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Asie - pacifique

JO de Pyeongchang : le "dilemme olympique" des sanctions contre la Corée du Nord

© Jonathan NACKSTRAND / AFP | La Corée du Nord participe aux Jeux olympiques d'hiver de Pyeongchang 2018, en Corée du Sud.

Texte par Valentin GRAFF

Dernière modification : 08/02/2018

La participation de la Corée du Nord aux JO d’hiver de Pyeongchang, n’est pas sans obstacles diplomatiques. Séoul doit multiplier les dérogations pour accueillir les athlètes sans contrevenir aux sanctions qui frappent Pyongyang.

Organiser des Jeux olympiques est rarement une mince affaire, mais pour la Corée du Sud, qui organise les Olympiades d’hiver de Pyeongchang, du 9 au 25 février 2018, l’exercice s’est corsé un peu plus encore lorsque la Corée du Nord a proposé d’envoyer une délégation d’athlètes, le 9 janvier. Vue comme une opportunité de réchauffer les relations entre les deux Corées, cette participation du Nord se heurte cependant aux sanctions internationales qui frappent le régime autoritaire de Kim Jong-un.

Soucieux de ne pas entraver la bonne marche de ces "Jeux de la paix", Séoul a donc accepté plusieurs concessions vis-à-vis de Pyongyang. Multipliant les exceptions au complexe régime de sanctions qui n’a cessé de se durcir au rythme des provocations et des essais nucléaires et balistiques conduits par son voisin du nord. La Corée du Nord se présente désormais ouvertement comme une puissance nucléaire et possède des missiles théoriquement capables d’atteindre les États-Unis.

>> À lire sur France 24 : "La nouvelle menace nord-coréenne en quatre questions"

Pour les observateurs, il s’agit d’une stratégie de la part de Pyongyang, stratégie visant à ouvrir une brèche dans le front jusque-là uni des sanctions. Passage en revue des circonstances ayant mené à des entorses aux sanctions internationales.

  • Un avion affrété vers le Nord

Le premier obstacle à franchir était américain : un avion ayant visité la Corée du Nord ne peut théoriquement plus atterrir aux États-Unis durant les six mois suivant cette visite. Afin de pouvoir envoyer des skieurs à la station de ski du mont Masik (en Corée du Nord), pour une session commune d’entraînement, Séoul a dû demander une dérogation à Washington. L’appareil, de la compagnie sud-coréenne Asiana Airlines, a donc pu se poser au Nord, puis revenir avec à son bord des athlètes nord-coréens. Et l'avion pourra se rendre sur le territoire américain.

Cette première concession, ainsi que le choix de la station a créé la polémique auprès des conservateurs sud-coréens, puisque le complexe du mont Masik fait figure de projet clé de Kim Jong-un, qui l’a doté de nombreux équipements plutôt luxueux au regard de la situation économique désastreuse du pays.

  • Un ferry envoyé vers le Sud

Alors qu’il était initialement prévu qu’une troupe d’artistes nord-coréens se rende au Sud par voie terrestre, le Nord a finalement annoncé qu’elle arriverait par voie maritime. Le "Man Gyong Bong 92", ferry de 9 700 tonnes, a donc touché terre mardi 6 février, avec à son bord 114 artistes.

Séoul avait déjà dû faire une entorse à la sanction interdisant à tout vaisseau du Nord de naviguer dans ses eaux territoriales. Pyongyang a poussé son avantage en demandant que le Sud réapprovisionne le ferry en carburant. Or, le régime des sanctions limite les importations de produits pétroliers raffinés par la République populaire à 500 000 barils par an, soit environ 65 000 tonnes. Le ministère de l’Unification n’a pas encore indiqué s’il allait répondre favorablement à la demande du Nord.

>> À voir sur France 24 : "JO de Pyeongchang : le sport, arme diplomatique de la Corée du Nord"

  • Des personnalités visées par les sanctions au sein de la délégation

Alors que Pyongyang tardait à rendre publique la liste des personnalités censées se rendre aux Jeux, faisant craindre un nouveau test vis-à-vis des sanctions, comme l'indiquait le New York Times, ces craintes ont fini par s'avérer justifiées.

La délégation nord-coréenne inclut deux individus faisant l’objet de sanctions, émises soit par le Conseil de sécurité, soit par les États-Unis : la sœur du leader nord-coréen Kim Jong-un, Kim Yo-jong, décrite par les spécialistes comme de plus en plus influente à la tête de l’État, et qui a récemment rejoint le politburo, plus haute instance politique du pays ; ainsi le président de la Commission d'État pour la conduite des sports de la Corée du Nord, Choe Hwi. La délégation comprend aussi Kim Yong-nam le chef d’État honorifique de Corée du Nord, qui lui n'est visé par aucune sanction.

Les deux personnalités figurent sur la liste noire du département américain du Trésor, du fait de leur rôle supposé dans de "sérieuses et actuelles violations des Droits humains et activités de censure", mais seul Choe Hwi est visé également par des sanctions du Conseil de sécurité.

La Corée du Sud a pourtant accueilli favorablement l’annonce de la visite de Kim Yo-jong. Ce qui serait la première visite d’un membre de la famille gouvernante depuis la fin du conflit armé, en 1953. Pour accueillir cette délégation, Séoul doit obtenir de l'ONU ainsi que des États-Unis une dérogation. Jeudi, le président du comité du Conseil de sécurité pour les sanctions contre la Corée du Nord a proposé de faire une exception pour Choe Hwi. Si aucun des membres du comité ne s’y oppose, le dignitaire nord-coréen pourra donc se rendre à Pyeongchang. L’agence de presse sud-coréenne Yonhap a par ailleurs indiqué que Séoul "consult[ait] actuellement les États-Unis et l'ONU" afin d’effectuer la même démarche vis-à-vis de Kim Yo-jong.

  • La délicate question des produits de luxe

Mais la sanction adoptée par le Conseil de sécurité qui pose le plus de problèmes au comité olympique sud-coréen est celle qui prohibe la livraison de produits de luxe. Les organisateurs se sont ainsi heurtés à un premier casse-tête concernant le sac de bienvenue distribué à tous les athlètes : à l’intérieur, se trouvait notamment un smartphone Galaxy Note 8 de la marque Samsung. Les autorités sud-coréennes ont craint que l’appareil, qui est vendu sur place pour la modique somme de 1,09 million de won (environ 817 euros), soit considéré par le Conseil comme un produit de luxe.

Le Comité olympique international (CIO) a suggéré aux organisateurs de confier ces téléphones aux sportifs nord-coréens si ces derniers les rendaient au terme de leur séjour, mais Séoul a préféré s’abstenir pour ne pas risquer de violer les sanctions.

Le même embargo sur les produits de luxe devrait aussi avoir une incidence sur… les crosses de hockey sur glace, révèle le New York Times, qui résume ainsi le "Dilemme olympique coréen" : "Les bâtons de hockey violent-ils les sanctions des Nations unies ?"

En 2017, les hockeyeurs nord-coréens s’étaient présentés à un tournoi international à Auckland, en Nouvelle-Zélande, avec des crosses en bois et usées, rappelle le quotidien américain. Les organisateurs leur avaient alors fourni du matériel en fibre carbone, qui avaient été récupéré au terme de la compétition. Le même dispositif doit être mis en place à Pyeongchang, où les deux Corées ont uni leurs équipes féminines de hockey.

En conclusion, ces efforts diplomatiques fournis à l'occasion de cette olympiade seront-ils, à terme, annonciateur d'un rapprochement entre les deux Corées ennemies ? Il faudra plus de la quinzaine pour le vérifier.

Première publication : 08/02/2018

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