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Culture

Hommage à Geoffrey Oryema, la voix de l'exil venue d'Ouganda

© John Macdougall, AFP | Geoffrey Oryema au festival de film de Berlin en 2007, nommé pour avoir signé la musique du documentaire "Invisibles" produit par Javier Bardem.

Texte par Priscille LAFITTE

Dernière modification : 25/06/2018

L’Ougandais Geoffrey Oryema se destinait à faire du théâtre à Kampala quand l’assassinat de son père l’a jeté sur les routes de l’exil. C’est en musicien reconnu, habitant de Lorient, en Bretagne, qu’il est mort le 22 juin 2018. Hommage.

L'histoire de Geoffrey Oryema a surtout été marquée par l’exil, lui qui avait quitté son Ouganda natale dans un coffre de voiture à l’âge de 22 ans pour n'y retourner que quarante ans plus tard, en 2016, mu par une affection forte pour sa terre natale. Itinéraire en deux étapes de celui qui berça dans les années 1990 nos oreilles de son blues rugueux et rêveur et qui est décédé le 22 juin à Lorient, à l’âge de 65 ans.

Oryema a signé la "bande-son afro-européenne" des années 90

"Je cherche un son, une identité musicale", disait simplement Geoffrey Oryema face à la caméra de France 2, alors qu'il était invité au Printemps de Bourges en 1991. L’Ougandais venait d’enregistrer son premier album l’année précédente, grâce au parrainage des musiciens Brian Eno et Peter Gabriel. Ce dernier, ancien membre du groupe Genesis, recherchait pour son nouveau label Real World Records "des musiques qu’on n’entend pas habituellement à la radio et à la télévision". Pari gagné : le petit écran français s’empare de cette nouvelle voix et diffuse pendant sept ans, à chaque générique de l’émission "le Cercle de Minuit" animée par Michel Field, le titre "Yé yé yé".

Le son de Geoffrey Oryema prend racine dans le blues, marche lancinante et régulière, qui traîne un peu la patte et frappe les cordes pour garder le tempo. Leonard Cohen est son grand frère folk, même nostalgie faite voix, même réconfort trouvé dans des accords mineurs. Oryema pousse l’hommage jusqu’à enregistrer sa version de "Suzanne".

Sa voix résonne jusqu’aux États-Unis, où il effectue une tournée avec son deuxième album "Beat the border" en 1994. Il se fait aussi aimer du grand public français en signant la bande-son du film "Un Indien dans la ville", aux côtés de Manu Katché et de Tonton David – il est le O du groupe KOD. Cette collaboration lui vaut en 1996 une Victoire de la musique.

Suivra un troisième album "Night tonight" en 1997, avec la collaboration du chanteur zaïrois Lokua Kanza.

On dit un peu rapidement, pour sacrifier à la formule courte, que Geoffrey Oryema a signé la "bande-son afro-européenne" des années 90, qu’il a ouvert nos oreilles d’Européens à la musique acoustique africaine. En fait, Geoffrey Oryema maniait autant l’instrumentarium ougandais – le piano à pouce sanza et la harpe à cinq cordes nanga – que les sons pop et rock anglais qui avaient nourri sa jeunesse – son pays était encore sous protectorat britannique lorsqu’il naquit à Soroti en 1953. Il chantait en anglais et en français, comme en acholi et en swahili.

Jeune adulte, Geoffrey Oryema se voyait plutôt dans le théâtre, il avait débuté sur les planches à Kumpala avec la compagnie qu’il avait fondée, et par laquelle il cherchait à réinventer "un théâtre de l’absurde griffé de sons tribaux et d’improvisations, serti d’allégories, nourri de rumeurs et d’onomatopées, dont on retrouvera les influences, plus tard, dans ses chansons", analysera plus tard Franck Tenaille dans "Le swing du caméléon. Musiques et chansons africaines, 1950-2000", paru chez Actes Sud et cité par Le Monde.

Il quitte Kampala dans le coffre d'une voiture, il y revient en musicien adoubé

Sa vie prend un virage inattendu en 1976, lorsque son père, ministre des Ressources naturelles sous Amin Dada, est retrouvé mort, probablement assassiné. Geoffroy est âgé de 22 ans, il prend la fuite dans un coffre de voiture, atteint le Kenya, puis l’aéroport de Paris. Ce n’est qu’une décennie plus tard qu’il perce avec son premier album "Exile", portant son exil en titre et enregistré dans les studios "Real World Records" en Angleterre. Ses deux albums suivants ont été enregistrés dans ce même studio. Et s’il a fini par jeter l’ancre en Bretagne, à Lorient, et obtenir la nationalité française, Oryema contait encore et toujours son histoire, si emblématique de toutes les histoires de migrations aujourd’hui. Il y a quelques mois, en février 2018, il donnait une conférence sous forme de conte musical : "Vous êtes, je suis, nous sommes tous des migrants, ça dépend des circonstances. Si on pouvait donner un peu de notre temps, rien que le temps", plaidait-il.

Geoffrey Oryema n’a jamais oublié d’où il venait et ce qu’il a traversé. Il a donné son nom à un centre d’hébergement situé à Bobigny, dans la banlieue nord-est de Paris, et offert un concert le soir de l’inauguration.

Il a foulé de nouveau sa terre natale en 2016, premier retour depuis sa fuite. Il avait quitté Kampala dans le coffre d'une voiture, il y revient en musicien adoubé par la scène internationale. Les autorités avaient fini par reconnaître la mort de son père, rappelle RFI dans un reportage, dans lequel perce l’émotion d’Oryema : "Il faut avancer. Il était temps. J'avoue qu'hier, quand on a atterri à Entebbé, il s'est passé quelque chose en moi. L'opposé de ce qu'il s'était passé, il y a quarante ans. Cette fois-ci, j'ai senti une force tranquille qui m'a parlé."

Il n’a jamais quitté l’Ouganda des yeux et suivi attentivement le procès de Dominic Ongwen, ancien commandant de l’Armée de résistance du seigneur (LRA), l'un des groupes armés les plus violents au monde, auteure de crimes contre l'humanité. "Dans mon dernier album, il y a une chanson en forme d'une lettre que j'adressais au commandant Joseph Kony [chef actuel de la LRA, NDLR]. Ça m'a presque coûté la vie. J'ai reçu des menaces de mort. Dans cette lettre, je n'accuse pas Joseph Kony, mais je voudrais savoir pourquoi les enfants de 4, 5, 6, 7, 8 ans, ont des Kalachnikov. Tous ces enfants sont aujourd'hui adultes et leur vie est foutue", confiait-il à RFI en 2016.

Geoffrey Oryema a prévu de reposer dans la terre ougandaise, "perle de l’Afrique" selon l’expression de Winston Churchill. Quelques jours après sa mort, une cérémonie religieuse se déroulera à Plomeur, dans le Finistère. Ses cendres feront ensuite le voyage jusqu’aux terres familiales, situées dans le nord de l’Ouganda et qu’il invoquait dans "Land of Anaka".

Première publication : 25/06/2018

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