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Amériques

Mexique : López Obrador, un vétéran de la gauche s'empare du pouvoir

© Ronaldo Schemidt, AFP | "Ensemble, nous ferons l'histoire" promet la coalition dirigée par Andre Manuel Lopez Obrador, dit Amlo.

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Romain HOUEIX

Dernière modification : 02/07/2018

Andres Manuel López Obrador, dit Amlo, a remporté dimanche la présidentielle au Mexique. Cet orateur issu de la gauche a séduit en proposant de mettre fin à la corruption et la pauvreté. Portrait.

“Je ne volerai pas, je ne mentirai pas, je ne trahirai pas le Peuple.” Ainsi est résumé le programme d’Andres Manuel López Obrador, champion de la gauche mexicaine et grand gagnant de la présidentielle du 1er juillet.

Dans un pays gangrené par la corruption et le crime organisé, celui que tout le monde surnomme Amlo promet de changer le Mexique en mettant l’accent sur la redistribution économique et la fin de l’impunité. Lors de sa campagne, il a multiplié les meetings pour clamer sa proximité avec “le peuple”, ce qui lui vaut parfois d’être taxé de “populiste” par ses adversaires : Jose Antonio Meade Kuribreña, candidat du PRI (centre-droit) et Ricardo Anaya Cortés, représentant du PAN (droite).

>> À lire aussi : Portraits d'électeurs

Un vieux routier de la politique mexicaine…

Andres Manuel López Obrador commence sa longue carrière politique dans les années 1970 au sein du PRI, le Parti révolutionnaire institutionnel, alors au pouvoir depuis 1929.

Son militantisme lui vaut d’être nommé à l'Institut des peuples indigènes de l'État de Tabasco, son état natal. Issu d’un milieu modeste, il est alors un fervent partisan de l’aile gauche du PRI. Un tropisme qui le fait rejoindre le Courant démocratique, faction dissidente du PRI, qui mènera à la création du Partido Radical démocratico (PRD) clairement orienté à gauche, et dont Amlo est le président de 1996 à 1999.

En 2000, il est élu maire de la ville de Mexico. Un mandat qu’il met à profit en multipliant les programmes sociaux pour aider les franges les plus pauvres de la population, notamment les seniors. Lorsqu'il quitte ses fonctions en 2006, il affiche une cote de satisfaction de 90 %. Amlo rêve alors d’un destin national.

Il se présente donc à la présidentielle de la même année avec le slogan “pour le bien de tous, et surtout des pauvres.” Longtemps favori des sondages, il est annoncé battu de 0,5 % par le candidat du PAN, Felipe Calderón. Amlo refuse alors de reconnaître sa défaite et dénonce des fraudes. Ses partisans envahissent le Zocalo, la place centrale de la capitale Mexico et y campent pour réclamer un recompte des voix. Et malgré la validation du processus de vote par des observateurs internationaux, Amlo se proclame “président légitime du Mexique”

En 2006, les partisans d'Amlo avait envahi le Zocalo pour protester contre des fraudes.
© Eunice Adorno, AFP

Figure de l'opposition durant le mandat de Calderón, il retente de nouveau sa chance à la présidentielle de 2012. Mauvais perdant, Amlo se refuse de nouveau à reconnaître sa défaite malgré l’écart de 10 % qui le sépare d’Enrique Peña Nieto. Dans la foulée, il quitte le PRD pour fuir les dissensions internes et les scandales de corruption qui commencent à s'accumuler à gauche.

Il fonde alors Morena (le Mouvement pour la régénération nationale), un mouvement social qui devient par la suite un parti. Sa déclaration de principes est fermement ancrée à gauche, avec une conception horizontale du pouvoir et une place importante accordée à l’écologie.

Un vieux routier qui séduit les jeunes

Amlo sillonne le Mexique pour rallier les électeurs, se vantant d’avoir visité chacune des 2 446 municipalités que compte le pays. Et il le jure, cette troisième candidature sera la dernière. Ses meetings font recette, les foules se pressent pour entendre ses longs discours.

Tel est le tour de force d'Amlo : à 64 ans, il est parvenu à incarner l’espoir d’un renouveau mexicain. "Le pays sera nettoyé !", a-t-il promis dans le stade Azteca, qui compte 87 000 sièges et était pratiquement plein pour son événement de fin de campagne.

Adepte d’une rhétorique anti-élites, ce populiste – il le revendique – veut chasser “la mafia au pouvoir”. Comprendre le PRI qui a gouverné le pays de 1929 à 2000 sans interruption, puis de 2012 à aujourd’hui, ainsi que le PAN qui a assuré l’interim.

Andres Manuel López Obrador a mis au cœur de la campagne les inégalités criantes qui touchent le pays nord-américain : 50 millions de Mexicains, soit près de la moitié des habitants du pays, vivent sous le seuil de pauvreté, tandis que deux tiers des richesses sont aux mains de 10 % de la population.

Son discours séduit notamment les jeunes, une population loin d’être négligeable au Mexique. Lors des élections du 1er juillet, 14 millions de personnes seront des primo-votants soit 17 % de l’électorat. Et parmi eux, 36 % s’identifient aux idées du parti Morena.

Un contrepied dans la guerre contre la drogue

Adouci par rapport à ses deux premières campagnes, il se présente cette fois comme un patriarche bienveillant. Il veut croire que la résorption des inégalités permettra de combattre la mainmise du crime organisé sur le Mexique. “Becarios ! No sicarios” (Des boursiers ! Pas des tueurs à gage !)”, aime-t-il répéter dans ses discours, soulignant l’importance d’offrir aux jeunes des perspectives d’avenir pour éviter qu’ils ne tombent dans le monde des cartels, qui offre souvent de biens meilleures rémunérations.

Là où ses deux principaux adversaires prônent la continuité dans la guerre contre la drogue, à savoir la militarisation du conflit contre les cartels initiée par Felipe Calderón en 2006, Amlo fait le pari, un peu naïf, du “Amor y paz” (Amour et paix”). Il souhaite amnistier les petites mains du trafic – cultivateurs de pavot, jeunes enrôlés comme guetteurs ou transporteurs – pour réconcilier la société, tout en amenant les trafiquants ayant du sang sur les mains devant la justice.

Le site Insight Crime, spécialisé dans le crime organisé, salue dans une note le contrepied inédit du candidat de Morena, tout en déplorant un manque de détails concrets sur son plan d’action, une lacune également soulignée par plusieurs commentateurs politiques mexicains. “Au mieux, ces plans peu aboutis seront vains ; au pire, un retour en arrière.” redoute Insight Crime.

Un castro-chaviste pour la droite

Amlo joue en permanence la carte du peuple contre les élites. En tant que maire de Mexico, il avait mis en place des référendums pour que les habitants de la capitale puissent éventuellement le révoquer. Lui président, il promet de diviser par deux son salaire et de transformer Los Pinos (le palais présidentiel local) en musée afin de le rendre au peuple.

Pour contrer son envolée dans les sondages, les deux rivaux de López Obrador ont donc agité le chiffon rouge de la menace d’un nouveau Venezuela, le comparant à Hugo Chavez, ou pire, en Nicolás Maduro mexicain. Un argument habituel des droites d’Amérique latine, notamment utilisé au Chili par le président Sebastian Piñera face à la montée de la gauche radicale, ou par Ivan Duque, le nouveau président colombien pour discréditer son concurrent Gustavo Petro. Et cela avait d’ailleurs probablement coûté à Amlo l’élection de 2006.

Plusieurs entrepreneurs ont d’ailleurs exhorté leurs employés à ne pas voter pour ce “populiste” qui ruinera le Mexique. Sa volonté affichée de revoir des contrats pétroliers et de réexaminer un nouveau projet d'aéroport en chantier inquiète les milieux d’affaires.

Et en mars dernier le #Amlovich est apparu sur les réseaux sociaux, une manière de l’associer à une ingérence russe et au communisme, deux "gros mots" au Mexique. Amlo a préféré en rire, en arborant le traditionnel chapeau russe sur lequel figurait son nom transformé en "Andres Manuelovich".

Le candidat de Morena sait toutefois qu’il doit donner des gages aux milieux d'affaires. Il a rencontré le 5 juin les dirigeants des principales entreprises du pays. "Nous allons avoir une relation de coopération entre le secteur privé et le secteur public”, a-t-il garanti. Le président du CCE (un syndicat de patrons mexicains), Juan Pablo Castañón, a évoqué ”un dialogue ouvert et sincère“.

Un conservateur sur les questions de société ?

Il n’y a cependant pas que sur sa droite que le favori des sondages est critiqué. Pour rassurer les milieux d’affaires, Amlo a également annoncé qu’Alfonso Romo, ancien industriel millionnaire, sera son chef de cabinet. Une nomination qui hérisse à gauche.

“Croyant laïque”, Amlo ne s’est jamais prononcé non plus sur le mariage homosexuel, ni sur la légalisation de l’avortement, pourtant autorisés – après son mandat – dans son fief de Mexico. On lui reproche son alliance avec le parti évangéliste, Encuentro social, farouchement opposé à ces questions. Un grand écart qui fait qu’Amlo apparaît aujourd’hui comme plus conservateur que progressiste sur les questions sociétales.

Toutefois, faute d’alternative, toute la gauche, même critique, s'est ralliée à la candidature d’Amlo. Et si la victoire à la présidentielle lui est acquise, malgré un risque de fraudes toujours présent, Amlo n’aura les mains réellement libres que si sa coalition parvient à conquérir les deux chambres du Parlement.

Première publication : 28/06/2018

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