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FRANCE

1 Jour - 1 Poilu, "un vaste mémorial numérique pour nos soldats"

© Collection BDIC | Un groupe de soldats du 120e régiment d'infanterie dans les Vosges, en mars 1915.

Texte par Stéphanie TROUILLARD

Dernière modification : 07/04/2018

À l'occasion du centenaire de 14-18, des internautes ont relevé un défi colossal. En un temps record, ils ont retranscrit numériquement les 1,4 million de fiches de soldats morts pour la France sous le hashtag #1J1P, pour "1 Jour - 1 Poilu".

Depuis 2014, il ne s’est pas passé un jour sans que Bernard Jacquet, ancien professeur d'histoire-géograpique, ne poste un message sur son compte Twitter en hommage à un soldat tombé, il y a 100 ans jour pour jour. Charles, Antoine, Marcelin, Émile ou encore Jacques. Une longue liste de noms pour mieux mesurer l’ampleur des morts de la Première Guerre mondiale. "Tâche quotidienne ou presque, l’indexation est devenue effectivement une de mes activités régulières", explique le retraité de Besançon.

À l’occasion du centenaire de 14-18, Bernard Jacquet participe comme des centaines d’autres internautes au défi "1 Jour – 1 Poilu". Le but ? Retranscrire entièrement la totalité des quelque 1,4 million de fiches de soldats morts pour la France durant ce conflit. À quelques mois de l’anniversaire de l’armistice de 1918, l'objectif est quasiment atteint. Il ne reste plus que quelques dizaines de milliers de fiches à indexer.

Un défi colossal

À l’origine de ce projet un peu fou : un internaute, Jean-Michel Gilot, alias @1J1Poilu. Il a eu cette idée en novembre 2013, lors du lancement sur le site Mémoire des Hommes du ministère de la Défense d'une plateforme collaborative permettant aux internautes d'indexer, c'est-à-dire de retranscrire eux-mêmes ces documents militaires numérisés. "C’était il y a près de 1 600 jours désormais, et pourtant je m’en souviens comme si c'était hier", explique ce directeur de projets marketing de la région rennaise. "Le chantier ouvert au public par le ministère de la Défense était exaltant : 1 330 000 fiches permettant de constituer une base de connaissances historiques sans précédent sur les victimes militaires de la Grande Guerre. Mais il était également colossal. Comment en venir à bout ?"

Un exemple d'indexation de fiche : celle d'Henri Alban Fournier, dit Alain-Fournier, célèbre écrivain
© http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr

Pour relever ce défi, Jean-Michel Gilot décide de miser sur les réseaux sociaux et lance le compte Twitter 1 Jour-1 Poilu : "Je me suis engagé à transcrire chaque jour, jusqu’au 11 novembre 2018, la fiche d’un poilu mort pour la France et j’ai invité les internautes à faire de même en relayant à leur tour leurs indexations". Mois après mois, de plus en plus de passionnés de la Première Guerre mondiale le rejoignent. Commencée en solo, cette démarche a réuni toute une communauté. Près de 2 500 personnes ont prêté main forte à l'indexation, dont un bataillon solide de plus de 200 internautes.

Christine Cheuret, alias @Genealanille, a commencé à retranscrire les fiches au printemps 2014 : "Au début, j’ai indexé les poilus de ma commune, puis au hasard par tranche d’âge, puis tous les poilus inscrits sur les livres d’or de toutes les communes de mon département d’origine, puis les départements que je connaissais le mieux", décrit cette généalogiste professionnelle installée dans l’Aveyron. "Chaque fiche évoque un homme et chaque histoire est différente."

Les anonymes des archives

Patrick Castéra (@paddygenealo), un ingénieur originaire du Nord, s'est lui aussi d'abord concentré sur les soldats de sa famille, puis sur ceux nés dans des lieux où vécurent ses ancêtres, avant de travailler sur ceux du Burkina Faso : "Mon épouse est originaire de ce pays, ce qui crée des liens, et peut-être, même si c’est plutôt une explication a posteriori, des devoirs". Au hasard de ses recherches, Patrick Castéra a notamment été ému par l’histoire du paquebot Séquana, coulé en juin 1917 par un sous-marin allemand au large de l'île d'Yeu : "Il avait pris à son bord, à l’escale de Dakar, des soldats du 90e bataillon de tirailleurs sénégalais. À partir de la copie du jugement rendu à Bordeaux, j’ai pu dresser la liste de ces malheureux. Cette indexation est en soi une aventure".

Ce défi a même fait le tour de la planète. Vicky Lapointe, une historienne québécoise, s’est aussi prise au jeu. Depuis sa ville de Sherbrooke, elle a indexé des soldats portant les patronymes de sa famille, puis des poilus du Finistère, un département français d’où était originaire l’un de ses ancêtres : "En tant qu’historienne, je m’intéresse beaucoup aux petites gens, aux anonymes des archives. En indexant, je contribue à ce que des parcelles de leur histoire soit connues".

Une forme d'hommage

Au-delà de ce simple devoir de mémoire, le défi 1 Jour-1 Poilu a aussi une vraie valeur scientifique. Les fiches comportent en effet de nombreuses informations : lieu de naissance du soldat, date et lieu de son décès, son grade, son régiment, etc… Regroupées dans des bases de données, elles vont désormais servir aux historiens. "Les usages pour la recherche peuvent être multiples", souligne ainsi Nicolas Beaupré, maître de conférences en histoire contemporaine à l'université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand. "Nous allons pouvoir en savoir plus sur l’histoire des pertes militaires de la guerre, de leur rythme et répartition tout au long du conflit, de leur distribution par âge ou bien géographique le long du front, mais aussi selon les communes et départements d’origine des morts de la guerre."

Pour Erwan Le Gall, doctorant en histoire contemporaine à l’université Rennes-2, l’indexation va même permettre de revenir sur certains clichés tenaces de la Grande Guerre : "On a ainsi longtemps affirmé que le 22 août 1914 a été le jour le plus meurtrier de l’armée française pendant la Grande Guerre. D’après des estimations qui m’ont été transmises par Jean-Michel Gilot, l’indexation des fiches de morts pour la France semble indiquer que c’est le 25 septembre 1915 qui arrive en tête de ce triste palmarès".

Mais pour les chercheurs, cette base de données doit aussi être étudiée avec quelques précautions. "Outre le caractère plus ou moins complet des annotations, les limites sont liées à la loi et à son interprétation qui n’ont pas permis d’indexer les types de morts en raison des informations médicales qu’elles contiennent parfois", estime Nicolas Beaupré. "Les limites sont aussi liées bien sûr à la nature même de la source. Les fiches sont austères, économes en information, pas toujours facile à lire et parfois établies avec une certaine négligence à l’époque, même si cela semble assez rare dans l’ensemble."

Alors que l’indexation totale devrait être terminée fin avril, avec huit mois d’avance, Jean-Michel Gilot va inviter les participants à poursuivre le défi jusqu’au 11 novembre en leur demandant de corriger les erreurs possibles sur les fiches indexées. Après plus de quatre ans de travail, le résultat a en tout cas dépassé ses espérances. "La plus grande force du projet est certainement d’avoir su toucher le cœur des internautes, en rappelant que derrière chaque fiche, il y avait un homme, et même, parfois, une femme, et que, de ce fait, transcrire une fiche n’était pas seulement un acte technique, mais pouvait aussi constituer une forme d’hommage", résume Jean-Michel Gilot. "À l’horizon de cet immense effort d’indexation, se dessinait, bien au-delà d’une base de données, un vaste mémorial numérique pour nos poilus."

 

 

Première publication : 07/04/2018

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