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Asie - pacifique

Rohingya : critiquée pour son inaction, Aung San Suu Kyi est déchue du prix Elie Wiesel

© KHINE HTOO MRATT / AFP | Aung San Suu Kyi à son arrivée à l'aéroport de Sittwe le 2 novembre 2017, capitale de l'Etat d'Arakane. La dirigeante birmane effectuait sa première visite depuis les exactions de l'armée contre les musulmans rohingyas dans cette région.

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 08/03/2018

La dirigeante birmane Aung San Suu Kyi, critiquée sur la scène internationale pour son silence face à la crise des Rohingya, s’est vu retirer, mardi, le prix Elie Wiesel du musée de l’Holocauste à Washington.

Depuis plusieurs mois, le malaise enfle face à l’inaction de la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi pour arrêter le massacre des Rohingya. Forte de deux décennies de combat politique en faveur de la démocratie en Birmanie, auréolée d’un prix Nobel de la paix en 1991, celle qui figurait parmi les icônes de la lutte pour les droits humains, peine à se désolidariser de la répression militaire exercée contre la minorité musulmane dans l’État d’Arakan, bien que dirigeante du gouvernement civil depuis avril 2016. L’incompréhension de la communauté internationale est telle que le Parlement européen a discuté de l’opportunité de lui retirer le prix Sakharov pour la liberté de l'esprit, attribué en 1990. Le comité du prix Nobel n’a pas caché sa préoccupation, tout en refusant de retirer a posteriori une distinction qui salue "le travail et les efforts d’une personnalité à un moment donné". Le 6 mars, le musée de l’Holocauste de Washington, aux États-Unis, lui, a franchi le pas : il retire à la "Dame de Rangoon" le prix "Elie Wiesel", qui lui avait été décerné en 2012, pour son "action courageuse et son grand sacrifice personnel" contre la junte birmane et sa lutte pour "la liberté et la dignité du peuple birman".

"C’est avec grand regret que nous révoquons cette récompense. Nous n’avons pas pris cette décision à la légère”, écrit la directrice du musée, Sara J. Bloomfield. Le musée précise avoir accumulé des informations précises sur les exactions commises contre la minorité des Rohingya dès novembre 2013, effectué de nombreux voyage en Birmanie et au Bengladesh, et scruté de près la réponse apportée par Aung San Suu Kyi.

"Nous avons espéré que [Aung San Suu Kyi] aur[ait] fait quelque chose pour condamner et mettre fin à la brutalité de la campagne militaire, et exprimé [sa] solidarité avec la population rohingya", plaide la direction du musée, qui poursuit : "La Ligue nationale pour la démocratie, placée sous votre direction, a au contraire refusé de collaborer avec les enquêteurs des Nations unies, propagé une rhétorique de haine vis-à-vis de la communauté rohingya, et refusé aux journalistes l’accès à l’État de Rakhine", nommé État d’Arakan en français, région où se déroulent les exactions. Elle appelle en outre la dirigeante à user de son "autorité morale pour répondre à cette situation".

La directrice du musée de l’Holocauste conclut par une citation d’Elie Wiesel : “La neutralité favorise l’oppresseur, jamais la victime. Le silence encourage celui qui tourmente, jamais celui qui est tourmenté".

Isolement subi ou assumé ?

Il n’est pas certain que cette sanction du musée de l’Holocauste incite Aung San Suu Kyi à infléchir sa position, elle qui aurait tendance à dénigrer le traitement médiatique de la question des Rohingya ainsi que la position de l’ONU, de la communauté internationale et des organisations de défense des droits de l’Homme, à en croire le témoignage de l’ancien diplomate américain Bill Richardson. En janvier 2018, celui-ci avait claqué la porte de la commission birmane sur les Rohingya, mise en place par la dirigeante du gouvernement civil pour apporter une réponse à la crise des réfugiés.

Dans un communiqué, Bill Richardson s’était déclaré très préoccupé par "l'absence de leadership moral" d'Aung San Suu Kyi, et disait avoir été alarmé par "le manque de sincérité" avec lequel le problème de la citoyenneté des Rohingya était discuté dans le cadre de cette commission. Cet ancien ambassadeur américain, ami de longue date de la "Dame de Rangoon" pendant ses années d’opposition politique, enfonçait le clou dans une interview au New York Times : Aung San Suu Kyi se serait isolée dans une "bulle", et recevrait les conseils "de flagorneurs qui ne lui décrivent pas la réalité de la situation". L’ancien diplomate américain décrivait également l’explosion de colère de la dirigeante birmane quand il a évoqué le sort de deux journalistes de Reuters arrêtés pour leur enquête sur l'armée dans la région. Quelques heures après cette démission fracassante, Washington avait précisé que Bill Richardson avait rejoint la commission birmane en tant que simple citoyen, mais que les États-Unis partageaient toutefois beaucoup de ses préoccupations.

"Venez voir vous-mêmes !"

La position américaine vis-à-vis de la crise des Rohingya avait été affirmée en novembre 2017, lors de la visite d’État du chef de la diplomatie américaine, Rex Tillerson : il s'était dit opposé à toute sanction contre la Birmanie, mais favorable à une enquête indépendante sur les violences à l'origine de l'exode des Rohingya. "Nous savons que ce qui s'est passé dans l'État d'Arakan présente plusieurs caractéristiques de crimes contre l'humanité. Quant à savoir s'il s'agit d'un nettoyage ethnique, nous continuons à évaluer" la situation, avait déclaré le chef de la diplomatie américaine. Il s’exprimait aux côtés de la dirigeante birmane, qui revenait d’une visite surprise dans la région où l'armée a lancé sa campagne de répression, et se défendait d’être "restée silencieuse sur le sujet".

"Venez voir vous-mêmes !" avait lancé Aung San Suu Kyi deux mois plus tôt, lors d’une conférence de presse organisée pour la première fois sur le sujet. Elle avait exprimé son "inquiétude de voir que beaucoup de musulmans fuient au Bangladesh", et promis que tout abus serait puni, "quelles que soient les origines ou la position de pouvoir" des personnes accusées, tout en précisant : "Encore faut-il que nous disposions de preuves solides" de tels abus. Elle avait aussi affirmé : "On parle toujours de ceux qui ont fui, mais pas de ceux qui sont restés et ne sont pas à couteaux tirés avec leurs voisins." Et de conclure : "Il y a plus de 50 % de villages [dans les zones troublées] qui sont intacts."

Un discours qui tranche avec la description faite par les instances des Nations unies. Le Haut-Commissariat aux droits de l’Homme de l’ONU rappelait, mardi 6 mars, que "le nettoyage ethnique des Rohingyas se poursuit", dénonçant une campagne de "terreur et de famine organisée" destinée à faire fuir les musulmans vers le Bangladesh. Les Nations uies estiment à près de 700 000 le nombre de musulmans qui ont déjà pris la route de l’exode depuis août 2017, et rappelle que des centaines de personnes continuent de passer la frontière chaque semaine.

Première publication : 08/03/2018

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