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FRANCE

Mon adieu à Jean

© DR

Texte par Sylvain ATTAL

Dernière modification : 21/03/2018

France 24 a appris avec un immense chagrin la disparition, mardi 20 mars, de Jean El Laffi, rédacteur en chef du site Internet arabophone. Sylvain Attal, directeur adjoint en charge des nouveaux médias pendant six ans, lui rend hommage.

Mon cher Jean, je n’aime pas dire que les êtres chers "disparaissent". Pour moi, ils ne nous quittent jamais complètement, pour peu qu’on leur laisse une place dans notre souvenir. Et tu peux compter sur nous, ici, à France 24, particulièrement au sein de cette rédaction Internet que j’ai eu la fierté de diriger pendant six ans, avec ta présence précieuse à mes côtés.

Tu étais mes yeux et mes oreilles sur le site arabophone. Je ne parle, hélas, pas l’arabe, en dehors de quelques expressions communes et "populaires" (pour ne pas dire autre chose !) héritées de mes parents.

Dès la première fois que je t’ai entendu parler, avec ces "r" roulés, ce phrasé légèrement traînant, je t’ai confié qu’en fermant les yeux, je croyais presque entendre mon père. Et pourtant entre l’accent libanais et l’accent égyptien, une oreille entraînée devrait savoir faire la différence ! Sans doute la malice et l’humour y étaient-ils pour quelque chose.

De ce jour est sans doute née mon affection particulière pour toi, même si tu n’as pas l’âge d’être mon père. Et nos six années de travail en commun n’ont fait que la renforcer.

En réalité, je me suis souvent demandé ce que je ferai, ce que nous ferions, sans toi.

Tu étais toujours "sur le site", sept jours sur sept, et pratiquement jour et nuit. Relire une dépêche, faire un papier sur toutes sortes d’actualité, sérieuse ou légère. Quand on constatait que l’horoscope ou telle ou telle info grivoise faisait des records de clics, ça te faisait marrer. Mais tu savais ne pas en abuser.

Très souvent, lorsque je te demandais comment tu allais faire pour trouver les ressources pour couvrir tel ou tel évènement attendu à des heures indues, tu me disais sans le moindre soupçon de plainte dans ta voix : "Je vais m’en occuper, je le ferai de chez moi". Combien de fois ne t’avons-nous pas demandé de te reposer un peu ! J’éprouve un peu de culpabilité aujourd’hui de ne pas avoir su être plus convaincant. J’étais soulagé de te savoir en vacances auprès des tiens au Liban ou à Marseille, auprès de cette Méditerranée qui était notre trait d’union.

Tu vas énormément nous manquer. Ton expérience, ton professionnalisme, bien sûr, que tu as voulu transmettre aux plus jeunes sans aucun paternalisme. Et ta fine compréhension du Moyen-Orient et de ses enjeux politiques parfois obscurs, nous en savons tous les deux quelque chose. Mais tu m’en apprenais, particulièrement sur le Liban ! Je me disais souvent, admiratif : "Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir eu une jeunesse communiste !" Et d’en être revenu.

Tu n’étais dupe de rien, ni de personne, mais tu restais toujours incroyablement bienveillant, même face aux pires petitesses. Je te trouvais, c’est encore plus rare, courageux, toujours digne, d’une immense gentillesse (une qualité trop souvent dévalorisée). Bref tu avais tout de "l'honnête homme", comme on disait au XVIIIe siècle. Ou du parfait gentleman, si tu préfères.

Mais surtout, nous allons perdre quelques occasions de sourire, et même de rire. Même quand tu entrais, l’air complice, dans mon bureau, les yeux écarquillés pour me confier les pires turpitudes auxquelles tu venais d’assister (oui, cela arrive dans les rédactions, la nature humaine est ainsi faite), cela se terminait toujours par un éclat de rire. Un rire qui t'allait si bien… Je n'oublierai jamais cette leçon et je tente toujours (sans grand succès, je dois dire) de la mettre en application. Je crois bien ne t’avoir jamais entendu dire du mal de personne.

Dans les derniers mois de ton calvaire (tu n'as jamais laissé entendre que cela en était un, mais nous le savions), tu as toujours voulu, dès que tu retrouvais un peu de force, être auprès de ton équipe, faire ta part si modeste soit-elle. Tu étais admirable.

Lorsque je prenais des nouvelles de ta santé, des suites du dernier traitement, c’était toujours : "Ça va", tout juste admettais-tu un peu de "fatigue". Cela nous redonnait de l’espoir, et à toi aussi sans doute, ce qui t’as permis de vivre jusqu’à ton dernier souffle. Nous étions heureux que tu connaisses ton petit-fils. Cela fut ta dernière joie, mais cela ne t’a pas empêché d’être encore parmi nous jusqu’à ces dernières semaines, jusqu’à ce que ton état se soit brusquement aggravé. Je regrette que nous n’ayons pas pu trouver cette date pour déjeuner une dernière fois ensemble (au restaurant libanais bien sûr). Adieu Jean. Tu peux maintenant te reposer.

Première publication : 21/03/2018

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