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Dans le sillage de Trump, une partie de l'Amérique latine se tourne vers Israël

© Juan Mabromata, AFP | Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, avec le président argentin, Mauricio Macri, le 12 septembre 2017 à Buenos Aires.

Texte par Valentin GRAFF

Dernière modification : 16/05/2018

À l'instar des États-Unis, et du Guatemala depuis mercredi, le Paraguay aura également bientôt une ambassade à Jérusalem. Un indice de l'intérêt que porte, depuis sa création ou plus récemment, une partie de l'Amérique latine à Israël.

Deux jours après l'inauguration de la nouvelle ambassade américaine à Jérusalem, le Guatemala y a à son tour établi sa représentation diplomatique, mercredi 16 mai. Le Paraguay devrait suivre avant la fin du mois de mai, faisant de l’Amérique latine la région du monde la mieux représentée dans la ville trois fois sainte.

Un complexe mélange d’intérêt américains, de croyances religieuses et de liens bilatéraux dans certains cas, ont dessiné ce tableau. Le Guatemala et Israël, notamment, entretiennent des relations cordiales depuis longtemps.

Le Guatemala, allié historique

Non content d'être le deuxième pays à reconnaître l'État hébreu , juste après les États-Unis, lors de la déclaration d’indépendance de 1948, le Guatemala a même joué un rôle actif dans sa création. Le petit pays d’Amérique centrale était ainsi l’un des onze membres de la Commission spéciale des Nations unies sur la Palestine (UNSCOP), chargée à l'époque de proposer une solution à la situation au Proche-Orient.

À ce moment crucial pour le futur du Moyen-Orient, l’ambassadeur guatémaltèque George Garcia Granados, "qui avait rencontré deux fois Menachem Begin (le futur Premier ministre israélien, NDLR), […] a fortement poussé pour que l’UNSCOP adopte la partition (de la Palestine entre les Juifs et les Palestiniens) et pour que ce plan soit approuvé par l’Assemblée générale (des Nations unies)", expliquait en septembre 2017 sur son blog Emmanuel Navon, professeur de Relations internationales à l’Université de Tel-Aviv et ancien membre du parti conservateur israélien Likoud.

Une amitié de longue date à laquelle a fait écho, mercredi, l’actuel président du Guatemala, Jimmy Morales : "Il y a 70 ans, nous avons décidé de soutenir et d'être les amis d'Israël, et nous en faisons à nouveau la démonstration aujourd'hui." Près de 70 ans plus tard, les liens ne se sont pas distendus. "Pendant la guerre civile guatémaltèque (1960-1996), Israël a été l’un des principaux fournisseurs d’armes et formateur des forces gouvernementales contre la guérilla", explique Christophe Ventura, spécialiste de l’Amérique latine à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), à France 24. À la fin des années 1970, les Israéliens sont restés au côté du Guatemala alors que les États-Unis, jugeant les exactions de l’armée trop épouvantables, lâchaient le gouvernement.

Ailleurs, sur le continent latino-américain, les relations avec Israël n'ont pas toujours été aussi cordiales. Au début des années 2000, l'Amérique latine connaissait une vague d'élections de dirigeants de gauche, plus favorables à des positions pro-palestiniennes. En 2010, l'inimitié avait atteint un pic, le Brésil, l’Argentine, la Bolivie, le Guyana puis l’Équateur reconnaissant l’État palestinien au côté d'Israël "à l’intérieur des frontières de 1967". Depuis, le continent a connu un "reflux au profit du centre droit et de la droite, comme en Argentine ou au Paraguay, décrit Christophe Ventura. Ces nouveaux gouvernements sont plus favorables à Israël et à Washington, on observe donc un réalignement après une parenthèse de gauche de quinze ans."

Une influence américaine certaine

L’empressement de Jimmy Morales à suivre le mouvement impulsé par Donald Trump n’est pas totalement exempt d’un certain désir de se faire bien voir par l’actuel locataire de la Maison Blanche. Comme de nombreux pays latino-américains, le Guatemala est très dépendant de son très grand voisin du Nord. "Les pays latino-américains sont sensibles à la diplomatie américaine en général, analyse Christophe Ventura. En Argentine, par exemple, le gouvernement Macri montre un certain engagement envers Israël et bénéficie, en retour, de dividendes de la part des États-Unis".

Un raisonnement qui a prévalu également au Paraguay. "Il s’agit d’un acte politique d’alignement avec les États-Unis, avec la politique de Trump, confirme Damien Larrouqué, docteur associé au Sciences-Po-CERI (Centre de recherches internationales) et spécialiste du Paraguay, à France 24. L’actuel président, Horacio Cartes, élu en 2013, est ultraconservateur comme Donald Trump. Il a conduit une politique de renforcement des liens avec Washington, un alignement très clair sur la politique nord-américaine." Si le Paraguay a reconnu l’État palestinien, c’est presque une erreur de parcours : c’était en 2011, lors de la présidence de Fernando Lugo (gauche), renversé un an avant la fin de son mandat.

"Le Guatemala et le Honduras, en particulier, sont complètement dans l’orbite de Washington. Ils sont dépendants de leur aide économique et font l’objet de toutes leurs attentions en matière de narcotrafic", poursuit Christophe Ventura, qui ajoute que le Guatemala est particulièrement sensible aux menaces américaines en termes migratoires. Le pays compte en effet près d’un million de ressortissants sur le sol américain.

C’est pourquoi le Guatemala et Honduras ont tous deux voté contre la résolution de l’ONU condamnant la décision de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël, en décembre 2017.

Les chrétiens évangéliques, alliés d’Israël

Cette emprise américaine dans son "arrière-cour" latino-américaine, même si elle a joué, n'explique pas à elle seule l'intérêt de l'Amérique latine pour Israël. Les considérations religieuses pourraient aussi avoir joué un rôle.

Les fortes convictions évangéliques du président guatémaltèque, Jimmy Morales, lui ont valu de nombreuses critiques. Pour les chrétiens évangéliques, de plus en plus influents sur le continent américain, l’un des dogmes postule que la reconstruction du Temple juif à Jérusalem facilitera le retour de Jésus Christ. Marcio Palacios, directeur de l’école de sciences politiques de l’Université de San Carlos, au Guatemala, interrogé par l’AFP, a ainsi "[regretté] que le président Morales ne fasse pas la distinction entre ce qu’il représente et ce en quoi il croit".

Le vice-président américain, Mike Pence, partage ces convictions, comme un quart des Américains selon une étude de l'Institut PEW parue en 2015. Des évangélistes qui ont accordé à plus de 81 % leur voix à Donald Trump lors de l’élection présidentielle américaine de 2016. Voilà plusieurs décennies que les chrétiens évangéliques, aux États-Unis, militaient pour la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël et pour le déménagement de l’ambassade américaine. Ils ont obtenu gain de cause, et entraîné, à ce jour, une petite partie de l’Amérique latine à leur suite.

Benjamin Netanyahou, le Premier ministre israélien, semble avoir compris l’intérêt diplomatique que représente l’Amérique latine. En septembre 2017, il avait été le premier chef de gouvernement israélien à y réalisé une tournée diplomatique. Il était passé par l’Argentine – où la communauté juive, forte de 300 000 membre, est la plus importante du continent – puis par le Mexique et la Colombie, trois pays particulièrement soucieux de s’attirer les faveurs américaines. Les trois pays visités, peut-être sensibles à cette faveur, se sont en tout cas abstenus de voter contre la reconnaissance de Jérusalem lors du vote à l’Assemblée générale de l'ONU en décembre.

Première publication : 16/05/2018

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