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Economie

Cambridge Analytica est mort, vive Emerdata ?

© Marco Verch/Flickr | Dans l'ombre de Cambridge Analytica, ses dirigeants ont monté de toutes pièces une nouvelle structure.

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 03/05/2018

Mêmes dirigeants, même créneau, mais nom différent. Après la fermeture de Cambridge Analytica, les hommes à l’origine du scandale Facebook se sont retrouvés au sein d’une nouvelle société appelé Emerdata.

Pour les anciens de Cambridge Analytica (CA), l’aventure continue chez Emerdata. La société britannique qui a fait scandale en exploitant les données personnelles de 87 millions d'utilisateurs de Facebook, a annoncé mercredi 2 mai qu'elle mettait la clef sous la porte. Mais ces spécialistes du big data pourrait bien revenir par la fenêtre, sous un autre nom.

“Le siège mené par les médias a fait fuir presque tous nos clients et fournisseurs”, a déploré Cambridge Analytica pour justifier sa décision d’arrêter ses activités.

Refuge pour anciens de Cambridge Analytica

Cette annonce semble mettre un point final à l'aventure de la controversée société, soupçonnée non seulement d’avoir aidé Donald Trump à devenir président, mais aussi d’avoir mis ses algorithmes au service d’autocrates en Afrique ou encore des partisans du Brexit au Royaume-Uni.

>> À lire sur France 24 : L’ombre de Cambridge Analytica plane sur une centaine de campagnes électorales

Toutefois, les dirigeants et soutiens financiers de CA ont déjà commencé à écrire un nouveau chapitre ensemble. En 2017, Julian Wheatland, le directeur de SCL Group, la maison mère de Cambridge Analytica, a participé à la création à Londres de Emerdata, une structure à la raison d’être alors incertaine, mais qui va vite devenir le refuge pour toutes les pointures de CA.

Début 2018, c'est Alexander Nix, le PDG de Cambridge Analytica, qui devient aussi dirgieant d'Emerdata. Mais le scandale va lui coûter son poste : il a été poussé à la démission après des révélations prouvant que ce Britannique avait proposé à un client d’utiliser les services de “jolies filles ukrainiennes” pour essayer de piéger un adversaire politique.

Il a été remplacé par un autre responsable de Cambridge Analytica, Julian David Wheatland. D’autres figures de CA rejoignent également le navire : Jennifer Mercer et sa sœur Rebekah Mercer arrivent au poste de directeurs. Ces multimilliardaires américaines aux idées ultraconservatrices chevillées au corps étaient, également, les principaux financiers de Cambridge Analytica.

L'ombre de Pékin

Le gratin de CA s’est donc trouvé une nouvelle base d’opération avec Emerdata, qui compte aussi un autre membre controversée : Johnson Chun Shun Ko. Ce milliardaire hongkongais est à la tête d’une société de sécurité privé – Frontier Services Group –, qu’il a cofondé avec l’Américain Erik Prince, l’ancien PDG de Blackwater et proche de Donald Trump. L’actionnaire majoritaire de cette société est, par ailleurs, l’État chinois.

Reste à savoir ce que cet attelage compte faire d’Emerdata. Reprendre là où Cambridge Analytica a dû s’arrêter ? Nigel Oakes, l’un des cofondateurs de SCL Group, a affirmé à la chaîne anglaise Channel 4 qu’Emerdata avait été fondée pour regrouper sous un même toit les activités de CA et SCL. D’autres sources – anonymes – ont confirmé au New York Times que le but de l’opération était de transférer la technologie – les algorithmes et les bases de données – de Cambridge Analytica vers Emerdata. Mais rien d’officiel pour l’instant. Les statuts de l’entreprise indiquent simplement que son activité sera “l’analyse de données, et activités associés”. Une formulation suffisamment vague pour en faire un Cambridge Analytica 2.0 ou autre chose.

Première publication : 03/05/2018

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