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Economie

Comment la propagande russe a visé les Noirs américains sur Facebook

© Studio Graphique France Médias Monde | Une importante partie des messages promus par la propagande russe sur Facebook visait spécifiquement la communauté noire américaine

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 11/05/2018

La publication, le 10 mai, de l’intégralité des messages sur Facebook sponsorisés par l’Internet Research Agency russe montre à quel point l'organisme a tenté de creuser la fracture raciale pendant la campagne de la présidentielle américaine en 2016.

Lutter contre le racisme... pour faire élire Donald Trump. Leurs noms sont “Black Matters” ("les Noirs comptent"), “Don’t shoot” ("Ne tirez pas") ou encore Blacktivist. De 2015 à 2017, ces groupes sur Facebook ont dénoncé sans relâche les violences policières contre les Noirs aux États-Unis et appelé à la résistance contre le racisme. Un anti-racisme de façade. C'est ce que révèlent les milliers de messages sponsorisés par des agents russes, rendus publics par des élus du Congrès, jeudi 10 mai.

Ces messages "anti-racistes" ont été vus des dizaines de milliers de fois sur le réseau social et partagé par des internautes croyant avoir affaire à d’authentiques sympathisants de la cause afro-américaine. En réalité, ces groupes ont été créés de toute pièce à Saint-Pétersbourg dans les locaux de l’Internet Research Agency (IRA), l’arme de propagande massive de la Russie, pour tenter d’influencer l’opinion américaine avant l’élection présidentielle de novembre 2016.

Références à Malcolm X

Tous les messages postés par ces faux militants pro-”Black lives matter” font partie des 3 519 publications promues à grand renfort de dollars payés à Facebook par l'IRA.

"La police nous tue parce qu'on ne va pas assez vite, qu'on vit notre vie. Elle ne réalise pas que nous voulons juste rentrer auprès de nos familles".

Ils dressent un tableau complet de l’effort de propagande russe pendant la campagne américaine. Ces publications ont coûté plus de 100 000 dollars aux Russes et ont été vues par 126 millions Américains sur Facebook. Il y a de tout : messages pour dénigrer Hillary Clinton, l'adversaire de Donald Trump, appels aux “patriotes” pour résister à “l’invasion des immigrés” et défendre “les valeurs chrétiennes” de l’Amérique. Surtout, ils illustrent pour la première fois à quel point l’IRA a visé la communauté noire américaine pour attiser la fracture raciale aux États-Unis.

Des centaines de messages qui empruntent la rhétorique des sympathisants du mouvement “Black lives matter” ont été publiés par ces Russes depuis 2015. Au départ, il y a les incontournables références aux discours de Malcolm X et Martin Luther King (figures historiques du mouvement pour l’égalité des droits aux États-Unis), des publications pour célébrer la réussite universitaire de jeunes Noirs et d’autres pour déplorer la persistance du racisme ordinaire aux États-Unis.

"La personne la moins protégée aux États-Unis est la femme noire" - Malcolm X

Mais ce ne sont là que des mises en bouche. Une manière “de mettre l’internaute à l’aise et en confiance”, juge la chaîne NBC. “Black Matters” et “Blacktivist” ressemblent ainsi à n’importe quel groupe Facebook luttant contre le racisme. À partir du printemps 2016, les messages sponsorisés par l’IRA changent de ton. Les références aux victimes de violences policières se font plus fréquentes.

Ces groupes appellent ceux qui les suivent à leur rendre hommage, à manifester contre la police et à “montrer qu’on ne se laissera pas faire”. Ainsi, en juillet 2016, un message incitait les Noirs des États du Sud à “se battre contre le racisme du système ! C’est votre devoir, vous n’avez rien à perdre si ce n’est vos chaînes !”.

Plus de 200 dollars pour promouvoir les messages

L’IRA paie aussi davantage pour que ses publications soient mieux ciblées. Alors qu’au début de l'année 2015, ces propagandistes ne versaient guère plus que quelques dollars pour chaque post promu, ils paient ensuite jusqu’à 243 dollars. Résultats : l’Internet Research Agency pouvait, par le biais de Facebook, promouvoir ces publications auprès d'un public sensible à la question du racisme comme à Baltimore, Chicago ou Charleston où les tensions étaient déjà exacerbées.

Appel à une contre-manifestation contre le "rassemblement 'White Power' à Stone Mountain"

En parallèle, ces agents russes ont aussi mis en place des faux groupes de soutien au mouvement “Blue lives matter” (La vie des ‘Bleus’ [les policiers] comptent). Sous cet autre déguisement, ils attaquaient les messages des sympathisants de “Black Lives matter”, soulignant que les Noirs “tuaient des policiers”.

Le plus gros succès de l’IRA a d’ailleurs été un post promu pour le groupe “Back the Badge” – soutenez le badge (de policier) – qui a reçu plus de 110 000 "likes". Il s'agissait d'une communauté censée fédérer tous ceux qui “défendent le travail de la police” contre les violences dans les quartiers à majorité noire.

"Une autre attaque horrible par un militant du mouvement 'Black Lives matters'"

Les Russes ont ainsi joué sur les deux tableaux. Espérant attiser la haine entre les deux camps, ils contribueraient à créer “un climat de peur favorable à la candidature de Donald Trump”, note le Washington Post. Les appels à manifester étaient, dans ce contexte, autant d’appels aux débordements qui viendraient nourrir le discours sécuritaire du candidat républicain.

Difficile de savoir à quel point cette propagande a été efficace. Aucune des manifestations organisées par ces faux groupes n’a fait la une des médias pendant la campagne américaine pour d’éventuels débordements. Mais des dizaines de millions d’Américains ont vu les messages dans leur fil d’actualité Facebook. Combien d’entre eux y ont pensé en mettant leur bulletin dans l’urne le 8 novembre 2016 ?

Première publication : 11/05/2018

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