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Débat sur le port obligatoire du voile en Iran : "L’État iranien est un État sexiste"

© Behrouz Mehri, AFP | La loi iranienne impose aux femmes de sortir tête voilée et le corps couvert d'un vêtement ample plus ou moins long.

Vidéo par Sophie ALAVI

Texte par Marc DAOU

Dernière modification : 03/02/2018

Plusieurs femmes ont été arrêtées à Téhéran depuis le début de l’année alors qu'elles protestaient, tête nue, en pleine rue, contre le port du voile obligatoire. Une contestation que décrypte Azadeh Kian, professeur en sociologie politique.

Elles sont 29 Iraniennes à avoir été arrêtées depuis le début de l’année, alors qu'elles protestaient contre le port du voile, obligatoire dans le pays depuis la révolution islamique de 1979.

Un mouvement de contestation qui a commencé avec l'interpellation en décembre d'une Iranienne, Vida Movahed, qui a exhibé, tête nue et debout sur une armoire électrique dans une rue de Téhéran, son voile sur une perche. La jeune mère de famille de 31 ans a été libérée après environ un mois de détention.

>> Sur les Observateurs de France 24 : Des Iraniennes enlèvent leur voile en public contre "l'humiliation quotidienne" du hijab

Son action a fait des émules, et plusieurs femmes ont renouvelé son geste symbolique. Depuis, le phénomène, qui reste limité à quelques dizaines de cas, est largement relayé sur les réseaux sociaux via des photos et des vidéos. Ces actes, pour le moment individuels, sont-ils le signe avant-coureur d’une évolution majeure pour les femmes en Iran ? Le pouvoir peut-il accepter que le voile pour les femmes soit remis en question ?

Pour comprendre les enjeux et les origines de ce mouvement de protestation, France 24 a interrogé Azadeh Kian, directrice du Centre d’enseignement, de documentation et de recherches pour les études féministes (Cedref), professeur en sociologie politique à l'Université Paris Diderot, spécialiste de l'Iran.

France 24 : Comment percevez-vous le phénomène de ces Iraniennes qui retirent leur voile dans la rue ? Peut-il prendre de l’ampleur ?

Azadeh Kian :Ces femmes ont un courage incroyable, car je rappelle qu’elles sont tout de suite arrêtées et emprisonnées. Elles risquent des peines de prison allant de 10 jours à deux mois et des amendes. On constate que la police et la justice sont en train d’essayer d’intimider ces jeunes filles qui retirent leur voile en public, parce qu’elles savent qu’elles vont être prises en photo et que leurs images seront diffusées sur les réseaux sociaux. Pour le moment, il s’agit d’initiatives personnelles et nul ne sait quelle ampleur prendra leur mouvement. On ne sait pas vraiement ce qu’elles recherchent : sont-elles contre le régime ? Contre le voile seulement ? Toujours est-il que pour l’instant, ces actions sont contrôlables par le pouvoir, car il sait pertinemment que toutes les femmes n’auront pas le courage de se dévoiler en public. Mais si leur nombre augmente, la situation sera plus difficile à gérer.

Comment expliquez-vous le timing de ce mouvement ?

Il est important de rappeler que ce mouvement s’inscrit dans la continuité de la résistance des femmes iraniennes contre le port du voile obligatoire depuis la révolution de 1979 jusqu’à aujourd’hui. Il faut l’inscrire dans le contexte de ce combat, car sinon on pourrait croire qu’il n’y avait rien de tel avant. Or c’est grâce à cette résistance continue que le port du voile s’est assoupli avec le temps. Et si aujourd’hui ces jeunes femmes ont trouvé le courage de passer à l’acte, c’est parce qu’elles ont été motivées par le contexte actuel, propice à des actions de désobéissance, qui fait suite aux révoltes qui ont eu lieu récemment en Iran. Le pouvoir, le Guide suprême et le président Rohani, ont été remis en question par les manifestants pendant 10 jours, et ce, sous le regard du monde entier, il y a donc eu une certaine fragilisation du pouvoir qui les a poussé à agir. Toujours est-il que le président Rohani et son gouvernement ont d’autres chats à fouetter, ils doivent faire face à une importante grogne sociale, et leurs priorités sont la lutte contre le chômage et l’amélioration des conditions de vie des classes moyennes et populaires. Le président n’a aucun intérêt à se fâcher avec le clergé, ce qui serait le cas s’il se prononce en faveur de la dépénalisation du refus du port du voile islamique.

Si la résistance à cette législation a toujours existée, est-elle une question majeure pour les Iraniennes ?

Cette obligation n’est jamais rentrée dans les mœurs, et a toujours été un débat de société. Il commence même à se politiser, puisque certains élus ont critiqué la législation actuelle sur le port du voile. Aujourd’hui, cette question est même devenue un sujet majeur pour la jeune génération qui, paradoxalement, est née sous le régime islamique. Il suffit d’observer le nombre de jeunes femmes qui portent mal le voile, qui le glissent sur leurs épaules, ou qui laissent dépasser des mèches de cheveux pour montrer symboliquement leur désaccord avec cette législation. Et ce dans la capitale et même en province. Sur l’application de messagerie Telegram, très prisée par les Iraniens, les photos de femmes sans voile sont légion. On constate même que le nombre de jeunes femmes issues de familles religieuses qui ne veulent pas ou qui portent mal le voile est en augmentation constante. Cela est partiellement dû à l’influence de l’ouverture de la société iranienne vers le monde, de l’utilisation des réseaux sociaux et de l’installation d’antennes paraboliques. Ce qui n’existait pas pour les générations précédentes. Les jeunes femmes iraniennes sont exposées à des modèles et à des modes de vie dont elles s’inspirent. Tout cela contribue à influer sur leur refus de porter le voile islamique obligatoire. Mais ce n’est certes pas le cas de 100 % des femmes, évidemment, nous n’avons pas de chiffres exactes. Les Iraniennes continuent à le faire par obligation, et non pas par conviction. Par exemple, une femme active est obligée de le porter pour ne pas être licenciée, idem pour une étudiante, qui risquerait de se voir refuser d’entrer dans l’enceinte de l’université. C’est finalement dans la rue que les femmes peuvent désobéir à ces injonctions.

D’un point de vue général, la condition de la femme en Iran, sa place dans la République islamique, s’est-elle améliorée depuis l’arrivée au pouvoir du président Hassan Rohani en 2013 ?

Non, on ne peut pas parler d’amélioration, puisque les Iraniennes sont toujours discriminées par la loi, qui ne profite qu’aux Iraniens. Or la législation reste inchangée, et le Code civil, le Code pénal et même la Constitution sont très défavorables aux femmes. Le problème n’est pas culturel, il est politique, car l’État iranien est un État sexiste. Ce n’est pas la société iranienne qui est contre les femmes, et l’homme iranien n’est pas plus macho que l’homme français. Ils sont même moins conservateurs que certains hommes de la région. On constate que de plus en plus de jeunes Iraniens sont solidaires avec les femmes et sont sensibles à la question des droits des femmes. Pour changer la donne, pour modifier les lois, il faut des actions collectives. Or, pour l’instant, ce que nous observons aujourd’hui avec ces femmes qui prennent le risque de se dévoiler dans la rue, restent des initiatives personnelles.

 

Première publication : 02/02/2018

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