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EUROPE

Mort d'une Française à Londres : le statut des jeunes au pair en question

© Niklas Hallen, AFP | Une marche organisée à la mémoire de Sophie Lionnet, à Londres, le 11 octobre 2017.

Texte par Ségolène ALLEMANDOU

Dernière modification : 20/03/2018

L’affaire de la jeune fille au pair retrouvée morte en septembre 2017 dans la banlieue de Londres, dont le procès a débuté lundi, met en lumière les difficultés rencontrées par les jeunes au pair, et un manque de statut juridique.

Amaigrie et triste. C’est ainsi que la presse anglaise décrit Sophie Lionnet, la jeune fille au pair de 21 ans avant que son corps ne soit retrouvé calciné fin septembre 2017 dans le jardin de ses employeurs à Londres. Un restaurateur du voisinage confiait au quotidien The Times, que la jeune française semblait sous-alimentée. "Elle venait ici presque tous les jours en larmes et je lui donnais à manger et à boire. Elle était très mince." La jeune fille, originaire de Troyes, dont le téléphone avait été confisqué, se disait fatiguée au point de vouloir rentrer en France. "Elle nous disait que ses employeurs ne l'avaient pas encore rémunérée, qu'une fois qu'ils l'auraient rémunérée, elle rentrerait", expliquait sa cousine Mélanie. Le procès s’est ouvert lundi 19 mars dans la capitale britannique.

Au-delà du calvaire vécu par Sophie Lionnet, qui s’apparente à de l’esclavage moderne, le cas de cette jeune fille au pair illustre les potentielles difficultés rencontrées par ces jeunes qui sont des milliers chaque année à partir à l’étranger pour apprendre une langue. L’immersion dans les familles, où ils sont chargés de s’occuper des enfants en étant nourris et logés moyennant un salaire, ne s’avère souvent pas aussi idyllique qu’ils l’avaient imaginée. Certains déchantent rapidement à l’image de Joanna, ancienne jeune fille au pair partie en 2017 à Dublin. "J'avais l'impression d'être une domestique, raconte la jeune fille sur le site du quotidien régional Ouest France. Je passais mon temps à faire le ménage. Je m’occupais rarement des enfants, sauf au réveil et au coucher. Je n’étais pas du tout intégrée à la famille, mais seulement considérée comme une employée. Je n’avais pas le droit de venir avec eux dans le salon et encore moins de descendre lorsqu’ils recevaient des invités, sauf pour gérer les enfants. Je devais également payer ma propre nourriture".

"Un accord européen obsolète"

Quand les jeunes préparent leur séjour à l’étranger, ils ont soif d’indépendance mais ont tendance à ne pas penser aux problèmes, commente Rebecca Haworth-Wood, directrice de la British Au Pair Association (BAPAA). Les attentes entre les deux parties n'étant souvent pas les mêmes, la cohabitation n’est pas toujours facile. "Parfois la confiance se rompt, la famille met fin à la collaboration et le jeune au pair se retrouve sans logement", poursuit-elle en précisant que le BAPAA propose un numéro d’urgence pour les employé(e)s au pair en difficulté.

Aujourd’hui, en France, le statut des Au Pair repose sur un accord européen datant de 1969, qui stipule que "la personne placée au pair reçoit nourriture et logement de la famille d'accueil ; elle dispose, dans la mesure du possible, d'une chambre individuelle" (article 6). Il est aussi précisé qu’elles disposent au minimum d'une journée complète de repos par semaine, dont au moins un dimanche par mois (article 8). "C'est un texte obsolète qui ne dit pas grand-chose, déplore Emmanuelle de Beaucorps, vice-présidente de l’Union Française des Agences au Pair (UFAAP). Le droit à une chambre individuelle n'est même pas obligatoire".

L’UFAAP, qui souligne que ces jeunes "ne signent pas un contrat mais vivent un échange culturel", milite pour faire avancer la législation et ainsi mieux encadrer ces jeunes au pair. Elle plaide ainsi pour la prise en charge par les familles d’une mutuelle et des frais de transports pour les cours de langue. "Sans compter que l’argent de poche en France est le plus bas d’Europe avec 65 euros par semaine", ajoute Emmanuelle de Beaucorps, qui impose dans son agence un tarif hebdomadaire à 80 euros. L’association multiplie les actions de lobbying auprès des députés français et à Bruxelles mais ses efforts restent, pour l’heure, vains. "Personne ne s’intéresse à ce dossier", regrette-t-elle. Seule victoire dont l’UFAAP se targue : avoir accélérer la procédure d’obtention d’une carte de sécurité sociale de dix mois à quatre semaines. "On voudrait tellement faire plus", insiste-t-elle.

Le danger des sites gratuits

Reste que le cas du Royaume-Uni est encore différent, car Londres n’a pas signé le traité européen de 1965 et s’appuie sur un guide gouvernemental de quelques lignes uniquement. Il prévoit qu’une chambre soit mis à disposition, que l'employé(e) au pair travaille 30 heures hebdomadaire pour une rétribution oscillant entre 80 et 100 euros la semaine. Le gouvernement britannique pourrait mieux encadrer le statut, reconnaît Rebecca Haworth-Wood, en proposant notamment "une définition plus stricte du travail au pair".

Sauf que de nombreux jeunes contactent des familles par eux-mêmes sur des sites internet gratuits. "Ils ne sont ainsi pas assurés que la famille d’accueil respecte la règlementation", ajoute Rebecca Haworth-Wood. Le salaire de Sophie Lionnet s’élevait par exemple à 56 euros la semaine, ce qui est loin des 80 euros hebdomadaire. "En attendant d’avoir un meilleur arsenal législatif, il faut arrêter de croire tout ce qui est écrit sur la Toile, affirme Emmanuelle de Beaucorps, il faut se protéger en posant un maximum de questions aux familles et prendre le temps de créer un lien avec ses hôtes pour être le mieux préparé". Avant de conclure : "Mieux vaut ne pas partir, plutôt que de mal partir".

Première publication : 19/03/2018

  • ROYAUME-UNI

    Qu'est-il arrivé à Sophie Lionnet, la jeune fille au pair française assassinée à Londres ?

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