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Afrique

Afrique du Sud : le long naufrage de "l’insubmersible" Jacob Zuma

© Mujahid Safodien, AFP | Jacob Zuma, ici en décembre 2017, lors de la 54e conférence annuelle du Congrès national africain à Johannesbourg.

Texte par Ségolène ALLEMANDOU

Dernière modification : 13/02/2018

Après huit années au pouvoir et huit motions de défiance, le président décrié de l'Afrique du Sud est poussé vers la sortie par son parti l'ANC. Jacob Zuma répondra mercredi à l'ordre de démission de sa formation.

Jacob Zuma résiste jusqu’au bout. Le très controversé président de la République sud-africaine s'obstine malgré l’appel pressant de son parti, le Congrès national africain (ANC). Mandaté par la plus haute instance du parti, le président de l'ANC Cyril Ramaphosa n'a pas réussi à convaincre Zuma malgré des dizaines d'heures de négociations. Sa formation a donc décidé de lui forcer la main en exigeant sa démission mardi 13 février, ordre auquel il devra répondre d'ici mercredi.

L’insubmersible président refuse d'obtempérer tant qu’il n’a pas de garantie sur son avenir judiciaire. Cyril Ramaphosa exclut de son côté tout passe-droit, rappelant avec fermeté que "ceux qui sont corrompus et ont volé l'argent des pauvres seront jugés". "C'est ce que Nelson Mandela aurait voulu", a-t-il ajouté, en référence à l'icône de l'ANC.

>> À voir : Cyril Ramaphosa veut relancer l'économie sud-africaine

Prise en charge des frais de justice

Reste que le leader zoulou de 75 ans exige la prise en charge des frais de justice par l'État, précise sur France 24 Thierry Vircoulon, chercheur associé au programme de l'Afrique subsharienne à l'IFRI. "Les frais d'avocats se chiffrent déjà en millions de rands, cela va forcément augmenter dès qu'il ne sera plus président".

Jusqu’à présent, Jacob Zuma a réussi à écarter les 783 chefs d’accusation qui le visent dans le cadre du scandale de vente d’armes des années 1990, ainsi que la procédure examinant le processus de "capture de l’État" qui a vu le pillage des sociétés publiques au profit des Gupta, la sulfureuse famille d'hommes d'affaires accusés d'intervenir dans la nomination de ministres.

Quelle que soit l’issue de ces procédures, ce fils d’un policier et d’une femme de ménage restera dans l’histoire comme le président aux multiples scandales de corruption accroché au pouvoir. Celui qui a fait ses premières armes dans la lutte anti-apartheid a été pressenti à l’époque comme le probable successeur de Nelson Mandela. Mais celui qui a également été emprisonné dans la célèbre prison de Robben Island aux côtés de Madiba et du militant anti-apartheid Ahmed Kathrada a rapidement pris une trajectoire différente.

Douche anti-sida

Avant même d’accéder à la magistrature suprême, Jacob Zuma a été poursuivi dans une affaire de viol sur une jeune femme séropositive avant d’être acquitté en 2006. Mais il ne manque pas de susciter un tollé en affirmant s’être protégé du sida en prenant une douche (20 % des Sud-Africains sont touchés par le virus).

Il est aussi cité dans trois procès pour corruption et détournements de fonds (auxquels sera notamment associée la filiale sud-africaine de l’entreprise française Thomson-CSF, devenue Thales). Cette saga à rebondissements n’a cessé d' empoisonner sa présidence, l’opposition ayant déposé pas moins de huit motions de défiance pour tenter d’obtenir sa chute avant la fin de son mandat en 2019. Jacob Zuma a toujours fait preuve d’une grande habileté politique. "Acculé à plusieurs reprises, il a toujours réussi à se maintenir ", analyse Victor Magnani, spécialiste du pays, chercheur à l’Institut français des relations internationales (Ifri), interrogé par France 24.

Fin stratège

Néanmoins, ce maintien était jusque-là possible car il était encore maître de l’ANC. À chaque fois, le Parlement choisissait de le maintenir au pouvoir malgré les scandales de corruption qui s'accumulent, les soupçons de conflits d'intérêts, les piètres résultats économiques et un taux de chômage record dans le pays de 27,7 %. Les premières motions ont toutes été très largement rejetées dans cet hémicycle dominé par les membres de l’ANC, au pouvoir depuis la fin officielle du régime d'apartheid en 1994, loyal au chef de l’État. Mais la dernière, déposée en août 2017, n’a échoué qu’à 24 voix près, signe que le plébiscite, au sein de son propre camp, appartient bel et bien au passé.

Fin stratège, il a alors misé sur l'élection à la mi-décembre de son ex-épouse, Nkosazana Dlamini-Zuma, pour le remplacer à la tête du parti. Mais le vice-président Cyril Ramaphosa, qui avait fait campagne sur la lutte contre la corruption, s’est finalement imposé. Preuve de l’effritement de son autorité.

L'ANC en péril

Reste que ces nombreux scandales n’ont cessé de miner la présidence et l'ANC. Loin de l’optimisme provoqué par la libération en 1990 de Nelson Mandela et la fin inéluctable de l'apartheid, le parti qui domine la vie politique a enregistré ses plus mauvais résultats électoraux sous le règne de Jacob Zuma. Les scrutins municipaux de 2016 ont déjà servi d'avertissement au parti, qui a perdu des grandes villes comme Johannesbourg et Pretoria.

Depuis, le parti tente d'éviter la déroute aux élections générales prévues en 2019. En novembre, un sondage Ipsos indique que 72 % des Sud-Africains de plus de 18 ans considèrent qu’il aurait mal fait son travail. Plus grave encore, l’enquête d’opinion montre que 60 % des soutiens de l’ANC sont mécontents de son mandat. Sceller l'avenir de Jacob Zuma est donc devenue une question de survie pour le parti.

Première publication : 13/02/2018

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