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Amériques

Gustavo Petro ou l'espoir d'un pouvoir de gauche en Colombie

© John Vizcaino, AFP | Gustavo Petro est le premier candidat de gauche à se hisser au second tour de l'élection présidentielle en Colombie.

Texte par Romain HOUEIX

Dernière modification : 17/06/2018

Gustavo Petro peut se targuer d'être le premier candidat de gauche à accéder au second tour d'une présidentielle en Colombie. Avec son discours antisystème, l'ex-guérillero a su susciter l'espoir d'une victoire inédite de son parti dans le pays.

Gustavo Petro a déjà marqué l'histoire de la Colombie. À 58 ans, l'ancien sénateur est devenu le premier candidat de gauche à parvenir à se hisser au second tour d'une élection présidentielle. Dimanche 17 juin, il fera figure d'outsider face à Ivan Duque, le candidat de la droite colombienne, que tous les sondages donnent gagnant.

Pour parvenir à ce premier exploit, Gustavo Petro a donné de la voix dans plus de 35 meetings publics pendant les trois mois de la campagne. Cet homme de stature moyenne, aux épaisses lunettes de professeur, est parvenu à électriser les foules grâce à son discours anti-système et sa défense des plus humbles, dans un des pays les plus inégalitaires des Amériques, après Haïti et le Honduras.

Né dans le village caribéen de Cienaga de Oro, la plupart du temps vêtu d'un jean et d'une chemise ample, cet économiste plaide pour un changement de modèle économique : taxer davantage les riches, en particulier les grands propriétaires terriens, abandonner les énergies fossiles, augmenter les dépenses sociales et rendre l'enseignement gratuit. Il séduit avec sa proposition de substituer les énergies fossiles par des énergies propres, de ne pas emprisonner les toxicomanes mais de les soigner, et d'autoriser l'adoption pour les couples homosexuels. Il milite également en faveur des négociations avec les guérillas.

Gustavo Petro a su notamment s'octroyer la sympathie des jeunes. Dans les meetings, son art oratoire attire la jeunesse. Sur les réseaux sociaux, il est le candidat qui comptabilise le plus d'abonnés sur Facebook et Twitter.

Un ancien guérillero

Il est notamment connu pour son passé de guérillero. Le candidat du mouvement Colombie humaine avait rejoint à l’âge de 17 ans le Mouvement du 19 avril (M-19), date qui, par coïncidence, est celle de sa naissance en 1960. Cette guérilla est née de l'insurrection de jeunes militants de gauche, urbains, qui mettaient en cause le marxisme, et se sont rebellés en 1970 contre des fraudes électorales favorisant le Parti conservateur. Vingt ans plus tard, le M-19 signait la paix, déposait les armes et contribuait à rédiger la Constitution qui régit le pays depuis 1991.

Élu de Zipaquira, près de Bogota, il a contribué à la construction du quartier Bolivar 83, où il se cachera des militaires. "Les gens prenaient soin de moi et me protégeaient", se souvient-il. Capturé, il sera emprisonné dans un complexe de l'armée, où il dit avoir été torturé et eu peur pour sa vie.

Gustavo Petro, qui s'est fait remarquer au Parlement, où il a siégé plusieurs fois entre 1994 et 2010, en dénonçant la corruption et les liens entre politiques et paramilitaires d'extrême droite, polarise. Son véhicule a été la cible de tirs début mars, ce qui a fait naître chez ses partisans la crainte qu'il ne soit assassiné, comme cinq candidats à la présidence depuis un siècle et plusieurs centaines de militants syndicaux au cours de l'année écoulée.

Une réputation d'arrogant et de mauvais gestionnaire

Si ses discours en faveur du progressisme social et de la redistribution des richesses lui ont gagné les faveurs des classes populaires et des jeunes, la figure du Gustavo Petro reste un repoussoir pour une grande partie des 36 millions d'électeurs colombiens. De son passage à la mairie de Bogota (2012-2015), il a également gagné une réputation d'arrogant et mauvais gestionnaire.

Pour ses critiques, c'est un "populiste radical". La droite lui reproche en bloc son passé de guérillero, son autoritarisme, son programme de réformes "irréalisable". Enfin, son soutien à l'ancien président du Venezuela, Hugo Chavez, lui cause bien des soucis. Si Gustavo Petro s'est désolidarisé de son successeur, Nicolas Maduro, ses adversaires clament souvent que la Colombie suivrait la pente de son voisin en faillite en cas d'élection du candidat de la gauche.

Gustavo Petro sait que le scrutin de dimanche va se jouer au centre. Le candidat de gauche a donc accepté de modérer son programme et d’oublier son projet d'Assemblée constituante. Pourtant, les partis et candidats du premier tour continuent de lui tourner ostensiblement le dos. Le Parti libéral a annoncé son ralliement à Ivan Duque. Leur candidat, Humberto de la Calle, grand architecte de l'accord de paix, a quant à lui annoncé sa volonté de voter blanc, malgré la lettre écrite par Gustavo Petro pour le convaincre qu'il est le seul à même de faire respecter l'accord de paix.

Gustavo Petro n'a pas eu plus de succès avec Sergio Fajardo, arrivé troisième pour seulement 300 000 voix d'écart. Lui aussi a annoncé qu'il voterait blanc. L'ancien maire de Medellin veut rester fidèle à sa ligne centriste : "Ni Petro, ni Duque". Mais sa base est moins catégorique, plusieurs des intellectuels l'ayant soutenu ont apporté leur soutien au candidat de la gauche, voyant en lui le seul recours face à la droite et à la fin de l'accord de paix. Une majorité du Parti vert, membre de la coalition de Fajardo, a également annoncé son ralliement. Dernier soutien de prestige, l'ancienne otage des Farc Ingrid Betancourt a déclaré qu'elle voterait Petro.

Pour certains analystes, le non-soutien des partis établis pourrait paradoxalement finir par jouer en faveur de Gustavo Petro, qui a bâti sa campagne sur un discours anti-élites. Le rejet des alliances parfois contre-nature des partis pourrait amener les bases militantes à reporter leur vote sur lui, selon l'analyse de Tristan Ustyanowski, journaliste de France 24 établi à Bogota.

Mais, s'il parvient à déjouer les pronostics dimanche, Gustavo Petro risque néanmoins d'avoir une marge de manœuvre limitée par un Congrès où l'assise de la droite a été confirmée par les élections législatives de mars.

Avec AFP

Première publication : 17/06/2018

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