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Le foot et la foi: en Côte d'Ivoire, les religions gagnent sur le fétichisme

© AFP/Archives | L'attaquant ivoirien Didier Drogba prie à la fin du match de Coupe d'Afrique des nations contre le Mali, le 8 février 2012 à Libreville

ABIDJAN (AFP) - 

"Combien de poulets, pintades, moutons, boeufs sacrifiés pour assurer le succès d'une équipe? Combien de cabris sacrifiés pour consommer l'échec de l'équipe adverse", rigole une figure du milieu du football ivoirien.

Sur certains terrains, fétiches et maraboutages font partie du jeu. Mais ces dernières années, la montée en puissance des religions monothéistes, avec notamment l'islam et les églises éveillées, font reculer ces pratiques.

Sacrifices, chants, incantations, mouchoirs-fétiches, poudre jetée en l'air, eau spéciale, cérémonies, oeufs cassés, objets divers enfouis, protections sur les joueurs, colliers magiques, massages spéciaux: les techniques et méthodes sont innombrables... On parle de "djibo, gbass, cable" pour désigner ces fétiches ou gri-gris utilisés par les footballeurs.

L'ancien attaquant de l'ASEC Mimosas, club phare ivoirien, MM international à plusieurs reprises, se rappelle d'une finale de Coupe nationale en 1967: "La veille, les dirigeants sont venus dans le dortoir avec un féticheur. On nous a tous mis en slip pour une +préparation spéciale+"

"Le féticheur a révélé ensuite que c'est moi qui allais donner la victoire à l'équipe. Il m'a donné un oeuf cru que je devais avaler. Ca c'est bloqué au niveau de la gorge, j'étais en sueur, je n'arrivais plus à respirer... Mais finalement c'est descendu", raconte-t-il.

"On menait au score 1 à 0, le Stella (l'adversaire) a arraché la prolongation dans les dernières minutes. Moi, j'avais été touché à un pied par un défenseur... C'était compliqué et on commençait à douter du féticheur. Mais, comme par enchantement, au début de la prolongation, avec ce pied, j'adresse un tir puissant qui fait mouche!".

Victoire du féticheur? Manglé se rappelle d'un cas moins glorieux: "Un féticheur devait faire des incantations en notre faveur sur un chat qu'il tenait dans ses mains. Mais il s'est trompé, en disant le nom de notre adversaire. On lui a crié +non, c'est ASEC, pas Stade Abidjan+. Le chat s'est échappé à ce moment là... On a perdu ce match 5 à 1!"

Le sujet reste sensible, beaucoup craignant d'en parler ouvertement. Un ancien international raconte comment il est passé à côté d'un match alors qu'il était en pleine forme après un massage mystique...

L'ancienne star Emmanuel Moh se souvient lui aussi d'oeufs cassés dans le rond central, de visites nocturnes à des féticheurs mais souligne en rigolant que le féticheur doit beaucoup aux footballeurs: "Le féticheur ne marche qu'avec des bons joueurs". Le milieu de terrain de l'Africa Sports estime aussi que le recours à ces pratiques est en recul avec l'émergence de la foi dans les religions monothéistes.

- "Ici c'est Dieu qu'on prie" -

Dirigeants, joueurs ou entraîneurs croiraient de moins en moins en leur efficacité ou refuseraient de s'adonner à des rites païens ou d'être superstitieux. Moh souligne l'importance du travail, de l'entraînement ainsi que de la préparation mentale.

Le religion reste importante même sans les féticheurs. "Ici c'est Dieu qu'on prie", peut-on lire en grands caractères dans le code de discipline du club de Séwé Sports de San Pedro, triple champion ivoirien 2012-2013-2014 et vainqueur de la Coupe 2016.

Gervais Rigo, ex-entraîneur du club finaliste de la Coupe CAF 2014, souligne que le club avait même "une cellule de prière dirigée par le directeur général" et que ses membres étaient de tendance évangélique.

"En début de saison, et lors des grands matches, on faisait un don (sacs de riz, sucre) à une église mais aussi à une mosquée. Nous avions également des musulmans au sein du club. Cela nous a donné une bonne aura", estime-t-il.

"Quand on arrivait dans les vestiaires, on faisait des louanges, on priait beaucoup, des prières ?cuméniques. C'était extraordinaire", affirme l'entraîneur qui attribue le beau parcours du club à cette ferveur.

"Nous avons observé toute une journée de jeûne dans l'avion lors d'un voyage au Soudan pour affronter Al Hilal en Ligue des champions en 2013. Cette approche spirituelle a porté ses fruits: nous nous sommes qualifiés!".

Rigo estime aussi avoir échappé aux féticheurs: "Une autre fois au Congo, à Dolisie contre l'AC Léopards, lors de la demi-finale retour de la Coupe CAF 2014, une dame badigeonnée au Kaolin (argile blanche), certainement une féticheuse, a voulu rentrer dans nos vestiaires. Elle a rebroussé chemin lorsque nous avons aspergé l'endroit d'eau bénite!".

"Cette spiritualité nous a aidé dans notre aventure africaine et notre domination nationale mais cela venait bien sûr en appoint du côté rationnel: le travail spécifique sur le terrain, avec de la rigueur dans la préparation de l'équipe".

© 2018 AFP