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FRANCE

Un an de présidence Macron : du "et en même temps" au "premier de cordée"

© Ludovic Marin, Pool, AFP | Emmanuel Macron, le 9 avril 2018, au Collège des Bernardins à Paris, lors de son discours devant la Conférence des évêques de France.

Texte par Romain BRUNET

Dernière modification : 07/05/2018

Alors qu’Emmanuel Macron a mené campagne au centre pour se rallier des déçus des deux bords, c’est à droite qu’il gouverne depuis son élection à la présidence de la République, quitte à renier certaines promesses électorales.

Emmanuel Macron aime répéter qu’il mène la politique pour laquelle il a été élu le 7 mai 2017. "Je ne prends personne en traître, je fais ce que j’ai dit", affirme-t-il régulièrement pour justifier son action. Depuis un an, l’ancien ministre de l’Économie de François Hollande multiplie en effet les chantiers : loi de moralisation de la vie publique, réforme du Code du travail par ordonnances, loi de sécurité intérieure, réforme de l’accès à l’université, loi asile et immigration, réforme de la SNCF, réforme institutionnelle, réforme de l’assurance-chômage, réforme de la formation professionnelle… La liste des dossiers déjà traités ou sur le point de l’être donne le tournis. Mais surtout, à l’heure de dresser un premier bilan de son action depuis son arrivée à l’Élysée, difficile de ne pas constater que, contrairement au discours centriste qui était le sien durant la campagne, la balance penche désormais sérieusement à droite.

Il y a d’abord la priorité qui a été donnée à l’économie et aux "premiers de cordée", "[c]es hommes et [c]es femmes qui réussissent parce qu'ils ont des talents" et qui peuvent, selon le chef de l’État, tirer l’ensemble des Français vers le haut. En nommant Édouard Philippe à Matignon et Bruno Le Maire et Gérald Darmanin à Bercy, trois personnalités politiques issues du parti Les Républicains (LR), Emmanuel Macron a fait un choix : assumer des réformes économiques d’inspirations libérales. Et en choisissant de s’attaquer dans un premier temps au volet "flexibilité" de sa politique en réformant le Code du travail, quelques mois seulement après sa prise de fonction, plutôt qu’au volet "sécurité" (réforme de l’assurance-chômage, réforme de la formation professionnelle, réforme de l’apprentissage), le président de la République a clairement identifié ses priorités.

>> À lire  Emmanuel Macron, les "riches" et la théorie des "premiers de cordée"

Même constat avec la première loi de finances du quinquennat. Celle-ci a supprimé dès le 1er janvier l’impôt sur la fortune et mis en place une "flat tax" à 30 % sur les revenus du capital, diminuant ainsi considérablement l’imposition des plus riches. Dans le même temps, les mesures fiscales favorables aux classes moyennes et populaires ont, elles, été étalées sur plusieurs mois pour les baisses des cotisations salariales et même sur plusieurs années en ce qui concerne la taxe d’habitation.

Alors Emmanuel Macron est-il, comme l'affirment ses opposants, le "président des riches" ? Lui s’en défend en rappelant notamment que le volet "sécurité" de ses réformes est prévu pour 2018 et que le dédoublement des classes de CP dans les quartiers prioritaires de la ville est une mesure à destination des plus vulnérables. Mais ces quelques mesures paraissent bien pâles en comparaison de l’accumulation de gestes à destination des fameux "premiers de cordée", qui semblent constamment occuper l’esprit du président. Dernière annonce en date : dans un entretien publié le 1er mai par le magazine Forbes, Emmanuel Macron affirme cette fois-ci qu'il souhaite supprimer dès 2019 l’"exit tax", un impôt créé en 2011 pour lutter contre la tentation d'évasion fiscale des entrepreneurs français. Et là, le chef de l'État ne fait pas ce qu'il a dit puisque cette mesure ne figurait pas dans son programme.

Quand Emmanuel Macron oublie sa jambe gauche

En revanche, sur d’autres dossiers qui figuraient bien dans la liste de ses propositions, le président Macron se permet quelques reniements. Sur l’état d’urgence, par exemple, le candidat disait vouloir en sortir. "Nous ne pouvons vivre en permanence dans un régime d'exception. Il faut donc revenir au droit commun, tel qu'il a été renforcé par le législateur [...] Nous avons tout l'appareil législatif permettant de répondre, dans la durée, à la situation qui est la nôtre", écrivait-il dans son livre "Révolution", publié fin 2016. Un an plus tard, l’état d’urgence a effectivement pris fin, mais la loi sur la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme promulguée le 30 octobre a transcrit dans le droit commun plusieurs de ses dispositions, notamment en matière d’assignation à résidence, de perquisition et de contrôle des personnes.

La récente loi asile et immigration a elle aussi révélé un grand décalage entre les discours de campagne et les décisions prises une fois au pouvoir. Alors qu’Emmanuel Macron clamait, à l’envi, en 2017, qu’Angela Merkel avait sauvé l’honneur de l’Europe en accueillant de nombreux migrants en Allemagne, le texte voté le 23 avril à l’Assemblée nationale a suscité la controverse. Les agents de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), ceux de la Cour nationale du droit d’asile, les associations humanitaires et le Défenseur des droits Jacques Toubon lui reprochent, en particulier, de durcir les conditions d’accès à l’asile et d’avoir pour objectif principal de faciliter les expulsions des personnes déboutées ou sans titre de séjour. Le texte trahit la promesse d'équilibre entre "humanité et fermeté" faite par Emmanuel Macron.

>> À voir : Asile et immigration, un projet de loi controversé

Sécurité et immigration : ces deux thématiques ont en commun de figurer parmi les principales préoccupations de l’électorat de droite. Et si l’on ajoute la nomination au poste du ministre de l’Éducation nationale de Jean-Michel Blanquer, qui ne cesse de fustiger les "pédagogistes" associés à la gauche, l’accent mis sur le rétablissement de l’ordre dans le cadre de l’évacuation de Notre-Dame-des-Landes, l’intransigeance du gouvernement face aux mouvements sociaux en cours (grèves contre la réforme de la SNCF, évacuation des universités occupées) et le discours prononcé par le président le 9 avril devant la Conférence des évêques de France durant lequel il a regretté que "le lien entre l’Église et l’État [se soit] abîmé", le nombre de signaux envoyés à la droite est largement supérieur à ceux destinés à la gauche.

L’électorat de droite satisfait du président Macron

La question est désormais de savoir si Emmanuel Macron compte muscler sa jambe gauche d’ici la fin de son quinquennat. En occupant depuis un an le terrain à droite, il poursuit son travail de désintégration du paysage politique entamé lors de la campagne présidentielle et oblige Laurent Wauquiez, le patron de LR, à se déporter vers la droite de sa droite. Mais en courtisant l’électorat conservateur, le chef de l’État prend le risque de se couper de ses électeurs de 2017, issus de la gauche et du centre pour l’essentiel.

Un sondage Ipsos pour Le Monde, publié le 6 avril, a d’ailleurs montré qu’en un an, la perception qu’ont les Français de La République en marche a bien changé : alors qu’ils n’étaient que 33 % en 2017 à classer à droite le parti créé par Emmanuel Macron, ils sont désormais 50 % à le faire.

>> À lire : Ce qu'attendent les associations du plan Borloo sur les banlieues

Peut-être encore plus parlant, une étude de Kantar Sofres-OnePoint, publiée par Le Figaro le 3 mai, montre que les sympathisants du parti Les Républicains sont désormais majoritairement satisfaits (53 % des sondés) du président de la République.

Le "grand projet social" promis pour 2018 par Emmanuel Macron lors de ses vœux aux Français, le 31 décembre dernier, permettra-t-il de rééquilibrer son action ? Des annonces sur la politique de la ville et dans le domaine de la santé sont notamment attendues lors des prochaines semaines. Une occasion pour le chef de l’État de se recentrer ou, au contraire, de s’inscrire durablement à droite.

Première publication : 07/05/2018

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