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EUROPE

Turquie : Erdogan et son régime ultra-présidentiel à l'épreuve des élections

© Yasin Akgul, AFP | Dans un bureau de vote à Istanbul, le 24 juin 2018.

Vidéo par Fatma KIZILBOGA

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 24/06/2018

Plus de 56 millions d'électeurs turcs sont appelés à voter, le 24 juin, pour un scrutin à la fois présidentiel et législatif, âprement disputé entre le chef de l'État Erdogan et une opposition rassemblée autour de Muharrem Ince.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan avait mis toutes les chances de son côté en provoquant le scrutin présidentiel et législatif avec un an d'avance sur le calendrier prévu. Dimanche 24 juin, il affronte pourtant les élections les plus difficiles de son règne.

Les plus de 56 millions d'électeurs ont jusqu'à 17 h locales (16 h françaises) pour choisir entre l'actuel président et une opposition unie et déterminée à stopper la répression, dont elle est la cible depuis la tentative de putsch de juillet 2016.

Voyant dans ces élections la dernière chance de sauver le régime parlementaire en vigueur en Turquie et d'arrêter la course du président vers un régime ultra-présidentiel, qui lui donne les pleins pouvoirs, des partis aussi différents que le CHP (social-démocrate), l'Iyi (nationaliste) et le Saadet (islamiste) ont noué une alliance "anti-Erdogan" inédite pour le volet législatif des élections, avec l'appui du HDP (prokurde).

Le candidat du CHP à la présidentielle, Muharrem Ince, un député pugnace, s'est imposé comme le principal opposant pour la présidentielle, électrisant plusieurs centaines de milliers de partisans lors de gigantesques rassemblements aux allures de démonstrations de force.

La campagne a tourné au corps à corps entre ces deux orateurs charismatiques, qui ont ferraillé jusqu'au dernier moment, en tenant samedi des meetings concurrents à Istanbul. Recep Tayyip Erdogan a tourné en dérision le manque d'"expérience" de Muharrem Ince, lequel a promis une "Turquie différente".

Erdogan pourrait perdre sa majorité au Parlement

Depuis l'avènement en 2002 de son parti, l'AKP, Recep Tayyip Erdogan s'est imposé comme le plus puissant dirigeant turc après le fondateur de la République Mustafa Kemal, transformant le pays à coups de méga-projets d'infrastructures et de réformes sociétales, libérant l'expression religieuse.

Ses détracteurs accusent le "Reïs" âgé de 64 ans de dérive autocratique, en particulier depuis la tentative de putsch de juillet 2016, qui a été suivie d'une répression sans merci contre des opposants et des journalistes, tendant davantage les rapports entre Ankara et l'Occident.

>> À lire : Turquie, la grande purge

Si l'actuel président compte sur sa propre réélection, il est loin d'être assuré de recueillir les 50 % nécessaires pour éviter un second tour de scrutin - qui se déroulerait alors le 8 juillet.

Surtout, les observateurs n'excluent pas que l'alliance de l'opposition puisse priver l'AKP de sa majorité parlementaire, ce qui plongerait la Turquie dans l'inconnu au moment où elle affronte une situation économique délicate.

Inflation à deux chiffres

L'économie, qui a longtemps été l'atout de l'AKP, s'est imposée comme un sujet de préoccupation majeur avec l'effondrement de la livre turque et une inflation à deux chiffres, qui ont frappé les Turcs au portefeuille.

Pendant la campagne, l'actuel président a plusieurs fois semblé sur la défensive, promettant par exemple de lever rapidement l'état d'urgence ou encore d'accélérer le retour dans leur pays des réfugiés syriens, mais uniquement après que Muharrem Ince eut promis la même chose.

Les opposants d'Erdogan ont également fait campagne contre le régime présidentiel qui deviendra effectif après ces élections, au terme d'un référendum constitutionnel controversé remporté par le président en avril 2017.

Pour Recep Tayyip Erdogan, cette transformation est nécessaire, afin de doter le pays d'un exécutif fort et stable, mais ses opposants l'accusent de vouloir monopoliser le pouvoir avec cette mesure qui supprime notamment la fonction de Premier ministre et permet au président de gouverner par décrets.

Mais leurs arguments ont-ils été entendus à travers la Turquie ? La campagne a en effet été marquée par une couverture médiatique très inéquitable en faveur du président turc.

>> À lire : Comment l’opposition turque a déjoué le blackout médiatique

Le candidat du parti prokurde HDP, Selahattin Demirtas, qui rivalisait autrefois sur les estrades avec Recep Tayyip Erdogan, a dû faire campagne depuis une cellule de prison : accusé d'activités "terroristes", il est détention préventive depuis 2016.

L'un des facteurs déterminants de ce double scrutin sera d'ailleurs le vote de l'électorat kurde. Si le HDP franchit le seuil de 10 % des voix permettant d'entrer à l'Assemblée, l'AKP pourrait perdre sa majorité parlementaire.

Craignant des fraudes qui pourraient faire pencher la balance, en particulier dans le sud-est à majorité kurde, l'opposition a mobilisé une armée d'observateurs pour surveiller les urnes.

Avec AFP

Première publication : 24/06/2018

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