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EUROPE

Espagne : Sanchez veut retirer Franco de son mausolée et en faire un "lieu de réconciliation"

© Philippe Desmazes, AFP | Franco repose non loin de Madrid, dans la Valle de los Caidos (Vallée de ceux qui sont tombés), un monument dédié aux combattants franquistes durant la guerre civile espagnole.

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 19/06/2018

Déjà approuvé par la chambre des députés, le retrait de la dépouille de l'ancien dictateur Francisco Franco du mausolée de la Valle de los Caidos, près de Madrid, est une priorité pour le nouveau gouvernement socialiste de Pedro Sanchez.

Le nouveau gouvernement socialiste espagnol est décidé à retirer les restes du dictateur Francisco Franco de son mausolée près de Madrid pour dédier ce lieu à la "réconciliation", dans un pays où le débat reste entier sur le travail de mémoire.

Une large majorité de députés (198 sur 350) l'avaient demandé en vain l'an dernier à l'ancien gouvernement conservateur de Mariano Rajoy. Le gouvernement de Pedro Sanchez en fait une priorité : "Il y a déjà eu un accord à la chambre des députés" sur le retrait de la dépouille située dans la Valle de los Caidos (Vallée de ceux qui sont tombés), a déclaré lundi la vice-présidente de l'exécutif, Carmen Calvo. "Ce que nous allons faire en tant que gouvernement, c'est chercher la formule pour le mettre en pratique."

L'objectif est de convertir le mausolée "en lieu de réconciliation (...) et non d'apologie de la dictature", a souligné de son côté Oscar Puente, porte-parole du Parti socialiste (PSOE).

Arrivé au pouvoir il y a un peu plus de deux semaines, Pedro Sanchez – qui pourrait aborder le sujet lundi soir dans le cadre de sa première interview télévisée – a donc érigé la question des restes de Franco en dossier prioritaire.

Un complexe monumental

La Valle de los Caidos est un complexe monumental commémorant la guerre civile espagnole, que Francisco Franco, chef de l'État de 1939 à 1975, avait imaginé et fait construire, à 50 km à l'est de Madrid.

L'ancien dictateur y est inhumé près de l'autel de la basilique surmontée d'une croix de pierre de 150 mètres de haut. Sa tombe toujours fleurie voisine avec celle du fondateur du parti fascisant de La Phalange, José Antonio Primo de Rivera.

Au nom d'une prétendue "réconciliation" nationale, Franco y avait par ailleurs transféré les restes de plus de 33 000 victimes de la guerre civile, nationalistes comme républicaines. Généralement sans même en avertir les familles et alors qu'entre 1941 et 1959, ce complexe fut en partie construit par des prisonniers républicains, contraints au travail forcé et parfois morts sur le chantier.

En avril, des experts avaient inspecté ce mausolée controversé pour préparer les exhumations de deux victimes de la guerre d'Espagne enterrées près de lui, les premières sur ordre de la justice.

Ce déplacement des restes de Franco, mais aussi de ceux de Primo de Rivera, était au centre d'une proposition de loi socialiste présentée en décembre dernier, alors que le PSOE était dans l'opposition.

Il était aussi question dans ce texte de la création d'une "commission de la vérité" ou de l'annulation des décisions de justice prises durant la dictature pour des raisons politiques.

Sanchez avait présenté cette proposition dans un lieu symbolique, près de Valence, où plus de 2 000 républicains auraient été fusillés. "Si on ignore un passé inconfortable, on ne peut pas construire un futur confortable", avait-il alors dit.

"Batailles culturelles, conflits artificiels"

Quarante-trois ans après la mort du dictateur, les plaies sont loin d'être refermées et la question du travail de mémoire divise toujours en Espagne.

"Le parti socialiste nous a habitués à mener ces batailles culturelles" qui "n'apportent rien à la coexistence et à la concorde", a jugé Andrea Levy, la vice-secrétaire du Parti Populaire (PP) de Mariano Rajoy, la formation ayant succédé à l'Alliance Populaire, fondée pendant la transition démocratique par d'anciens ministres franquistes.

"L'histoire de la récente démocratie espagnole est une histoire de fraternité et de dépassement des moments les plus tristes", a-t-elle affirmé, tandis que le président PP de la région de Madrid, Angel Garrido, a lui dénoncé des "conflits artificiels".

Le parti libéral Ciudadanos a affiché en revanche son ouverture, tandis que la gauche radicale de Podemos, principale force au parlement après le PSOE à avoir porté pedro Sanchez au pouvoir, a salué cette initiative.

Pablo Echenique, l'un des cadres de la formation, a ainsi dénoncé la présence d'un "dictateur génocidaire dans un mausolée gigantesque à qui on rend les honneurs alors qu'il y a des dizaines de milliers de morts (républicains) dans les fosses communes".

Dans "The Spanish Holocaust", l'historien britannique Paul Preston évalue à 200 000 les morts au combat, et avance le même chiffre pour les assassinats et les exécutions, dont 150 000 victimes des franquistes.

Avec AFP

Première publication : 19/06/2018

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