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Éthiopie-Érythrée : les enjeux économiques derrière un rapprochement historique

© Michael Tewelde, AFP | Abiy Ahmed, le Premier ministre éthiopien et Isaias Afwerki, le président érythréen, lundi 16 juillet à Addis-Abeba

Texte par Hermann BOKO

Dernière modification : 18/07/2018

Addis-Abeba et Asmara ont décidé de tourner définitivement la page de vingt années de guerre fratricide. Mais si cette paix représente une ouverture sur le monde pour l’Érythrée, elle donne un accès maritime à l’Éthiopie.

Le samedi 14 juillet, c’est par une liesse populaire que Isaias Afwerki, le dirigeant du pays le plus fermé de la Corne de l’Afrique a été accueilli à Addis-Abeba par son homologue éthiopien Abiy Ahmet. Quelques jours plus tôt, les deux dirigeants signaient, "une déclaration de paix et de coopération", à Asmara en Érythrée, mettant fin à vingt années de guerre larvée.

L’annonce a pris tout le monde de court et l'on peut se demander ce que cache le rapprochement inédit entre l’Érythrée et l’Éthiopie ? "C'est totalement inattendu. Il y a un an, personne n'aurait rêvé ce qui est en train de se passer actuellement", affirme Gérard Prunier, historien spécialiste de la Corne de l’Afrique, ancien chercheur au CNRS. Mais au regard des intérêts économiques dans cette partie de l’Afrique, cette décision prend tout son sens.

"L'Éthiopie veut devenir un acteur incontournable"

Pays enclavé entre le Soudan, la Somalie, Djibouti et l'Érythrée, l'Éthiopie veut multiplier ses accès à la mer. Plus de 90 % des activités d’import-export du poumon économique de cette région géostratégique ouverte sur le Moyen-Orient et l'Asie du Sud-est et vers laquelle converge un important trafic maritime international, passent par Djibouti. Cela depuis que l'Éthiopie a perdu sa seule façade maritime après l’indépendance de l’Érythrée en 1991. C'est cette forte dépendance que veut briser Addis-Abeba, qui a multiplié ces dernières années des démarches envers ses pays limitrophes.

Avec une croissance moyenne annuelle de'environ 8 % en 2016, selon le FMI et ses 95 millions d'habitants, "l'Éthiopie veut devenir un acteur incontournable dans la région. Le port de Doraaleh à Djibouti n’est plus suffisant pour son commerce extérieur. La main tendue à l’Érythrée permettra de mettre en place des partenariats économiques pour faire transiter les marchandises par le port d'Assab de l'Érythrée”, explique Mohamed Hamza, journaliste spécialiste de la Corne de l’Afrique. "Le port d'Assab [en Érythtrée] est vital pour l'Éthiopie. Un peu moins pour l’Érythrée qui fait peu d’import-export et dont le trafic passe par Port-Soudan. C’est un peu moins cher pour eux", confirme Gérard Prunier, l'historien spécialiste de la Corne de l’Afrique.

L'accès à la mer Rouge

Déjà en juin 2017, Addis-Abeba avait exprimé l’intention d’entrer dans les parts d’une coentreprise impliquant l’opérateur portuaire émirati DP World pour la gestion du port de Berbera de Somaliland [république autoproclamé en Somalie]. C’est fait depuis mars 2018. L'Éthiopie détient 19 % de la structure portuaire de la république autoproclamée. Le reste des parts étant réparties entre le Somaliland (30 %) et DP World (51 %) qui gère déjà le port de Doraaleh, dont la concession est aujourd’hui objet de litige entre l'entreprise émirati et l’État djiboutien. Le port de Berbera est situé sur le golfe d'Aden, une voie navigable stratégique qui mène à la mer Rouge et au Canal de Suez.

L’ancien Premier ministre éthiopien, Hailemariam Desalegn, avait aussi émis l’intention lors d’une visite officielle au Soudan, en août 2017 de faire passer 50 % des importations de son pays à travers Port-Soudan. "Cela reste dans la réalité compliqué à mettre en place, explique Gérard Prunier. Port-Soudan, l’Éthiopie ne s’en sert presque pas. Mais Assab n’a plus été utilisé par les Érythréens eux-mêmes depuis la fin de la guerre en 2000. Les Éthiopiens qui en ont assez de dépendre de Djibouti, vont donc essayer de le développer pour avoir un accès à la mer Rouge”.

Cependant, il ne faut pas s'attendre à des investissements dans les prochains mois. "C’est trop tôt. Il y a déjà le port de Berbera [Somaliland] et le port de Doraleh [à Djibouti]. Certainement les Émiratis, déjà bien implantés dans cette région, vont mettre en place un pion sur l’échiquier, notamment leur opérateur DP World", explique le chercheur.

De la concurrence pour Djibouti

Ce rapprochement entre l'Éthiopie et l'Érythrée pourrait néanmoins faire grincer des dents. Djibouti, dont l’emplacement géostratégique est unique, a longtemps bénéficié de l’instabilité dans la région – le pays est au carrefour de la mer Rouge de  la Méditerranée et de l’Asie du Sud-Est. Mais le pays pourrait craindre une réduction de son marché portuaire à cause de la montée de la concurrence. Encore que Berbera est plus près de l’Éthiopie que de Djibouti. "D’ici à 2021-2022, le trafic va fortement décliné au niveau de Djibouti. Évidemment, ils ont peur de partager. Donc ils sont moroses", pense Gérard Prunier. Il ajoute : "Le port de Djibouti, du fait de sa situation monopolistique, coûte cher. Ils augmentent tout le temps les tarifs et négligent les marchandises".

Mais Djibouti, qui abrite également plusieurs bases militaires, essaye de moderniser ses infrastructures, et a ouvert, il y a peu, deux autres ports. Un chemin de fer entre Addis-Abeba et Djibouti a aussi été inauguré en 2016. Le rapprochement entre l'Érythrée et l'Éthiopie et les probables investissements qui suivront ne pourront que stimuler économiquement la région.

Première publication : 17/07/2018

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