Joint au téléphone par France 24, le réalisateur de "L’Insulte", qui a voulu montré comment un incident bénin entre deux personnes peut placer le pays du Cèdre au bord du précipice, n’en revient pas du timing de cette crise.

"C’est dingue, c’est exactement ce que l’on a essayé de dire dans le film, tout cela reflète vraiment l’état actuel de la société libanaise, confie-t-il à France 24. Il y a tellement de non-dits, de malentendus et de colère dans ce pays, que même si l'on jouit d’un semblant de stabilité, on sait que tout peut dégénérer rapidement".

Dans son film, le père de l’un des personnages principaux déclare : "Tes mots sont inacceptables, les guerres commencent comme ça". Pour Ziad Doueiri, il s’agit d’une question culturelle : "Dans notre culture, les mots sont chargés, ils ne sont pas de simples mots, qui pour un Occidental, peuvent paraître banals, chez nous, au Liban, et au Moyen-Orient, ils expriment bien plus que cela, ils prennent une autre dimension, car nous avons un passé chargé et une histoire sulfureuse".

Et de conclure : "Mon père me disait toujours, 'fais attention à ce que tu dis, choisis bien tes mots, car ils peuvent blesser. Chaque culture à ses sacrés, comme ceux qui touchent à l’identité ou à la religion'". Voire même aux hommes politiques.

Première publication : 01/02/2018

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