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Le camp de Yarmouk à Damas, un des symboles du calvaire syrien

© AFP / Par Simon VALMARY | De la fumée s'élève lors de frappes aériennes du régime syrien dans le secteur du camp de Yarmouk dans le sud de Damas, le 24 avril 2018

BEYROUTH (AFP) - 

Après la misère, le siège, la faim et la domination jihadiste, aujourd'hui un déluge de bombes: le camp de Yarmouk, dans le sud de Damas, vit un calvaire depuis le déclenchement du conflit syrien il y a sept ans.

Ce camp de réfugiés palestiniens, devenu au fil des ans un quartier résidentiel, ainsi que les districts voisins de Hajar al-Aswad, Qadam et Tadamoun, forment le dernier bastion de l'organisation Etat islamique (EI) dans la capitale.

Asphyxié depuis mi-2013 par un implacable siège, comme la Ghouta orientale avant sa récente reconquête sanglante par le pouvoir syrien, Yarmouk est pilonné jour et nuit depuis jeudi par l'aviation et l'artillerie du régime qui entend parachever son emprise sur la région.

Des combats au sol s'y déroulent également, dans un dédale de ruines et de cadavres.

Situé à 7 kilomètres du centre de Damas, Yarmouk était initialement un camp de réfugiés, créé par l'ONU dans les années 1950 pour accueillir les Palestiniens chassés de leurs terres ou fuyant la guerre israélo-arabe après la création de l'Etat hébreu en 1948.

Il s'est transformé au fil des décennies en un quartier résidentiel et commercial, qui s'étend sur deux kilomètres carrés, mais a gardé son nom de "camp".

Avant le début du conflit en 2011, il abritait environ 160.000 réfugiés palestiniens, ainsi que des Syriens. Désormais, la population du quartier a dramatiquement chuté et seuls quelques milliers de personnes y vivent encore.

Ainsi, fin 2012, quelque 140.000 réfugiés ont fui Yarmouk en une semaine alors que le régime y menait une campagne de bombardements pour tenter de contrer l'avancée des jihadistes.

L'EI, avec l'aide des combattants du Front al-Nosra, l'ex-branche d'Al-Qaïda qui domine aujourd'hui la coalition jihadiste Tahrir al-Cham, s'en est emparé en avril 2015, avant d'en expulser un an plus tard son rival jihadiste, après deux semaines d'affrontements.

- "Inhumanité" -

"Il y a plus d'un millier de combattants de l'EI dans le secteur, à Yarmouk, Hajar al-Aswad, Tadamoun, Qadam", estime Rami Abdel Rahmane, directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Nombre de combattants radicaux ont rallié la bannière noire du groupe jihadiste dans son fief, d'où on peut apercevoir le palais présidentiel de Bachar al-Assad.

"Le courant radical d'al-Nosra a rejoint l'EI quand les divisions ont éclaté entre les deux groupes. Il y a aussi d'anciens groupes rebelles islamistes locaux, palestiniens et syriens, qui ont rejoint le groupe quand il a pris le contrôle du camp", explique à l'AFP M. Abdel Rahmane.

En face, l'offensive est menée par l'armée du régime, épaulée par des factions palestiniennes locales. Moscou étant engagé militairement au côté du pouvoir d'Assad, des officiers russes supervisent l'opération, selon l'OSDH.

Yarmouk vit assiégé depuis juin 2013. Les habitants y survivent dans la désolation et un dénuement extrême.

Avant la dernière offensive du régime, quelque 6.000 réfugiés palestiniens vivaient encore à Yarmouk, et 6.000 dans les alentours, selon l'Agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA).

"La situation humanitaire est depuis longtemps très dure et elle continue de se détériorer rapidement. Les réserves de nourriture et de médicaments sont faibles. Il n'y a pas d'eau courante, très peu d'électricité", a déploré lundi l'organisation dans un communiqué.

Le dernier hôpital dans le camp, l'hôpital Palestine, est désormais hors service, selon l'agence onusienne.

En 2014 déjà, l'UNRWA s'alarmait. "Dans le lexique de l'inhumanité de l'Homme envers son frère s'ajoute un nouveau terme: Yarmouk", assénait son porte-parole, Chris Gunness.

A l'époque, une photo de milliers d'habitants en attente d'aide, visages émaciés, avait fait le tour du monde. "Les gens sont réduits à manger des aliments pour animaux et des femmes meurent en couche, faute de soins", déplorait-il.

Par Simon VALMARY

© 2018 AFP