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Joie prudente dans une ville basque alors qu'ETA demande pardon

© AFP | Ivan Ramos, fils d'une victime de l'ETA, le 20 avril 2018 à Portugalete au Pays basque espagnol

PORTUGALETE (ESPAGNE) (AFP) - 

"Que l'ETA demande pardon et prévoie sa dissolution, c'est émouvant": 31 ans après l'attentat qui a tué sa mère, Ivan Ramos a accepté vendredi, les larmes aux yeux, les excuses de l'organisation indépendantiste basque qui l'avait revendiqué.

Assis sur un banc de Portugalete, dominant le pont qui enjambe un fleuve brumeux, Ivan est l'un des nombreux habitants de cette ville proche du port de Bilbao qui reçoivent avec soulagement les regrets finalement exprimés par l'organisation séparatiste "Pays basque et liberté" (ETA).

Dans un communiqué historique pour l'Espagne, l'organisation a manifesté "son respect aux morts, blessés et victimes" de ses actions pendant 40 ans, et reconnu sa "responsabilité directe" dans la souffrance causée.

Mais dans cette ville industrielle à 400 km au nord de Madrid aux 47.000 habitants, l'émotion est tempérée par une certaine prudence, après des décennies de violence au nom de la lutte indépendantiste aux Pays basque espagnol et français.

"Je suis ému aujourd'hui parce que je me souviens de beaucoup de nos amis qui ne sont plus là, morts de maladies et autres, après avoir tellement lutté pour la liberté de ce peuple", dit Ivan, 44 ans, évoquant à la fois l'opposition à la dictature de Francisco Franco (1939-1975) et le rejet de la violence des indépendantistes de l'ETA, auxquels sont attribuées au moins 829 morts.

"Ma mère avait beaucoup lutté pour tout ça. Et le fait qu'ils demandent pardon et prévoient la dissolution (de l'ETA), c'est émouvant", dit-il.

- 'Les mots ne suffisent pas' -

L'organisation clandestine doit annoncer sa dissolution au cours du premier week-end de mai (5-6) par une "déclaration très claire", a notamment assuré un médiateur international, Alberto Spectorovsky, membre du Groupe international de contact (GIC).

Créée en 1959 en pleine dictature franquiste, l'ETA a renoncé à la violence en 2011, puis déposé les armes il y a un an.

"Moi, ça me remplit de joie", dit Ivan, soulignant qu'"en plus à cette date - le 6 mai, c'est la fête des mères".

A quelques minutes de marche, se trouve le bar où sa mère, Maite Torrano, prenait un verre en avril 1987 quand un groupe de jeunes séparatistes y avait lancé plusieurs cocktails Molotov.

Gravement brûlée, Maite Torrano était morte des suites de ses blessures.

Elle était membre du Parti socialiste alors au pouvoir en Espagne et dans cette ville.

Même si les assaillants ne faisaient pas formellement partie d'ETA, le groupe armé avait plus tard revendiqué l'attaque, relève Ivan.

Mais loin d'être empli de haine - lui qui recroise parfois l'un des meurtriers sortis de prison - le quadragénaire veut travailler à la réconciliation d'une société divisée entre ceux qui soutenaient la lutte indépendantiste et ceux qui s'y opposaient.

De nombreuses associations de victimes se sont indignées, vendredi, que la demande de "pardon" formulée par l'ETA ne concerne pas des centaines de victimes que l'organisation considérait comme des cibles légitimes, tels les policiers et personnalités politiques.

Ivan, lui, considère ces excuses comme une opportunité à ne pas manquer: "Ils sont en train de faire un pas, nous allons en faire aussi".

Pour lui, ce serait le bon moment pour que le gouvernement espagnol accepte le rapprochement des prisonniers membres de l'ETA, pour qu'ils purgent leur peine dans des prisons au Pays basque.

Pedro de la Torre, un retraité de 75 ans qui promène son chien au bord de la rivière de Portugalete, croit aussi que des avancées devraient être faites.

Pour lui, il faudrait aussi demander pardon à ceux qui, dans le camp séparatiste, ont été victimes dans les années 1980 des escadrons de la mort des GAL (Groupes antiterroristes de libération) - dont l'Espagne a su plus tard qu'ils étaient liés au ministère de l'Intérieur.

"Le pardon doit être mutuel, dit-il, sinon ça ne va jamais prendre fin".

Certains restent cependant sceptiques, à l'heure de recevoir des excuses si tardives. "Les mots ne suffisent pas, il faut des faits pour démontrer les choses", dit ainsi Mari Carmen Lopez, 56 ans. Mais "s'ils abandonnent tout, je suis contente".

David Vazquez, fonctionnaire 38 ans, se souvient de la peur constante des attaques ou de la violence dans les rues, quand la lutte armée de l'ETA était à son comble.

Le communiqué de l'ETA "est bienvenu", dit-il. "On est sur la bonne voie". Ivan est du même avis: "on peut dire qu'on est un peu plus libres".

© 2018 AFP