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FRANCE

Pollution plastique du littoral, un fléau mondial

© Sonny Tumbelaka, AFP | Ramassage de déchets sur une plage d'Indonésie, en décembre 2017.

Texte par Françoise MARMOUYET

Dernière modification : 06/07/2018

Après l'annonce d'un plan biodiversité par le gouvernement français, dont un volet concerne la lutte contre les déchets plastiques, France 24 fait le point avec la Surfrider Foundation sur cette pollution qui détériore les océans.

Huit millions de tonnes de plastique se retrouvent chaque année dans les océans, selon l’Unesco, et des milliers d’espèces sont affectées, dont 663 en France. Pour Philippe Maison, manager de Surfrider Foundation, une ONG qui alerte depuis près de trente ans sur les ravages de la pollution plastique, le gouvernement français peut mieux faire que son objectif "zéro plastique en mer d'ici 2025".

France 24 : Depuis trente ans que Surfrider Foundation arpente les littoraux aquitains, quelles sont les évolutions ?

Philippe Maison : Nous ramassons de plus en plus de plastiques sur les plages. Nous le constatons régulièrement lors de nos campagnes "initiatives océanes", au cours desquelles nous arpentons le littoral avec des bénévoles pour collecter les déchets qui jonchent nos plages. Cette matière a envahi notre quotidien : sacs plastiques, bouteilles, pailles, cotons-tiges, on en retrouve beaucoup… On ramasse de tout : des jouets, des chaises, aussi ! Il faut savoir que 200 kg de plastiques sont déversés dans les océans chaque seconde à l’échelle mondiale… Sur une année, c’est énorme. Sur la côte basque, très régulièrement, les surfeurs alertent sur la pollution de l’eau, après leurs sessions.

Il faut par ailleurs parler des plastiques, car il y en a des centaines différents, c’est pour ça que c’est si difficile à recycler. On en produit énormément, beaucoup trop, et la plupart finissent dans l’environnement. Et au bout du bout, dans les océans, où les animaux le consomment. On a tous en tête ces images de tortues entravées par des plastiques. Il y a quelques jours, en Thaïlande, une baleine a péri étouffée parce qu’elle avait avalé des sacs confondus avec des méduses. Le plastique vieillit mal et se fragmente jusqu’à former des micros plastiques qu’on ne voit plus. Cela a des conséquences dans la chaîne alimentaire : des poissons plus petits en consomment… et en bout de cycle, nous aussi !

Les mesures annoncées mercredi dans le plan biodiversité – objectif zéro plastique en mer d’ici 2025, interdiction de certains objets jetables comme les cotons-tiges ou les pailles – vous satisfont-elles ?

Ça va dans le bon sens. Cependant, même si zéro plastique d’ici à 2025 est une belle ambition, ça veut dire quoi, concrètement ? Ça signifie qu’on arrivera à stopper le flux de plastiques d’ici là ? C’est une annonce irréaliste, surtout quand on sait qu’on est incapable de faire une filière de recyclage à 100 %. L’interdiction de certains objets, pourquoi pas, mais rallongeons la liste. Ces mesures arrivent bien tard, alors que les associations environnementales alertent depuis des années et militent pour bannir ces objets du quotidien. Il faudrait plutôt soutenir un effort collectif, créer plus d’incitations pour les achats et attitudes "ecolo friendly", rendre accessibles davantage de produits recyclables…

Dans le plan annoncé, je ne lis rien sur l’éducation alors que c’est primordial ! Il faut apprendre à nos enfants les méfaits de la pollution. Pour ma génération c’est foutu mais pensons à celles qui viennent. Enfin, j’aimerais que l’on soutienne davantage les initiatives de science participative, qui implique davantage les citoyens : il est important de collecter des données pour mieux comprendre les pollutions et mieux les combattre. C’est ce que nous faisons au sein de Surfrider Foundation avec Riverine Input [un projet qui vise à produire des données scientifiques pour comprendre l'apport en déchets continentaux des cours d'eaux dans le milieu marin, NDLR].

Cet été, à la plage, quels gestes adopter pour moins polluer ?

Vendredi commence le premier week-end des vacances estivales, et des milliers de personnes vont se rendre sur nos littoraux. Le message à faire passer est simple : "Il faut se comporter à la plage comme à la maison". Chez soi, on n’enfouit pas les mégots sous le tapis, on ne balance pas de bouteille au sol, voire, on se munit d’une poubelle ! Si la plage est belle, on fait tout pour la garder ainsi : il faut rappeler à tous le sens du mot "civisme". Ne pas hésiter non plus à signaler à un pollueur qu’il se comporte mal.

Et au quotidien ?

Il y a mille petits gestes simples à adopter. Les alternatives au plastique existent. Ne consommons plus d’eau en bouteille plastique et préférons les gourdes. Et, si l’eau du robinet laisse à désirer, battons-nous auprès des pouvoirs publics pour obtenir une eau de qualité. On peut se passer de nombre de produits aux effets dévastateurs. Les cotons-tiges sont inutiles : lavons nous les oreilles sous la douche, ou comme le faisait ma mère, on peut mettre un bout de coton sur une allumette, c’est moins polluant. Achetons-en vrac pour éviter les emballages. Et ne soyons pas conservateurs et rétifs au changement ! Ça n’a pas été si difficile de se passer de sacs plastiques lors de nos achats, on a réussi à bannir la cigarette dans plein d’endroits, donc nous sommes capables de nous passer de ces objets nocifs du quotidien.

Première publication : 05/07/2018

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