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Culture

Cannes, jour 8 : Lars Von Trier se voit finir dans l'enfer des cinéastes

© Zentropa | Matt Dillon en très inquiétant serial killer dans "The House that Jack Built", de Lars Von Trier.

Texte par Guillaume GUGUEN

Dernière modification : 15/05/2018

Sept ans après avoir déclaré "persona non grata" sur la Croisette, Lars Von Trier signe son retour à Cannes avec un film d'une grande brutalité. Pas sûr que le cinéaste danois se refasse des amis sur la Côte d'Azur.

Il y a trois jours (une éternité en terme de ressenti), nous exposions les raisons de penser que Jean-Luc Godard est le dieu de la Croisette. Après avoir vu "The House that Jack Built", nous pourrions présenter les raisons de penser que Lars Von Trier en est le diable. Sept ans après avoir été déclaré "persona non grata" en raison d’une conférence de presse où il disait comprendre Hitler, le cinéaste danois fait son retour en sélection officielle (mais pas en compétition) avec un long métrage qui n’a pas vocation à gonfler les rangs de son fan club. "The House that Jack built" n’est pas un film agréable et il n’a pas été conçu pour l’être. Sur les billets donnant droit à se rendre à la projection publique du film était indiqué (et c’est rare à Cannes) que certaines scènes pouvaient heurter les sensibilités. La mention "Lars von Trier raconte l’histoire d’un tueur en série" aurait suffi.

Pour donner une idée de la grande brutalité du film, on dira qu’il est une sorte de "Nymphomaniac" côté Thanatos. "Nymphomaniac" mettait frontalement en scène l’appétit sexuel de son héroïne, "The House that Jack Built" met frontalement en scène les atrocités d’un serial killer considérant "l’assassinat comme un des Beaux-Arts". Comme "Nymphomaniac", "The House that Jack Built" nous est narré du point de vue malade de son personnage principal. Comme "Nymphomaniac", "The House that Jack Built" obéit à une structure narrative divisée en chapitres, cinq pour être précis, qui correspondent à autant de moments charnières dans l’activité sadique du meurtrier.

Lars Von Trier en position de victime

Durant une décennie, Jack a tué et torturé. Sa plus grande œuvre d’art, dit-il, est le massacre d’une mère et de ses deux enfants lors d’une macabre scène de chasse dont on ne nous épargne rien de la sauvagerie. Durant cette même décennie, Jack a essayé de construire sa propre maison sans jamais y parvenir. Il est ingénieur mais se rêve architecte, il se pense créateur mais il détruit. Son art, le seul dans lequel il excelle, est celui de faire le mal. On ne peut s’empêcher de voir en ce film une position victimaire de Lars Von Trier, qui utiliserait la figure du serial killer (interprété ici par un très très inquiétant Matt Dillon, qu’on ne verra ni n’entendra plus jamais comme avant) pour se peindre en artiste qui, à défaut de fabriquer du beau, ne fait que produire du mal. De fait, le cinéaste est régulièrement critiqué pour sa misogynie, son sadisme, sa perversion (ce film ne va vraiment rien arranger) et a fait, récemment, l’objet d’accusations de harcèlement sexuel à l’encontre de la chanteuse Björk (qu’il a dirigée dans "Dancer in the Dark"). En clair, le monde entier ne lui souhaite que l’enfer (pauvre chou).

Personnellement, nous ne lui souhaitons rien de spécial mais nous ne le remercions pas d’avoir interrogé ainsi notre capacité à encaisser l’irregardable. On se demande encore si regarder "The House that Jack Built" fait de nous un psychopathe, un voyeur, un masochiste ou un simple amateur de cinéma curieux de voir jusqu’où peut aller un réalisateur. Pas sûr qu’on puisse trancher la question avant la fin du festival.

Mais la plus grande perversité de cette affaire, c’est que le Danois semble nous dire : "Si vous êtes resté, c’est que vous m’aimez un peu". Nous sommes restés jusqu’au bout, mais il est peu probable que nous partions ensemble en camping à La Baule (à peine un week-end). Certains ont refusé la "friend request" du cinéaste et ont quitté la salle en faisant ostensiblement claquer leurs strapontins (à défaut de la porte). "Si vous ne m’aimez pas, sachez que je ne vous aime pas non plus", disait Maurice Pialat au moment de recevoir, en 1987, sa Palme d’or sous les huées. On connaît la scène par cœur pour l’avoir vu maintes et maintes fois dans les émissions de télé dédiées aux "plus grand scandales de Cannes". Nul doute que "The House the Jack Built" y figurera dorénavant. À lire certains commentaires sur Twitter, certains semblent se réjouir d’avoir assisté "en live" à la projection d’un film portant les germes de la polémique (du style : "Je n’étais pas là pour 'La Grande Bouffe' et 'Irréversible', je pourrai dire à mes enfants que j’ai assisté à l’incendie provoqué par 'The House that Jack Built'"). C’est ce qu’il y a peut-être de plus déplaisant dans cette histoire.

L'appel à la vigilance de Spike Lee

Moins sulfureux, mais plus en colère, Spike Lee faisait lui aussi son retour sur une Croisette où il n’avait pas mis les pieds depuis 1989. Mais, contrairement à Lars von Trier, le cinéaste américain concourt pour la Palme d’or. Avec une comédie sur le Ku Klux Klan (oui, c’est possible).

"BlacKkKlansman" retrace l’histoire vraie de Ron Stallworth (joué ici par John David Washington, fils de Denzel), un flic noir de Colorado Springs qui est parvenu dans les années 1970 à infiltrer l’organisation des suprématistes blancs encagoulés. Mission qu’il a menée à bien avec l’aide de son collège Flip Zimmerman (Adam Driver), policier juif contraint de jouer les espions parmi les extrémistes (et le cas échéant en écouter les logorrhées racistes, homophobes et antisémites). "BlacKkKlansman" fait écho bien entendu au climat politique de l’Amérique de Trump, dont les slogans favoris "America First" et "Make America great again" sont remâchés ici mot pour mot par les membres du KKK. Ce n’est pas toujours subtil, un peu brouillon, et poussif sur sa fin. Mais on ne boudera pas ce plaisir, somme toute assez primaire, de voir un Afro-Américain berner avec tant de décontraction les tenants de l'Amérique blanche.

Sous ses dehors comiques, le film de Spike Lee reste un geste politique, un appel à la vigilance dans un pays où la libération de la parole raciste et les tentations communautaires menacent de virer au conflit généralisé. En guise de piqûre de rappel, "BlacKkKlansman" s’achève sur les images de l’attentat perpétré à la voiture-bélier par un extrémiste blanc à Charlottesville. C’était le 12 août 2017. Soit 40 ans après les faits racontés dans la comédie de Spike Lee.

Première publication : 15/05/2018

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