Rendez-vous

Rejouer


LES DERNIÈRES ÉMISSIONS

CAP AMÉRIQUES

La lutte sans fin des peuples autochtones

En savoir plus

DANS LA PRESSE

"La liberté de la presse vous appartient"

En savoir plus

EXPRESS ORIENT

Mille et un kebabs : à chaque pays ses secrets !

En savoir plus

DANS LA PRESSE

En Italie, l'effondrement du "pont malade"

En savoir plus

L'ENTRETIEN DE L'INTELLIGENCE ECONOMIQUE

Capitalisme addictif : l'empire du désir

En savoir plus

DANS LA PRESSE

"En Tunisie, l'égalité entre hommes et femmes dans l'héritage ne fait pas l'unanimité"

En savoir plus

DANS LA PRESSE

"Il faut empêcher Assad de se refaire une virginité sur la scène internationale"

En savoir plus

L'ENTRETIEN

Slimane Dazi : le livre "Indigène de la nation" est un acte politique

En savoir plus

UN ŒIL SUR LES MÉDIAS

Le Brésil sous le choc après la mort d'une femme battue

En savoir plus

Culture

Cannes, jour 10 : à bout de souffle devant "Burning"

© Diaphana | L'acteur Yoo Ah-in dans "Burning".

Texte par Guillaume GUGUEN

Dernière modification : 17/05/2018

Si "Dogman" de Matteo Garrone laisse un peu froid, on brûle d'enthousiasme pour "Burning", un bijou de cinéma et d'humanité taillé par le Sud-Coréen Lee Chang-dong. Une Palme d’or se dessine.

Il y a des réalisateurs en compétition qu’on soupçonne de tout faire pour glaner des récompenses. Matteo Garrone, lui, s’est clairement positionné pour la Palme Dog. Pour rappel, cette distinction est un prix officieux décerné chaque année pour récompenser la meilleure performance canine du festival, toute sélection confondue. C’est rigolo et ça oblige les festivaliers à être plus attentifs que d’ordinaire aux prestations de nos plus fidèles compagnons ("la majesté de l’épagneul tibétain dans le film islandais m’a littéralement bluffée"). Avec "Dogman", le réalisateur italien a totalement tué le game du concours à quatre pattes. Des chiens, il y en a partout dans le film : des caniches de salon, un pitbull, un chihuahua (à moitié congelé), un godzillesque dogue allemand et plein d’autres toutous qu’on-sait-pas-c’est-quoi-leur-race.

"Dogman", c’est le nom du magasin tenu par Marcello, paisible toiletteur pour chiens d’une banlieue désolée du sud de l’Italie. L’endroit est d’un sinistre, comme figé dans les années 1960. Marcello arbore d’ailleurs une gueule du cinéma italien de cette époque. Pas franchement beau mais cinégénique. Il est chétif, a les joues creuses, les yeux ronds comme des billes et de grandes dents qu’il dévoile régulièrement dans un large sourire (l’acteur Marcello Fonte pourrait être le frère jumeau d’Angel di Maria et de Luis Rego). Il est un commerçant respecté du quartier et de sa fille unique qu’il emmène régulièrement faire de la plongée. Surtout, il adore ses "clients", les chiens, sur lesquels il veille avec une généreuse affection, comme un père sur ses enfants (après tout, ces chères bébêtes ne sont-elles pas les meilleurs amis de l’homme ?). Bref, on lui confierait le bon Dieu sans confession. Sauf que, c’est trop bête, le fréquentable Marcello compte dans son entourage un ami qui l’est moins : Simone, armoire à glace cocaïnée qui terrorise, rackette et violente les habitants du quartier (qui voient d’un très mauvais œil la proximité entre les deux hommes).

Tout, pourtant, sépare Simone et Marcello. La taille, le poids et les muscles, d’abord, qui permettent au premier d’avoir l’ascendant sur le second. Et de l’embarquer, le cas échéant, dans des petites combines de voyous qui frappent fort à défaut de gagner gros. On l’aura compris, le "Dogman" de Matteo Garrone n’est pas une histoire de chiens mais une affaire d’hommes (à cet égard, le film ne compte aucun rôle féminin) dont l’intrigue tend progressivement vers un concours inconscient de virilisme. L’enjeu étant de savoir qui des deux gagnera la partie. Et par quel moyen, celui de la force ou de l’intelligence ? À ce petit jeu-là, l’issue ne pouvait être que tragique. Elle aurait pu, aussi, être moins déplaisante si elle ne suggérait que les pires ordures ne méritent pas qu’on les traite autrement que comme ils se comportent : des animaux (d’où l’"homme-chien" du titre). L’idée est assez fâcheuse, on en conviendra. Comme quoi, il faut parfois se méfier des gens qui trouvent dans les chiens plus d’humanité que chez leurs maîtres.

Une merveille Sud-Coréenne nommée "Burning"

À Cannes, il y a aussi des réalisateurs qu’on ne soupçonne d’aucune intention tant ils donnent l’impression de filmer sans forcer. C’est le cas du Sud-Coréen Lee Chang-dong dont la maîtrise de la mise en scène et de la narration produit des merveilles de cinéma. Son thriller "Burning" en est une de merveille. Le plus beau film, à ce jour, de la compétition. Celui qui, en tout cas, peut prétendre à la majorité des prix du palmarès officiel. Et éventuellement à la Palme Cat, pendant félin de la Palme Dog (bienvenue à Cannes).

Adaptation de la nouvelle "Les Granges brûlées" du Japonais Haruki Murakami, "Burning" débute sur une histoire de chat. Ce chat qu’Haemi demande à Jongsu de bien vouloir garder pendant qu’elle sera en voyage au Kenya. Haemi et Jongsu (Jeon Jong-seo et Yoo Ah-in) viennent tout juste de sceller leurs retrouvailles, par hasard, dans une rue anonyme de Séoul. Ils ne s’étaient pas vus depuis leur enfance passée dans un village qui borde la frontière avec la Corée du Nord. La dernière fois que Jongsu avait parlé à Haemi, lui rappelle-t-elle, c’était au collège. Pour lui dire qu’elle était moche.

On mesure ici le poids des années sur le rapport de force qui existait entre les deux individus. Autrefois intimidée par un ado sûr de lui, Haemi est devenue une jeune femme confiante et rayonnante. À l’inverse, Jongsu est aujourd’hui un jeune homme réservé au verbe hésitant. Ils ont toutefois en commun d’être seuls, sans le sou, perdus dans la métropole sud-coréenne. Il veut devenir écrivain, elle veut devenir actrice. Elle suit des cours de pantomime et lui fait la démonstration de son nouvel apprentissage en mimant l’épluchage d’une mandarine. "Il ne faut pas prétendre que la mandarine existe mais accepter le fait qu’elle n’existe pas", dit Haemi. C’est tout l’enjeu (superbe) de ce film aux frontières de l’imaginaire.

D’abord, Jongsu devra accepter de ne jamais voir le chat qu’il vient quotidiennement nourrir dans l’appartement d’Haemi (le matou est trop craintif pour se montrer aux inconnus). Au retour de celle-ci, Jongsu devra accepter qu’un autre homme soit entré dans la vie de la jeune femme. Il s’appelle Ben (Steven Yeun), il a rencontré Haemi au Kenya. Il a tout pour plaire : la Porsche, le bel appartement situé dans le quartier très huppé de Gangnam, et l’assurance des gens bien nés. Il a tout pour inquiéter aussi : il déclare avoir comme passe-temps de brûler les serres en plastique qui font florès dans la campagne sud-coréenne.

De ce triangle amoureux va naître une rivalité sourde, se déployant sous cape mais avec une grâce de tous les instants. La danse de séduction qu’entreprend Haemi, les seins nus, devant ses deux prétendants est sublime. Mais, s’il fallait ne retenir qu’une séquence, furtive, ce serait celle où Ben baille discrètement devant les excentricités d’Haemi, avant de sourire à Jongsu qui l’a pris en faute. Là est contenue l’énigme du film. Qu’est-ce qui peut bien pousser un garçon si fortuné à fréquenter deux jeunes gens d’origine modeste ? L’amour, l’affection ou un besoin de distractions suscité par une vie trop facile ? Quelles sont ses intentions ? Sont-elles bonnes ou mauvaises ? En a-t-il seulement ? Le mystère infuse le film de tout son long, louvoyant sans cesse entre ce qui existe ou n’existe peut-être pas. Comme ce chat qui n’osait pas montrer le bout de son nez.

Le cinéma asiatique, star de la quinzaine

"Burning" n’est pas un thriller qui court après la résolution de ses intrigues, le feu au postérieur. Sa beauté vient aussi du fait qu’il sait prendre son temps pour sonder ses personnages en quête de sens à leur vie. Rares sont les films qui, comme le film de Lee Chang-dong, irradie d’autant d’humanité sans y paraître (les nombreux plans rapprochés sur le visage de Jongsu sont magnifiques). On n’en attendait pas moins d’un cinéaste – mais aussi romancier et poète – à qui il a fallu huit ans pour réaliser un nouveau film. Son précédent long métrage, "Poetry", autre petit bijou présenté sur la Croisette, avait remporté le prix du scénario en 2010. Si "Burning" ne figure pas cette année dans le palmarès, ce sera à nous d’accepter que cela n’existe pas.

Les comédiens de "Burning", Jeon Joing-seo, Steven Yeun et Yoo Ah-in, avec le réalisateur Lee Chang-dong. © Mehdi Chebil, France 24

"Burning" vient en tout cas conforter la primauté du cinéma asiatique sur le 71e Festival de Cannes. On a déjà dit tout le bien que nous pensions des "Éternels" du Chinois Jia Zhang-ke et de "3 visages" de l’Iranien Jafar Panahi. Certes, "Asako I & II" du Japonais Ryusuke Hamaguchi souffre moins la comparaison mais proposait une première heure pleine de promesses. Les critiques concernant "Une affaire de famille" de son compatriote Hirokazu Kore-eda sont élogieuses (nous ne l’avons pas vu). Quant aux retours sur "Un grand voyage sur la nuit" du jeune prodige chinois Bi Gan, ils sont dithyrambiques. Aux dires de ceux qui ont vu la pépite, l’auteur du déjà extraordinaire "Kaili Blues" (son premier long métrage) réinvente à lui seul de nouvelles formes de cinéma (on parle d’un impressionnant plan séquence d’une demi-heure en 3D). Las, il est le seul des films mentionnés qui ne concourt par en compétition.

 

Première publication : 17/05/2018

  • FESTIVAL DE CANNES

    Cannes, jour 9 : saga culte, film d'occulte et charge sociale

    En savoir plus

  • FESTIVAL DE CANNES

    Cannes, jour 8 : Lars Von Trier se voit finir dans l'enfer des cinéastes

    En savoir plus

  • FESTIVAL DE CANNES

    Cannes, jour 7 : la comédie française enfile son maillot de bain

    En savoir plus

COMMENTAIRE(S)