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FRANCE

"Stigmatiser une religion ne vas pas servir la lutte contre l’antisémitisme"

© AFP | Tareq Oubrou, recteur de la grande mosquée de Bordeaux, instigateur de la tribune parue dans Le Monde le mardi 24 avril.

Texte par Thomas ABGRALL

Dernière modification : 24/04/2018

Le 22 avril, 250 personnalités ont signé un "manifeste contre le nouvel antisémitisme". Deux jours plus tard, une trentaine d’imams ont publié une tribune où ils se déclarent prêts à se mettre au service de la France. Retour sur leur démarche.

Selon le manifeste publié dans les colonnes du Parisien, le nouvel antisémitisme serait, en France, alimenté par la "radicalisation islamiste". Dans ce texte, les signataires demandent que "les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés d’obsolescence". Et de réclamer à l’Islam de France "d’ouvrir la voie".

À la suite de cet appel, la tribune publiée, mardi 24 avril, dans Le Monde par trente imams de France apparaît comme un appel à la prudence. Ses auteurs y appelle les "imams à dispenser un discours d’apaisement", tout en demandant vivement aux intellectuels qui "n’hésitent plus à avancer en public et dans les médias que c’est le Coran lui-même qui appelle au meurtre", à "faire preuve de discernement". Tareq Oubrou, le recteur de la grande mosquée de Bordeaux, instigateur du texte sur les "imams de France indignés", et Messaoud Boumaza, recteur de l’Institut Al Andalous de Strasbourg s’expliquent.

France 24: La tribune "Nous, imams indignés…" est-elle une réponse directe au "manifeste contre le nouvel antisémitisme" ?

Tareq Oubrou : Non, la tribune parue dans Le Monde n’est pas directement liée au manifeste paru dans Le Parisien. Le texte était en réflexion depuis un certain temps. Les imams, en tant que référence religieuse, doivent se prononcer contre une double ignorance : celle des jeunes qui se radicalisent parce qu’ils n’ont aucune culture religieuse et celle de certains intellectuels et politiques qui exploitent les actes intégristes pour confirmer des préjugés sur l’Islam qui se répandent depuis plusieurs années dans la société française. L’intention du "manifeste contre le nouvel antisémitisme" est bonne, mais la formulation n’est pas à la hauteur, elle porte des accusations graves. Si l’on considère, comme les signataires du manifeste, que le Coran appelle au meurtre, cela signifie qu’un bon musulman se prépare à passer à l’acte. C’est une cinquième colonne, c'est potentiellement dangereux. C’est une conception essentialiste et caricaturale.

Messaoud Boumaza: La signature de ce texte n’est pas circonstanciée, cette tribune reflète une vision longuement mûrie d’un islam compatible avec la République, et qui défend les valeurs du vivre-ensemble. Le ton du "manifeste contre le nouvel antisémitisme" m’a scandalisé. Il existe déjà une fracture sociale importante dans la société française, qui a au contraire besoin d’apaisement. Stigmatiser une religion et toute une population qui y adhère, ne va pas servir la lutte contre l’antisémitisme, mais rajouter de l’huile sur le feu entre les communautés religieuses. L’islam est de plus en plus visible, et cela peut créer des crispations. Mais les musulmans sont avant tout français avant d’être musulmans. En France, on n’a pas compris qu’ils sont des citoyens à part entière et non des citoyens entièrement à part.

Que répondez-vous aux accusations sur "les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants" ?

Tareq Oubrou : Dire que le Coran appelle au meurtre est une aberration ! Si on ne prend pas en compte le contexte historique dans lequel est né l’islam, où il y a eu des conflits entre des tribus juives, chrétiennes, et musulmanes, on ne peut pas comprendre le texte coranique. Le combat contre les juifs évoqué dans le Coran s’explique par des raisons politiques et non religieuses. Le terme même d’antisémitisme musulman est vide de sens. Dans l’islam, les deux tiers des prophètes sont des juifs. Jésus et Moïse en sont un parfait exemple. La guerre est une exception dans l’islam, et quand le Coran appelle au combat, c’est pour une cause juste, et contre des personnes hostiles.

Messaoud Boumaza : On ne peut pas supprimer des passages d’un texte sacré, comme le souhaitent les signataires du manifeste. C’est comme si on proposait d’enlever des parties de la Bible ou de la Torah. Le problème, ce n’est pas le texte du Coran, mais l’interprétation qui peut en être faite. Et là, évidemment, les imams ont encore du travail à faire pour éclaircir cette interprétation. Mais cela fait quatorze siècles que se pratique l’ijtihad,un effort de réflexion continu des savants musulmans pour mieux comprendre et adapter les textes fondateurs de l’islam à son époque.

La tribune du Monde est aussi un appel aux imams de France à "dispenser un discours d’apaisement et à résister à une orthodoxie de masse, à un populisme communautariste". Les imams ont-ils un rôle à jouer dans la lutte contre la radicalisation et l’antisémitisme ?

Tareq Oubrou : Dans les banlieues, il existe une culture de la haine des juifs. Les imams doivent expliquer aux musulmans que s’attaquer à un juif parce qu’il est juif représente un blasphème dans la religion musulmane. C’est effrayant, il n’y a jamais eu autant de juifs tués pour leur confession depuis la Seconde Guerre mondiale. Dans la tribune, on met en garde les imams contre les discours de rupture. S’ils diffusent une interprétation du Coran qui est coupée de la réalité, alors les musulmans seront aussi coupés de la réalité. Il faut qu’ils l’expliquent à des jeunes qui parfois savent à peine lire le français, qui sont facilement influençables et peuvent avoir une lecture binaire, manichéenne. Il est évident que les imams doivent être davantage formés pour pratiquer une théologie préventive mais ils ne peuvent rien faire à eux seuls dans la lutte contre la radicalité et l’antisémitisme car on ne peut pas expliquer ces seuls phénomènes par le fait religieux. Il faut que la République tienne sa promesse d’égalité, de justice sociale, sinon cela crée des frustrations fortes. L’importation du conflit palestinien joue aussi un rôle : un certain nombre de musulmans transforment le conflit politique en conflit religieux, créent des passerelles entre l’antisionisme et l’antisémitisme. Le fait que les gouvernements occidentaux ne critiquent pas la situation en Palestine, est vécu comme très injuste, alors qu’on demande souvent aux musulmans de condamner les actes commis dans le monde musulman.

Messaoud Boumaza : Les imams ont un rôle décisif dans la compréhension de l’islam par les musulmans. Ils font un travail d’explication, souvent avec les moyens du bord pour déconstruire les amalgames, notamment diffusés par les réseaux sociaux. Les imams ont du chemin à faire, mais n’ont pas échoué tant que ça, car en France, il y a 2 200 lieux de culte musulman, des centaines de milliers de pratiquants dans les mosquées chaque vendredi. Une minorité s’est radicalisée, et dans sa grande majorité ne fréquentait pas les lieux de culte. Il faut rappeler que le combat contre le fondamentalisme n’est pas une affaire islamo-musulmane. Si on caricature régulièrement les imams, si on les disqualifie, cela va compliquer leur tâche.  L’antisémitisme peut venir de l’ignorance de l’autre, d’un passé historique lourd, d’une mauvaise compréhension des conflits au Moyen-Orient.

Première publication : 24/04/2018

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