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Blocus au Yémen : "Si rien n’est fait, il s’agira d’un crime de guerre"

© AFP | Le Yémen est au bord de la famine avec, en outre, des épidémies de choléra et de diphtérie.

Texte par Marc DAOU

Dernière modification : 03/02/2018

Alors que la guerre au Yémen s'enlise, la crise humanitaire a atteint un seuil critique, selon Jean-François Corty, directeur des opérations internationales de Médecins du Monde. Il pointe la responsabilité occidentale dans le conflit.

Les affrontements qui ont éclaté le 28 janvier à Aden, la deuxième ville du Yémen, entre les séparatistes du Sud et les forces du président Abd Rabbo Mansour Hadi, deux camps censés être alliés contre les rebelles houthis, compliquent encore plus la donne sur le terrain pour les civils. Ravagé par une guerre qui a fait plus de 9 200 morts depuis mars 2015, date de l’offensive menée par une coalition arabe contre les Houthis, la population subit une grave crise sanitaire et humanitaire.

"Les derniers événements survenus à Aden ont évidemment impacté les civils : il y a une situation de crise critique dans ce pays, le seuil d’alerte est à son maximum", avertit Jean-Francois Corty, directeur des opérations internationales de Médecins du Monde, interrogé par France 24.

"Rien ne laisse espérer que le sort des civils va s’améliorer"

D'après le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (Ocha), 22,2 millions de Yéménites, soit 76 % de la population, ont besoin d'aide et près de 8,4 millions de personnes sont confrontées à la faim, contre 6,8 millions en 2017.

Des indicateurs de santé montrent combien ce conflit, a, selon l’humanitaire, "accéléré et accentué la dégradation des conditions de vie et d’accès aux soins des civils, avec des pathologies classiques de la grande précarité, notamment la réémergence du choléra et de la malnutrition dans des proportions qui sont importantes". Sans compter, précise-t-il, que près de 50 % des centres de santé ont été détruits, soit de manière délibérée par des bombardements de la coalition, soit par d’autres acteurs du conflit.

Pour Jean-Francois Corty, rien ne laisse espérer que le sort des civils va s’améliorer. D’autant plus que le Yémen, l'un des pays les plus pauvres du monde avant le début du conflit, largement dépendant de l'aide internationale et des importations alimentaires, est soumis à un blocus aérien, maritime et terrestre de la part de la coalition arabe dirigée par l'Arabie saoudite.

"Les acteurs humanitaires, dont ceux de Médecins du monde dans le gouvernorat de Sanaa, qui travaillent sur place en essayant de développer des actions médicales, sociales et psychologiques, rencontrent énormément de difficultés du fait des questions d’insécurité en lien avec la diversité des acteurs du conflit et à cause du blocus quasi-total de la coalition arabe. Cela rend les importations de médicaments, de fuel et de denrées alimentaires très difficiles", explique Jean-Francois Corty.

Au regard de la situation sur le front, l’humanitaire constate cependant que "les Houthis restent organisés et, on le voit, le blocus n’a pas eu beaucoup d’effet d’un point de vue militaire et politique". Mais il impacte lourdement les civils et asphyxie tout un pays. "Ce blocus relève plutôt d’une forme de punition collective qu’autre chose. Il faut dénoncer cela et être proactif car, potentiellement, avec ce blocus quasi-total, on peut parler de famine planifiée et si rien n’est fait il s’agira d’un crime de guerre", prévient-il.

Le rôle de la France en question

Partant de ce constat, Jean-Francois Corty pointe du doigt les pays occidentaux, dont la France, qui contribuent à l’effort de guerre de la coalition arabe, par les ventes d’armes aux pays qui la composent, et qui permettent indirectement, selon lui, de consolider le blocus. Et ce, "tout en ayant le souci affiché de faire en sorte que le droit humanitaire et le travail des humanitaire soient respectés".

"Les démocraties occidentales, dont la France et les États-Unis, ne sont pas neutres, puisque le conflit les implique et les concerne, souligne-t-il. Or contester une alliance avec des pays qui ne respectent pas le droit humanitaire international reste très difficile chez nous, en France". Le royaume wahhabite est l’un des principaux clients de la France en matière de vente d’armes. Selon un rapport de Control Arms, une coordination d’ONG, paru en février 2016, Paris a autorisé 16 milliards d’euros de ventes d’armes à l’Arabie saoudite en 2015, loin devant Washington et ses 5,2 milliards d’euros.

Et de rappeler que le Conseil des droits de l’Homme de l’Europe a récemment indiqué qu’il lancerait une enquête internationale indépendante pour documenter les exactions commises sur les civils. "Or, il faut le savoir, la France et la Grande-Bretagne s’étaient farouchement opposées à cette initiative des Pays-Bas".

Jean-Francois Corty souhaite que la France puisse s’aligner sur les exemples de la Norvège et l’Allemagne, "qui ont annoncé dernièrement qu’ils arrêteraient de vendre des armes aux Saoudiens, parce qu’ils estiment qu’ils contribuent potentiellement à étouffer le Yémen avec un lourd impact sur les civils".

Au final, ce ne sont pas les humanitaires qui pourront avancer sur la question de la résolution du conflit, souligne-t-il, "puisque le problème est politique. Or, on reste sur une diplomatie de l’échec en la matière".

 

Première publication : 03/02/2018

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