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Economie

Le Qatar, victorieux de son bras de fer économique avec l'Arabie saoudite ?

© Karim Jaafar, AFP | Un bus recouvert d'images de l'émir Tamim ben Hamad Al-Thani, au plus fort de la crise avec l'Arabie saoudite, en septembre 2017

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 08/03/2018

Le blocus contre le Qatar imposé depuis plus de neuf mois par l'Arabie saoudite et ses alliés n'a pas eu l'effet escompté : telle est la conclusion, lundi 5 février, du Fonds monétaire international.

Le blocus anti-Qatar a-t-il fait pschitt ? Le Fonds monétaire international (FMI) n’est pas loin de le penser. L'offensive, lancée en juin 2017 par la coalition dirigée par l'Arabie saoudite, n'a eu qu'un "effet transitoire" pour l'économie qatarie, a affirmé l’organisme financier international, dans une note publiée lundi 5 mars.

L’émirat, qui semblait mal parti dans son bras de fer contre quatre puissants pays de la région – l’Arabie saoudite, l'Égypte, les Émirats arabes unis et le Bahreïn –, est promis à une croissance de plus de 2,5 % en 2018, soit un peu plus que l’an passé.

Quelques séquelles

Pourtant, les pressions venues du Golfes furent sans précédent. L’Arabie saoudite a notamment fermé sa frontière avec le Qatar et le Bahreïn a instauré une interdiction de survol de son territoire. Pas facile dans ces conditions d’importer ce dont le Qatar a besoin, comme des produits alimentaires.

>> À lire sur France 24 : "Qatar vs Arabie saoudite : les raisons d'une rupture diplomatique"

Il y a d’ailleurs eu un premier choc, qui semblait indiquer que le blocus allait bel et bien étrangler le petit émirat. Les réserves bancaires ont fondu : environ 40 milliards de dollars ont été retirés des banques, note le FMI. "Les ventes de voitures – un indicateur traditionnel de la bonne santé économique – ont chuté fortement peu après l’instauration du blocus", souligne Gabriel Collins, un spécialiste des questions d’énergie au Center for Energy Studies (Centre américain des études énergétiques).

Il subsiste encore quelques séquelles. "Le tourisme en provenance des autres pays du Golfe, par exemple, en a beaucoup pâti et les hôtels sont aujourd’hui encore en grande partie vides", affirme Karim Sader, politologue et consultant, spécialiste des pays du Moyen-Orient et maître de conférence à l’université Saint-Joseph de Beyrouth, contacté par France 24.

Mais le patient qatari s’est remis sur pied et ses moteurs économiques ont tenu le coup. La machine à exporter du gaz, principale source de revenus du Qatar, tourne à plein régime, et la banque centrale a puisé dans ses immenses réserves pour soutenir le secteur bancaire qui a fait preuve d’une grande résilience, notent les experts du FMI.

"Amateurisme" saoudien

Si le Qatar semble avoir survécu au pire, c’est que l’émirat a su réagir avec une célérité qui a pris le quartet par surprise. "Depuis une vingtaine d’années, le pays cultive un activisme diplomatique basé sur des alliances tous azimuts qui a été pensé pour survivre précisément à ce genre de scénario", explique Karim Sader.

Le jeu d’équilibriste sur la scène internationale de l’émir Tamim ben Hamad Al-Thani, hérité de son père, lui a permis de trouver rapidement des partenaires économiques alternatifs. "La Turquie et l'Iran ont pris le relais pour satisfaire les besoins alimentaires des Qataris. C'est à ça que cela sert d'être copain avec tout le monde", résume le politologue.

Sur le plan financier, les placements effectués un peu partout dans le monde ont fait des petits "qui ont pu être rapatriés pour soutenir le secteur bancaire", ajoute Karim Sader.

Si le Qatar a suivi au pied de la note une partition écrite pour ce type de situation, l'Arabie saoudite et ses alliés ont, quant à eux, "fait preuve d'un grand amateurisme", juge le consultant. Ils ont instauré un blocus sans dire clairement quel était leur objectif. Et lorsque le quartet a finalement édicté une liste de revendications, fin juin 2017, la communauté internationale a estimé qu’elles étaient largement irréalisables pour Doha.

>> À lire aussi sur France 24 : "Crise du Golfe : les exigences saoudiennes 'sont faites pour être rejetées' par le Qatar"

Autre problème : le blocus mis en place ne concernait pas le secteur énergétique. Vouloir étrangler un pays sans toucher à sa poule aux œufs d’or peut sembler paradoxal. Mais les pays du quartet n’avaient pas beaucoup d'autre choix, puisque les Émirats arabes unis dépendent du gaz qatari, tout comme l’Égypte, dans une moindre mesure.

Finalement, la crise s'est transformée "en échec stratégique pour l'Arabie saoudite", juge Gabriel Collins. Le pouvoir qatari a, quant à lui, vu "sa légitimité sur le plan national et son influence sur la scène internationale renforcées", assure Karim Sader. Pour lui, cette affaire aura reveillé un fort sentiment national qatari.

Pour un coût économique minimal ? Pour l’instant. Le Qatar ne peut vivre indéfiniment sous le coup d’un blocus économique. Ne serait-ce que parce que les routes d’approvisionnement alternatives coûtent plus cher. Tout dépend de l’entêtement de l’Arabie saoudite et donc, in fine, de la pression des États-Unis.

Ce n’est pas un hasard si Doha, après les déclarations de Donald Trump accusant le Qatar en juin 2017 de "financer le terrorisme", a déployé des trésors de lobbying pour changer l’état d’esprit du président américain. Conséquence : le 15 janvier 2018, Donald Trump a officiellement "remercié le Qatar pour son combat contre le terrorisme et toutes les formes d’extrémisme". La balle est revenue dans le camp saoudien.

Première publication : 06/03/2018

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