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Culture

L’amour tout français pour Philip Roth

© Timothy Clary / AFP | Le 27 septembre 2013, le romancier Philip Roth reçoit les insignes de la Légion d'honneur des mains de Laurent Fabius, au consulat français de New York.

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Priscille LAFITTE

Dernière modification : 30/05/2018

Publié dans la Pléiade, décoré d’une Légion d’honneur, l’écrivain Américain Philip Roth, décédé mardi, est l’objet d’une grande admiration en France au sein des cercles littéraires. Un amour qu'il avait lui-même du mal à comprendre.

"Je suis à jamais le type qui rate le Nobel, mais me voilà dans ce Panthéon français." Voilà comme Philip Roth avait accueilli la nouvelle de la publication de ses œuvres dans la prestigieuse collection la Pléiade, en 2017. Amusé, flatté, mais aussi vaguement étonné, ne comprenant pas tout à fait pourquoi la France s’est entichée à ce point de lui, auteur américain, alors que l’Académie Nobel n’a jamais franchi le pas de la nobélisation qu’il scrutait fébrilement chaque année. Josyane Savigneau, journaliste littéraire, longtemps aux commandes du Monde des Livres, admiratrice de l'écrivain devenue amie de Philip Roth, a rapporté l’anecdote dans un long hommage publié par Vanity Fair.

"[Philip Roth] veut savoir quels grands auteurs du XXe siècle ont leur 'Pléiade' et si beaucoup y sont entrés de leur vivant.

'Oui, beaucoup plus qu’on ne le croit, mais pas les étrangers.
– De vivant, il n’y a que moi ?
– Non, aussi Vargas Llosa.'

Il aurait bien aimé être le seul."

Autre anecdote : lorsque Philip Roth décide qu’il en a fini avec l’écriture, et que "Némésis" (publié en 2010 aux Etats-Unis, et traduit en France deux ans plus tard) sera son dernier roman, c’est dans un hebdomadaire français, "Les Inrocks", que la nouvelle sort. Première à connaître la réalité sans vouloir y croire, Josyane Savigneau a laissé filer le scoop.

L’histoire d’amour de l’écrivain américain avec la France a piqué la curiosité du Washington Post, qui s’interrogeait, l'an passé : "Philip Roth est la nouvelle superstar littéraire en France. Pourquoi ?" Pourtant, l’auteur n’a jamais vécu en France, ne lit de littérature française que traduite, et n’a jamais imaginé un seul roman dans un décor français, que ce soit à Paris ou dans la province peuplée d’ennui existentiel, contrairement à James Baldwin, Ernest Hemingway ou Gertrude Stein, s’étonne le quotidien américain.

"Quelque chose d’essentiellement français chez Philip Roth"

L’écrivain né à Newark, dans la banlieue de New York, dans une famille de juifs ashkénazes, s’est surtout plu à dépeindre les humeurs de son Amérique natale. Et s’il s’est aventuré au-delà, c’est surtout pour explorer l’est de l’Europe. Il a voyagé régulièrement à Prague, nourrissant des affinités avec des écrivains tels que Milan Kundera, Danilo Kis, Jiri Weil, ou encore Witold Gombrowicz, qu’il fait éditer aux États-Unis. Il arrange même - durant les années 1970, alors que le régime communiste soviétique a fait main basse sur Prague - un système de contrebande financière pour venir en aide à des écrivains tchèques. Il collecte de l’argent auprès de ses collègues américains et le redistribue sous le manteau.

À part quelques conférences et dédicaces, notamment à Aix-en-Provence, Philip Roth n’est pas relié à ce petit pays outre-Atlantique qu’est la France. Sûrement est-ce la littérature qui fait le pont, tente le Washington Post, et Philip Roth d’admettre un goût prononcé pour la prose de Colette ("grande sensuelle"), Albert Camus ("grande conscience"), François Mauriac ("grand moraliste"), Jean Genet ("grand transgresseur"), et surtout Louis-Ferdinand Céline ("le plus grand de tous").

Ou peut-être est-ce sa propension à incarner l’écrivain absorbé par son travail et son œuvre, qui plaît tant aux critiques et aux lecteurs français. "Il y a quelque chose d’essentiellement français chez Philip Roth, résume le Washington Post. Sa franchise sexuelle. Le refus de séparer le privé du politique. Et par-dessus tout, sa personnalité, sa consécration à la littérature de façon prolifique, un peu hermétique, mais avec constance pendant plus d’un demi-siècle".

"Je suis sanctifié"

De nombreux lecteurs français vénèrent Roth - comme tant d’Européens. En 2002, "La Tache" reçoit le prix Médicis étranger et se vend à 300.000 exemplaires en France, contre 50.000 aux Etats-Unis. "En France, je suis sanctifié", dira Philip Roth à Josyane Savigneau.

Et puis, il y a cette Légion d’honneur, que Philip Roth tenait à recevoir, et qui semble indiquer que l’entichement français pour l’écrivain n’est pas à sens unique. La cérémonie s’est déroulée au consulat de France à New York en 2013, où la médaille de commandeur de la Légion d’honneur lui est remise par le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius. Que ce soit par le biais d’une édition dans la Pléiade ou par le truchement d’une médaille, Philip Roth apprécie les honneurs français.

L’intérêt de la maison Gallimard commence bien avant, en 1962, quand est traduit le recueil de nouvelles "Goodbye, Columbus", paru trois ans auparavant aux États-Unis. En 1970, "Portnoy et son complexe" reçoit "la reconnaissance précoce d’une certaine intelligentsia en France. Il y a été défendu par des gens qui comptaient", raconte Philippe Jaworski, professeur de littérature américaine à l’université Paris-Diderot, et coordinateur du volume de la Pléiade chez Gallimard, joint par l’AFP. "Qu’est-ce qui fascine ici ?, poursuit l’universitaire. Il y a peut-être ce côté balzacien, cette capacité à embrasser une totalité, avec des romans qui, sans relever de la littérature d’avant-garde, ont su malmener suffisamment les codes de la narration."

Antoine Gallimard, à la tête des éditions créées par son grand-père Gaston, s’enthousiasme auprès du Washington Post pour des écrits qui "satisfont un goût très français pour l’expérimentation littéraire, le jeu avec les formes et les genres, l’envie de brouiller la séparation entre la fiction et la réalité. Chaque nouveau livre de Roth a été une surprise, un renouvellement. J’envie les lecteurs qui ne connaissent pas encore Philip Roth."

Première publication : 23/05/2018

  • LITTÉRATURE

    Philip Roth, le géant de la littérature américaine, est mort à l'âge de 85 ans

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  • LIITÉRATURE

    Trente-six ans après Sartre, Simone de Beauvoir intègre la Pléiade

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  • DISPARITION

    Décès de l'écrivain américain Tom Wolfe, auteur du "Bûcher des vanités"

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