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Les Irlandais aux urnes pour un référendum historique sur l'avortement

© AFP/Archives | Le 11 mai 2018 à Dublin, peinture murale réalisée à l'occasion du référendum sur l'avortement en Irlande

DUBLIN (AFP) - 

Près de 3,5 millions d'Irlandais sont appelés à se prononcer, vendredi, pour ou contre la libéralisation de l'avortement dans un référendum historique pour ce pays de tradition catholique qui avait massivement voté pour le mariage homosexuel en 2015.

Les bureaux de vote ouvrent de 07H00 GMT à 22H00 GMT, avec interdiction de faire campagne à proximité des écoles où se déroule le scrutin, même si les accessoires devenus tendance tels que les badges et les pulls promouvant l'un ou l'autre camp sont tolérés.

Au terme d'une campagne achevée dans une certaine tension entre partisans et opposants de l'avortement, le "Oui" à la suppression de l'interdiction constitutionnelle de l'IVG semblait en tête des intentions de vote, malgré une participation difficile à estimer et un nombre élevé d'indécis.

Toutefois, les autorités ont enregistré un nombre important de nouveaux inscrits sur les listes électorales, avec plus de 118.000 demandes d'ajout cette année, signe de l'intérêt pour ce vote.

La mobilisation de l'électorat a été l'un des grands axes des militants anti et pro-avortement, les premiers tablant sur un sursaut de l'Irlande rurale, tandis que les seconds ont fortement encouragé les jeunes à s'inscrire et à voter.

S'exprimant la veille du vote sur la radio Newstalk, le Premier ministre Leo Varadkar l'a qualifié d'"opportunité d'une seule génération", rappelant qu'en cas de victoire du "Non", il n'y aurait pas de deuxième référendum.

Réitérant son appel à voter en faveur du "Oui", le chef du gouvernement irlandais a affirmé que "depuis l'introduction du 8e amendement dans la constitution, 170.000 femmes sont allées à l'étranger pour avorter".

La consultation pose précisément la question de l'abrogation du 8e amendement de la constitution irlandaise, introduit en 1983, qui interdisait l'avortement jusqu'à une réforme votée en 2013 permettant des exceptions lorsque la vie de la mère est menacée.

Aujourd'hui, la législation reste parmi les plus restrictives d'Europe, avec l'Irlande du Nord et Malte notamment. Le viol, l'inceste ou la malformation du f?tus ne sont pas des raisons légales d'avorter.

- Déclin de l'influence catholique -

Lors d'une ultime opération de campagne en faveur du "Oui", jeudi, Ailbhe Smith, qui milite en faveur de l'IVG depuis des décennies, a confié à l'AFP avoir "beaucoup d'espoir", soulignant que d'après elle l'Irlande a "compris que c?est une cruauté qui doit finir maintenant".

Du côté des militants anti-IVG, les opérations de tractage dans les rues ont continué. "Je suis très optimiste", a déclaré Sorcha Nidhonhmaill, une étudiante de 19 ans, près d'un stand de campagne au pied du General Post Office, lieu symbolique du centre de Dublin.

"On voit bien plus de gens qui veulent voter +Non+, ou qui changent d'avis du +Oui+ vers le +Non+", a-t-elle assuré.

Jeudi, quelques milliers d'électeurs avaient déjà voté sur 12 îles au large des côtes irlandaises, en plus de personnes à mobilité réduite, hospitalisées ou encore des personnels diplomatiques et de l'Etat basés à l'étranger, qui ont pu voter par courrier.

La consultation intervient trois ans après la légalisation, par référendum également, du mariage homosexuel en Irlande, qui avait provoqué un séisme culturel dans ce pays de 4,7 millions d'habitants.

Elle traduit le déclin de l'influence de l'Église, autrefois si puissante mais aujourd'hui érodée par les bouleversements économiques et sociaux. L'institution religieuse paie aussi le prix des affaires de pédophilie impliquant des prêtres, parfois couvertes par des responsables ecclésiastiques.

Selon le Pr Diarmaid Ferriter, de l'University College Dublin, les mentalités ont profondément évolué depuis 1983.

"A l'époque, le débat était dominé par des voix plus âgées, masculines, et l'Église se trouvait manifestement dans une position beaucoup plus puissante qu'aujourd'hui", a-t-il dit à l'AFP. "Le profil des militants des deux côtés est bien plus jeune aujourd'hui".

© 2018 AFP