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Afrique

Zimbabwe : le ton monte entre Mnangagwa et Mugabe

© ZINYANGE AUNTONY, AFP | L'ancien président du Zimbabwe Robert Mugabe lors d'un discours à Bulawayo, le 4 novembre 2017.

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 16/03/2018

Vendredi, le nouveau président du Zimbabwe Emmerson Mnangagwa a sèchement renvoyé dans les cordes son prédécesseur Robert Mugabe. Celui-ci avait déploré la veille avoir été contraint de quitter le pouvoir en novembre à la suite d'un "coup d'État".

"La nation a tourné la page" Mugabe, a déclaré le nouveau président du Zimbabwe Emmerson Mnangagwa, vendredi 16 mars, dans un bref communiqué.

Très discret depuis sa chute, Robert Mugabe est sorti jeudi soir du silence. Devant plusieurs télévisions étrangères, il a affirmé avoir été victime d'un putsch militaire et regretté que son successeur ait "trahi toute la nation".

"Je dis que c'était un coup d'État, [même si] certains ont refusé de l'appeler un coup d'État", a déclaré d'une voix fatiguée Robert Mugabe, 94 ans. "Nous devons effacer cette honte", a-t-il ajouté, dénonçant le gouvernement "illégal" et "anticonstitutionnel" de son successeur.

Après trente-sept ans d'un pouvoir sans partage à la tête du Zimbabwe, Robert Mugabe a été contraint de démissionner le 21 novembre 2017, lâché par l'armée, son propre parti au pouvoir, la Zanu-PF, et la rue. Il a été remplacé quelques jours plus tard par Emmerson Mnangagwa, son ancien vice-président qu'il avait limogé peu de temps auparavant.

>> Voir le focus : après la démission de Mugabe, une nouvelle ère ?

"Immense tâche qui nous incombe"

Emmerson Mnangagwa n'a pas tardé à réagir à la déclaration de Robert Mugabe. "Il a le droit de s'exprimer librement comme n'importe quel citoyen", a-t-il jugé vendredi, rappelant que son gouvernement continuait à "lui verser ses allocations".

"Nous devons continuer à nous concentrer sur la préparation d'élections libres, honnêtes et crédibles en 2018", a poursuivi le nouveau maître du Zimbabwe en référence aux scrutins présidentiel, législatifs et locaux prévus cette année.

"C'est une étape décisive de l'immense tâche qui nous incombe, c'est-à-dire de sortir notre population des années de grave régression économique et d'isolement international", a insisté Emmerson Mnangagwa en référence au bilan de l'ère Mugabe. Le "camarade Bob" lui a rendu les rênes d'un pays financièrement et économiquement exsangue, dont plus de 90 % de la population est officiellement au chômage.

Tout au long de son règne, Robert Mugabe a également été accusé par les ONG de défense des droits de l'homme et l'opposition d'avoir systématiquement triché lors des élections pour pouvoir se maintenir au pouvoir.

Interrogé sur son bilan, Robert Mugabe a répondu "qu'en comparaison d'autres pays d'Afrique", son pays a "eu une meilleure prospérité et les gens ont leur terre".

"Oui, il y a eu des erreurs" sur le chapitre de la démocratie, a-t-il toutefois concédé, sans plus de détails.

Folles rumeurs

Son intervention était "parfaitement calculée", a commenté à l'AFP l'analyste Gideon Chitanga, du centre de réflexion Political Economy Southern Africa de Johannesburg. "Elle va continuer à saper la légitimité du gouvernement de Mnangagwa", candidat à la présidentielle prévue d'ici fin août.

Au début du mois, la présence de Robert Mugabe sur une photo aux côtés de l'ex-général Ambrose Mutinhiri, candidat déclaré à la présidentielle, a même nourri les plus folles rumeurs sur son éventuel retour en politique. L'ancien chef de l'État a écarté jeudi soir cette hypothèse.

Avec AFP

Première publication : 16/03/2018

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