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Economie

Hypersensibilité aux ondes : symptômes réels, causes toujours inconnues

© iStock | Le rapport de l'Anses est le résultat d'un travail de quatre ans.

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 28/03/2018

L’Agence nationale de sécurité sanitaire estime, pour la première fois, que les personnes affirmant souffrir d’hypersensibilité électromagnétique ont des symptômes réels. Mais l'instance n'établit toujours pas de lien avec les ondes.

Quatre ans de travail, des dizaines de spécialistes et patients auditionnés et un document de plus de 380 pages. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a finalement rendu public son rapport sur l’hypersensibilité électromagnétique (EHS), lundi 26 mars.

Un travail de longue haleine sur un problème qui agite les milieux sanitaires et technologiques depuis le début des années 2000 et l’invasion du quotidien par les téléphones portables, les tablettes, le WiFi ou encore les antennes-relais qui émettent des ondes.

Rien de neuf depuis 2004 ?

Conclusions de l’Anses : les symptômes dont se plaignent les victimes de ce mal - fatigue, maux de tête, troubles du sommeil et de la mémoire, etc. - sont réels et nécessitent une prise en charge adaptée. Il y aurait environ 3,3 millions de Français touchés. C’est une première reconnaissance en France de la souffrance ressentie par les personnes déclarant être atteintes d’hypersensibilité électromagnétique. Mais l’agence ajoute un important bémol à son constat : en l’état actuel de la recherche, il n’y a pas de “preuve expérimentale solide permettant d’établir un lien de causalité entre l’exposition aux champs électromagnétiques et les symptômes”.

Sur ce point, l’Anses n'apporte rien de neuf : l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait abouti à la même conclusion en 2004. Cette incapacité à mettre le doigt sur les causes de ces symptômes a souvent été critiquée par les associations qui luttent contre la prolifération des ondes électromagnétiques en ville et qui mettent régulièrement en cause le lobby des opérateurs téléphoniques.

Surabondance de sources d’exposition

Mais établir le lien scientifiquement, notamment par des tests en laboratoire, relève de la gageure. Des dizaines d'études ont été menées depuis les débuts des années 2000 et la plupart semblent indiquer qu’il n’y a pas de lien. Mais “le problème avec les expériences en laboratoire, c’est qu’il n’est pas possible de garder des personnes plusieurs jours d’affilée dans des conditions d’exposition à des ondes alors que les victimes expliquent que les symptômes n’apparaissent qu’après un certain temps”, explique Anke Huss, scientifique néerlandaise auditionnée par l’Anses, contactée par France 24. Ce type de tests est davantage adapté à des maladies qui entraînent rapidement des symptômes.

En conditions réelles, la recherche de causalité n’est pas plus aisée. Il faut pouvoir suivre les victimes autodéclarées en permanence et savoir faire un tri. “Il y a beaucoup de sources d’exposition à des ondes, qui n’émettent pas toutes le même signal”, note l’experte néerlandaise. Elle précise qu’en outre, les scientifiques courent constamment derrière la technologie pour tenter de déterminer si un lien peut être établi ou non. L’adoption de nouvelles normes - comme la 4G et bientôt la 5G - à un rythme rapide, ne facilite pas ce travail de tri.

Les ondes électromagnétiques ne sont pas, non plus, les seules causes possibles des symptômes constatés. “Les maux de tête, fatigues et autres ne sont pas des symptômes très spécifiques”, reconnaît Anke Huss. D’autres facteurs, comme la lumière des néons, la pollution de l’air ou encore le stress sont souvent cités comme pouvant créer un cocktail provoquant des effets similaires. Sans oublier l'effet "nocebo" : "Si les gens pensent qu'ils sont exposés aux ondes et s'attendent à des effets négatifs, ils risquent d'en ressentir les effets", explique Anke Huss. Difficile, pour résumer, d'isoler les effets précis des ondes électromagnétiques : une conclusion évoquée par le rapport de l’Anses et qui figurait déjà dans les conclusions de l’OMS.

Première publication : 27/03/2018

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