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Bardem défend un acteur poursuivi pour blasphème en Espagne : "ça ramène au franquisme"

© AFP | L'acteur espagnol Javier Bardem (à gauche) en compagnie de son collègue Willy Toledo à Madrid, le 22 mai 2018

MADRID (AFP) - 

La star de cinéma espagnole Javier Bardem a pris mardi la défense d'un acteur poursuivi pour blasphème, jugeant que les poursuites judiciaires contre des personnes exprimant des opinions renvoyaient l'Espagne à "l'époque du franquisme".

Que l'expression d'une opinion "puisse être punie [judiciairement] me semble un recul qui nous ramène à l'époque du franquisme", a affirmé Javier Bardem, évoquant ainsi la dictature de Francisco Franco (1939-1975), au cours d'une conférence de presse dans une église de la banlieue de Madrid.

Javier Bardem, qui se revendique de gauche, participait avec d'autres acteurs à un acte de soutien à leur collègue Willy Toledo, 48 ans, qui refuse de comparaître devant un juge d'instruction de Madrid pour le présumé délit d'"offense aux sentiments religieux", passible d'une amende.

Willy Toledo se voit reprocher d'avoir diffusé en juillet un message sur Facebook, en défense de trois femmes elles-mêmes poursuivies pour blasphème après avoir porté en procession à Séville un vagin géant qu'elles avaient baptisé le "con insoumis".

"Je chie sur Dieu et j'ai de la merde à revendre pour chier sur le dogme de +la sainteté et la virginité de la Vierge Marie+", avait écrit le comédien, volontiers provocateur sur les réseaux sociaux.

"Du point de vue du droit constitutionnel ou de la liberté d'expression, on ne comprend pas qu'on puisse (...) poursuivre quelqu'un pour avoir émis une opinion. C'est dangereux", a insisté Javier Bardem, l'acteur espagnol le plus primé de sa génération, Oscar du meilleur second rôle en 2008 pour "No Country for Old Men".

Selon lui, on peut ne pas être d'accord avec Willy Toledo mais jamais accepter qu'on "pénalise la pensée", ce qui se passe en Espagne, selon lui, de "façon très larvée, tranquille mais constante".

Ces derniers mois, plusieurs internautes ou artistes y ont été condamnés pour des tweets ou paroles de chanson considérés comme faisant "l'apologie du terrorisme".

La Cour suprême a notamment confirmé en février la peine de trois ans et six mois de détention infligée au rappeur Valtonyc dont les textes évoquent le meurtre de membres du gouvernement, de la famille royale et de partis de droite.

En mars, Amnesty International a considéré que l'article du Code pénal espagnol punissant l'apologie du terrorisme et l'humiliation des victimes était utilisé pour "réprimer les expressions politiques, surtout sur les réseaux sociaux".

L'Association espagnole des avocats chrétiens a, quant à elle, porté plainte contre Willy Toledo pour avoir "tourné en ridicule Dieu et la Vierge". L'acteur est de nouveau convoqué le 28 juin par un juge d'instruction et pourrait risquer d'être arrêté s'il ne se présentait pas.

© 2018 AFP