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Les Bleus en finale : les Français rassemblés autour d'une "émotion positive"

© Eric Feferberg, AFP | Dans les rues de Paris, mardi 10 juillet, les mêmes scènes de liesse qu'en 1998, lors de la victoire des Bleus de Zidane.

Vidéo par FRANCE 2

Texte par Alcyone WEMAËRE

Dernière modification : 12/07/2018

La qualification des Bleus pour la finale de la Coupe du monde de football a suscité une ferveur d’une ampleur inattendue en France. L'envie de revivre 1998 et celle de rassembler sur "une émotion positive" explique cet engouement.

Combien de Français sont descendus dans la rue, mardi 10 juillet, après la victoire des Bleus et leur qualification en finale de la Coupe du monde 2018 ? Impossible de le dire, faute d’outils statistiques. Mais la liesse qui s’est emparée du pays a surpris jusqu’aux fans de foot. Sans doute par effet de contraste, avec l’enthousiasme mesuré suscité par les victoires contre l'Argentine et l'Uruguay lors des huitièmes et des quarts de finale.

(Re)vivre 98, un événement que l'on croyait unique

Bien sûr, les grandes victoires de l’équipe de France donnent toujours lieu à des manifestations spontanées de joie dans la rue. Cela a été le cas en 2000 lors de la victoire à l'Euro ainsi que sur certains matches du Mondial-2014 et de l’Euro-2016. Mais, mardi soir, la liesse avait une ampleur jamais vue depuis un certain mois de juillet 1998 au cours duquel la France a décroché sa première étoile de championne du monde de football. "On est dans le même schéma émotionnel qu'en 1998 où les doutes, sur l'entraîneur notamment, n'avaient été levés qu'en phase finale de la compétition", estime Yvan Gastaut, historien spécialiste du sport et Maître de conférences à l'université de Nice, joint par France 24.

Interrogé par France 24, Gilles Vervisch, philosophe, auteur de "De la tête aux pieds : Philosophie du football", estime, lui, que le souvenir de 98 est pour beaucoup dans cette ferveur inattendue pour une "simple" victoire en demi-finale : "Le philosophe grec Héraclite disait que l’on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. Et la victoire de 98, dont le souvenir a été transmis aux jeunes qui ne l’ont pas vécu, est un moment dont on parlait comme d’un événement unique, d’un mythe même, que, par définition, on ne (re)vivrait jamais. Or le parcours de la France dans ce Mondial-2018 permet de rééditer ce moment de joie réelle".

Se rassembler sur "une émotion positive"

Une victoire en demi-finale fêtée comme une victoire finale… Pour le philosophe, la série d’attentats qui a frappé la France depuis janvier 2015 n’est pas forcément étrangère au supplément de joie qui s’est manifesté : "On sent une précipitation, une urgence des Français à profiter. Le premier attentat qui a eu lieu le 13 novembre 2015 a visé le Stade de France pendant un match des Bleus, cela joue sans doute de manière inconsciente", estime-t-il.

De fait, mardi soir, dans la rue et sur les réseaux sociaux, des Parisiens faisaient pudiquement référence aux attaques terroristes en commentant par exemple : "J'aime pas le foot mais ça fait du bien d'entendre la joie des gens dans la rue et les klaxons plutôt que les sirènes d'ambulance". Une photo festive du bar Le Carillon, dans le 10e arrondissement de Paris, frappé le 13 novembre 2015 a aussi été "liké" plus de 2 500 fois sur Twitter.

Signe que la menace terroriste reste présente dans les têtes malgré la fête : à Nice, peu avant le coup de sifflet final, un pétard a déclenché un mouvement de panique, cours Saleya, faisant une trentaine de blessés légers, a indiqué la préfecture.

"Léger et superficiel, mais joyeux"

Dans ce contexte de menace terroriste, célébrer la victoire des Bleus permet aux Français de se rassembler sur "une émotion positive", estime Gilles Vervisch. "De manière générale, le principe d’union nationale implique l’union contre un ennemi ou un adversaire commun. Cela se passe dans la douleur lorsqu’il s’agit d’un attentat ou d’une guerre. Mais dans le cadre du sport, l’union nationale est sans enjeu et sans gravité". Et d‘ajouter : "On a finalement peu d’occasions de se sentir appartenir à une nation. Alors tant mieux que l’on n’ait pas besoin d’une guerre ou d’un attentat pour cela".

Yvan Gastaut va dans le même sens : "Les attentats nous obligent à nous souder face à l’adversité tandis qu’avec le foot, c’est léger et superficiel, mais joyeux. Et cette séquence positive a son importance".

"Les autres occasions de rassemblement sont soit tristes, comme le décès d'un personnage public ou des attentats, soit clivantes, comme la victoire d'un camp politique", estime, par ailleurs, le sociologue Nicolas Hourcade, spécialiste des supporters de football, dans un entretien à l’AFP.

"Le foot ne règle pas les problèmes"

De plus, un grand événement sportif comme une victoire en Coupe du monde permet un patriotisme qui rassemble, sans tensions, le plus grand nombre selon Gilles Vervisch : "Si quelqu'un se reconnaît dans la victoire des Bleus, personne ne lui demandera de se justifier. C’est une adhésion qui n’est pas conditionnée à une identité, à une origine ou à l’appartenance à une religion", explique-t-il.

Mais si, selon Gilles Vervisch, une victoire en Coupe du monde est "un moment d’émotion que l’on est content de vivre", cela reste "une distraction, un divertissement" : "il y a un côté opium du peuple car, pour les gens qui ont des difficultés, qui sont au chômage par exemple, cela ne change pas grand-chose".

"Le foot ne règle pas les problèmes", poursuit-il. "En 1998, on a beaucoup insisté sur l’équipe 'Black-Blanc-Beur' mais quelques années après, il y avait les émeutes de 2005".  Cette fois, contrairement à 1998, "les Bleus représentent la France, mais sans message", estime Yvan Gastaut.

Pas de message, mais "une joie réelle… et un bonheur illusoire", résume Gilles Vervisch.

Première publication : 11/07/2018

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