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Mayotte: les barrages maintenus en attendant l'avis de la population

© AFP | Manifestation sur la place de la République de Mamoudzou, le 13 mars 2018

MAMOUDZOU (AFP) - 

Les barrages routiers qui paralysent Mayotte depuis quatre semaines étaient maintenus mercredi en attendant que la population s'exprime sur leur levée, au lendemain de l'accord conclu avec le gouvernement pour mettre un terme au mouvement social qui secoue l'archipel de l'océan Indien.

Au bout de cinq heures de négociations avec la ministre des Outre-mer Annick Girardin, l'un des porte-parole du mouvement social, Fatihou Ibrahime, avait salué mardi "des avancées réelles". "Le plan de lutte contre l'insécurité est acté", s'était-il réjoui à la sortie des négociations à Dzaoudzi, la préfecture du 101e département français.

"Nous avons demandé 15 mesures d'urgence supplémentaires, la ministre s'est engagée à remettre plus d'Etat sur le territoire", avait-il ajouté.

Il avait indiqué que les Mahorais seraient rassemblés mercredi sur la place de la République du chef-lieu Mamoudzou "pour voir avec eux s'ils voient favorablement la levée des barrages", au moins pendant un mois.

- "Paroles en l'air" -

Il n'y avait toutefois personne sur la place mercredi dans la matinée, a constaté une journaliste de l'AFP, et les barrages étaient à ce stade tous maintenus.

Sur celui de Koungou, les manifestants ont assuré qu'ils continueraient à bloquer. "On va rester là jusqu'à ce que l'État comprenne", a dit Sais Saindu, 36 ans, fonctionnaire. "Rien n'a été signé, ce ne sont que des paroles en l'air".

Parmi les 15 mesures d'urgence obtenues, qui s'ajoutent à une première série annoncée par la ministre lundi, la lutte contre les attestations d'hébergement et de paternité de complaisance, la mise en place de navires supplémentaire contre l'immigration clandestine, la reconnaissance des associations luttant contre l'insécurité, la lutte contre l'habitat clandestin et le démantèlement des bandes sources d'insécurité.

"Je souhaite le retour au calme dans le territoire le plus vite possible puisque nous avons devant nous un court mois de travail", a dit de son côté Mme Girardin, sortie en pleine nuit de ces pourparlers.

Au bout de ce délai seront évalués par le gouvernement et l'intersyndicale les travaux engagés par trois "missionnaires" ayant accompagné la ministre dans ce voyage: Jean-Jacques Brot, ancien préfet de Mayotte, le général Lucas Lambert, directeur de la gendarmerie de l'Outre-mer et Jean Courtial, conseiller d'État.

Dans l'entourage de la ministre, repartie de Mayotte mardi soir afin d'assister au Conseil des ministres à Paris, on évoque "un accord de principe pour une nouvelle méthode, des mesures pour la sécurité et mieux d'Etat".

- Première maternité de France -

"Nous espérons que l'Etat n'est pas en train de nous mener en bateau", a souligné M. Ibrahime. "C'est un travail qui est fait sur la base de la confiance, nous allons juger pendant un mois", a-t-il dit, estimant qu'"il faut qu'on se donne le temps de restaurer la confiance".

Avant ces négociations, plusieurs milliers de personnes avaient manifesté à Mamoudzou mardi contre l'insécurité et l'immigration clandestine en provenance des Comores, à 70 km de là, mais aussi pour réclamer davantage d'actions de l'Etat. Entre 200 à 300 manifestants avaient dans le même temps investi le conseil départemental pour dénoncer la "trahison" de certains élus qui avaient accepté la veille de discuter avec la ministre.

Lundi, la ministre avait annoncé une série de mesures en matière de sécurité et de lutte contre l'immigration irrégulière, dont des effectifs de gendarmes supplémentaires et une augmentation des crédits du fonds interministériel de prévention de la délinquance.

Elle a aussi ouvert le chantier, qui fait débat, d'un possible statut d'extraterritorialité pour l'hôpital, dont la maternité est la première de France avec chaque année quelque 10.000 naissances d'enfants, pour beaucoup de mères venues des Comores voisines.

L'objectif est d'enrayer la multiplication de naissances d'enfants de mères comoriennes en situation irrégulière, ce qui est perçu comme un abus du droit du sol.

"En 2015, plus d'un adulte sur deux vivant à Mayotte n'y est pas né", et les natifs des Comores "représentent 42% de la population du département", selon l'Insee.

Dans Le Parisien de mercredi, l'ancien ministre des Outre-mer Yves Jégo ne voit pas "sur quelle base juridique cette extraterritorialité pourrait marcher".

© 2018 AFP