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Economie

La banque Natixis remet Karl Marx au goût du jour

© John Jabez Edwin Mayall, International Institute of Social History | Les prédictions de Karl Marx sur l'évolution économique des pays riches seraient confirmées, selon l'économiste en chef de Natixis.

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 06/02/2018

L'économiste en chef de la banque française Natixis estime que la situation actuelle de l'économie des pays riches correspond aux prédictions de Karl Marx sur l'avenir du capitalisme.

Une banque à la rescousse de Karl Marx. Alors qu’à quelques chinoiseries près, le monde s’est détourné des préceptes du philosophe allemand pour vanter en chœur les lois du marché, la banque de financement française Natixis affirme que Marx avait raison, dans un note du 2 février, écrite par son économiste en chef, Patrick Artus.

Il n'appelle pas à la fin du capitalisme ou au soulèvement d'une internationale des prolétaires, mais juge que "la dynamique du capitalisme est aujourd'hui bien celle qu'avait prévue Karl Marx".

Baisse des salaires et spéculation

L’évolution économique des pays riches – États-Unis, Europe, Japon – correspondrait aux prédictions de l’inspirateur du communisme. Selon Patrick Artus, les entreprises perdent en productivité et décident, pour éviter de réduire leurs gains, de baisser les salaires, ce qui accroît les inégalités entre les travailleurs et ceux qui possèdent le capital.

Ce disciple inattendu de la pensée de Marx va encore plus loin. Lorsqu’il n’est plus possible de baisser les salaires – parce qu’ils ont atteint un plancher comme le smic –, les entreprises ont recours à la spéculation pour accroître leurs profits. Promotion immobilière, pari sur des valeurs technologiques et le bitcoin ou encore investissements risqués dans des start-up, autant de facettes d’un même phénomène : chercher à tout prix à maximiser les gains, au risque de déclencher des crises financières.

Folie des cryptomonnaies, bulle immobilière et flambée du Nasdaq seraient donc dans la nature des choses marxistes, selon Patrick Artus. Difficile cependant de ne pas y voir aussi une pincée de provoc' médiatique l’année de la célébration des 200 ans de la naissance de Karl Marx.

Crise marxiste à l'horizon

Cette lecture marxiste de la situation économique actuelle ne convainc pas, par exemple, Pascal de Lima, chef économiste au cabinet de conseil Harwell Management, qui consacre un chapitre de son prochain livre à la critique marxiste de la révolution technologique.

Patrick Artus aurait tort de conclure à une baisse inéluctable de la productivité des entreprises dans les pays riches. "Les données qui vont dans ce sens ne prennent pas en compte le temps qu'il faut pour que les innovations technologiques entraînent les hausses de productivité qui sont pourtant réelles", assure-t-il.

Il n’y a donc pas, selon lui, dans l'immédiat de baisse simultanée de la productivité et des profits d’un côté et des salaires de l’autre, ce qui correspond pourtant à l’analyse de l’évolution du capitalisme selon Karl Marx.

Pour autant, Pascal de Lima juge aussi qu'une crise de type marxiste se profile à l'horizon. Mais elle viendrait moins aujourd'hui de la recherche effrénée du profit au détriment des travailleurs, que d’une crise de surproduction dans 25 ans. Il prévoit également une baisse continue des salaires qui, dans son analyse, serait due aux innovations technologiques. Plus de robots, moins de boulot. Conséquence : à terme, et faute de pouvoir d’achat, il n’y aura plus de débouchés suffisants pour la production. Paupérisation des travailleurs et suraccumulation de capital : quoi de plus marxiste ?

Si les deux économistes ne sont pas d’accord sur l’analyse de la situation, il n’empêche que dans un cas comme dans l’autre Karl Marx fait son grand retour. À quand le grand soir ?

Première publication : 05/02/2018

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