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L'Arabie saoudite mise sur le secteur du divertissement et du cinéma en particulier

© Bandar Al Jaloud, AFP | Le 18 avril, dans le cinéma AMC, à Riyad, a lieu la première séance de cinéma depuis trente-cinq ans

Texte par Thomas ABGRALL

Dernière modification : 22/04/2018

La projection publique, cette semaine, d’un film en Arabie saoudite, est une première depuis trente-cinq ans. Elle annonce la volonté du nouveau Prince héritier de développer une industrie du divertissement très lucrative.

Jeux de lumière clinquants, animations en plein air, salles dernier-cri, rangées de boîtes à popcorn : la première séance de cinéma organisée mercredi 18 avril depuis trente-cinq ans à Riyad, en Arabie saoudite, s'est déroulée en grande pompe, une façon de montrer à tous que le royaume wahhabite entre dans une nouvelle ère. Plusieurs cinémas devraient d'ailleurs être ouverts au public début mai. Le virage sociétal à 180 degrés de l’Arabie saoudite peut surprendre. Il a pourtant été amorcé depuis que Mohammed ben Salmane a pris les rênes du pays [il est officiellement prince héritier et vice-Premier ministre depuis juin 2017, mais est vice-prince héritier, avec également des fonctions de ministre depuis 2015]. Le nouveau Prince héritier saoudien, âgé de 32 ans, a engagé en 2016 son plan de diversification d’une économie trop dépendante du pétrole, intitulé "Vision 2030".

La chute des cours du pétrole, amorcée depuis 2014, et la perspective d’un tarissement des réserves de brut dans les prochaines décennies a changé les perspectives du pays. Il s’agit pour le royaume saoudien de développer de nouvelles sources de richesse, en particulier dans deux secteurs quasiment vierges : le tourisme et l’industrie des loisirs. Dès mai 2016, une Autorité générale pour le divertissement a été créée à l'occasion d’une restructuration des organes gouvernementaux saoudiens. "L’objectif, c’est de récupérer une partie des 22 milliards de dollars (19,5 milliards d’euros) que les Saoudiens dépensent chaque année à l’étranger", expliquait Stéphane Lacroix, spécialiste de l’Arabie Saoudite à France 24. Jusqu’ici, les Saoudiens se rendaient en fin de semaine à Manama, au Bahreïn (à une heure de voiture de la ville saoudienne de Dammam) ou à Dubaï pour prendre du bon temps dans les salles climatisées pour voir des blockbusters américains.

Des motivations avant tout économiques

Les autorités saoudiennes espèrent une contribution de 20 milliards de dollars d'ici à quinze ans du secteur du divertissement à l’économie. Selon leurs calculs, ce nouveau secteur pourrait générer jusqu’à 30 000 emplois directs, et plus de 100 000 emplois indirects. Le ministre de l’Information Awwad al Awwad prévoit l'ouverture de 350 cinémas et de 2 500 écrans à l’horizon 2030. Depuis sa création, l’Autorité générale pour le divertissement n’a pas perdu son temps. En 2017, 2 000 événements culturels et sportifs ont été programmés : compétitions de catch, courses automobiles, parcs d’attraction… En 2018, 5 000 sont déjà prévus. Le ténor Andrea Boccelli ou le groupe californien Maroon 5 figurent parmi les guest stars les plus attendues. La construction d’un opéra a même été récemment lancée dans la capitale saoudienne.

>> À lire sur France 24 : "Malgré quelques avancées, les Saoudiennes restent condamnées au silence"

Selon le président de l’Autorité générale pour le divertissement, Ahmad ben Aqil al-Khatib, au cours des dix prochaines années, l'Arabie saoudite prévoit d'investir 64 milliards de dollars dans l'industrie du divertissement. Les autorités planchent également sur la construction, au sud de Riyad, d’une "Entertainment City", sur une gigantesque surface de 334 km², soit trois fois la superficie de Paris, avec des parcs d’attractions, des terrains de sport, des salles de concert, et même un parcours de safari…

Un fort potentiel pour les investisseurs

Face à ce changement radical de la politique saoudienne, les grandes compagnies internationales se frottent les mains, car l’Arabie saoudite, avec la moitié de sa population qui a moins de 25 ans, représente un marché en or, le seul totalement inexploité au Moyen-Orient. Lors de sa visite de près d’un mois en mars dernier aux États-Unis, "MBS" a d’ailleurs rencontré des noms prestigieux du cinéma américain : Bob Iger, le PDG Disney, des responsables de 20th Century Fox, de la Warner Bros ou de Universal. Selon le Los Angeles Times, il aurait aussi rencontré Ari Emanuel, directeur général de l’agence de divertissement et de médias William Morris Endeavor, dans lequel le Fonds public d’investissement d’Arabie saoudite pourrait acquérir une participation de 10 %. 

La compagnie américaine AMC Entertainment a été la première à dégainer : le plus gros exploitant américain de salles de cinéma a signé en décembre un accord d'intention avec le Fonds souverain saoudien pour la construction et l'exploitation des cinémas à travers le royaume. D’ici à cinq ans, le groupe va ouvrir 40 multiplex, puis une centaine avant 2030. Vox Cinemas, autre grande compagnie du secteur du divertissement, et propriété du groupe Majid Al Futtaim de Dubaï, a également déclaré avoir reçu une licence pour exploiter des cinémas en Arabie Saoudite et ouvrira un cinéma multiplex à quatre écrans à Riyad très prochainement. La compagnie a annoncé dans un communiqué qu'elle allait investir 2 milliards de riyals (434 millions d'euros) en Arabie Saoudite pour ouvrir 600 écrans dans les cinq prochaines années, à partir du Riyad Park Mall qui accueillera le premier écran IMAX du Royaume.

Une libéralisation des mœurs qui cache un durcissement politique

L’argument économique n’est pas le seul à justifier ce virage opéré par Mohammed Ben Salmane : il s’agit également de donner l'image d'une libéralisation des mœurs pour une jeunesse avide de changement. Dans les cinémas des grandes villes comme Riyad ou Djeddah, les salles de cinéma pourront être mixtes, alors que le rôle de la police des mœurs religieuses, la redoutée "Muttawa" a vu ses pouvoirs réduits depuis deux ans par le gouvernement saoudien et que les droits des femmes se sont également améliorés (droit de participer dans l'armée, de créer leur entreprise sans un tuteur masculin, de conduire à partir de juin 2018…). L'Arabie saoudite s'inspire de ses voisins qataris ou émirats, dont les modèles de consommation sont de plus en plus calquées sur l'Occident, en particulier sur le modèle américain. Ce qui n'empêche pas les libertés politiques dans le Royaume wahhabite de demeurer très restreintes. On peut alors se demander si les paillettes d'Hollywood suffiront à détourner longtemps la jeunesse saoudienne de ses légitimes attentes démocratiques.

Première publication : 21/04/2018

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