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Afrique

Présidentielle au Mali : l'inquiétante situation du centre du pays

© Annie Risemberg, AFP | Des Maliens participent à une manifestation, le 30 juin 2018, à Bamako pour dénoncer le massacre de 32 civils à Koumaga, dans le centre du pays, une semaine plus tôt.

Texte par Thomas ABGRALL

Dernière modification : 26/07/2018

Si le nord du Mali est toujours en proie aux groupes jihadistes, la sécurité est aussi menacée dans le centre du pays. Un souci de plus pour Bamako à la veille du premier tour de la présidentielle, dimanche. Entretien avec une spécialiste du Mali.

Les électeurs maliens sont appelés aux urnes, dimanche 29 juillet, pour élire leur nouveau président dans un contexte de tensions sécuritaires. Malgré l'accord de paix signé en 2015 entre le gouvernement et les Touareg, les violences jihadistes ont non seulement perduré mais elles se sont propagées du nord vers le centre du pays, se mêlant à des violences intercommunautaires.

Marie Rodet, spécialiste du Mali et enseignante-chercheure à la School of Oriental and African Studies (SOAS) à Londres, et auteure de l’ouvrage "Les migrantes ignorées du haut-Sénégal (1900-1946) " décrypte la situation.

France 24 : On parle souvent du nord du Mali, mais moins du centre du pays, où la situation sécuritaire est préoccupante…

Marie Rodet :La situation est très grave. Il existe une insécurité quotidienne, avec une série de micro-attaques, dont la presse locale et internationale ne parle pas nécessairement. On constate des attaques des groupes islamistes armés contre les écoles, les institutions de l’État. Les affrontements communautaires entre plusieurs ethnies, notamment les peuls, les dogons et les bambara se multiplient, ainsi que des exactions attribuées à l’armée malienne. La population a peur, est terrée chez elle, les motos ont été interdites dans les villages depuis quelques mois, et certaines écoles sont fermées depuis trois ans, en particulier dans la région de Mopti.

Plus de 50 civils ont été tués lors d’affrontements entre Peuls et Dogons ces derniers mois. Comment expliquer ces violences ?

Ces affrontements interviennent dans un contexte économique et écologique très tendu, sur fond d’insécurité grandissante, ce qui fait que l’on ne peut plus qualifier ces tensions intercommunautaires de conflit "classique" entre Peuls et Dogons. Les Peuls, traditionnellement éleveurs et nomades, suivent les cycles de la transhumance, et se déplacent du nord au sud du pays pour rechercher du fourrage pour leurs bêtes. Ils peuvent se retrouver en conflit avec les agriculteurs sédentaires, notamment Dogons, pour les droits d’accès aux pâturages pour les animaux. Ces derniers accusent régulièrement les Peuls et leurs animaux de détruire leurs récoltes. Le Sahel a connu ces dernières années de nombreuses sécheresses, le spectre d’une famine, ce qui a renforcé les tensions entre les communautés autour de la gestion des ressources naturelles. Le gouvernement annonce de bons chiffres, notamment dans la production de coton, mais qui ne correspondent en rien à la réalité économique du centre du Mali.

L’apparition de groupes jihadistes dans le centre du pays depuis plusieurs années a-t-elle contribué à une recrudescence des affrontements communautaires ?

Oui, et en particulier depuis la création en 2015 du Front de libération du Macina, dirigé par le prédicateur radical Hamadoun Koufa. D’origine peule, il a tenté d’exploiter les tensions existantes, essayant de rallier l'ethnie à sa cause en se référant notamment à l’empire théocratique créé au XIXe siècle. Les populations non peules ont malheureusement fait une association entre Peuls et jihadistes. Face à l'insécurité grandissante, les Dogons ont créé des milices d’autodéfense, comme le "Dan na Amassagou" (Les chasseurs qui se confient à Dieu, NDLR). Tandis que de leur côté, certains groupements peuls ont également constitué, depuis plusieurs années, des groupes d’auto-défense, pour répondre à l’absence de l’État malien dans cette région. Un cycle de représailles qui a déclenché une multiplication des violences.

>> À voir : Quel bilan pour Ibrahim Boubacar Keita ?

Qu’a fait l’État malien pour régler le problème ? 

L’État malien est totalement absent, ne fonctionne plus dans le centre du pays. Les forces de sécurité sont quasi inexistantes, et l’armée intervient de manière ponctuelle pour des interventions qui sont souvent contestées. Les annonces de l’armée de "neutralisation des terroristes" ont régulièrement été condamnées par des organisations de droits de l’Homme, qui ont dénoncé des exécutions extra-judiciaires et l’amalgame entre civils peuls et miliciens islamistes. Le Premier ministre, Soumeylou Boubeye Maïga, a récemment affirmé qu’il irait traquer les islamistes jusque dans leurs villages, ce qui n’a fait qu’augmenter les tensions. Contrairement au nord du Mali, où l’État malien a créé des canaux de communication et de négociation, notamment avec la rébellion touareg, au centre du pays, le gouvernement se retrouve en territoire inconnu.

L’élection présidentielle qui se tient dans trois jours pourra-elle changer la donne ?

Depuis trois semaines, et le début de la campagne électorale, rien ne se passe, toutes les décisions sont en suspens. Tous les candidats parlent de sécurité dans leur campagne, mais la possible réélection d’Ibrahim Boubacar Keita risque malheureusement de ne rien changer. En cinq ans de mandat, il n’a pas agi sur la question, n’a fait preuve d’aucune vision stratégique. À plusieurs reprises, il a opté pour un discours va-t’en-guerre, qui au lieu d’apaiser les tensions, les exacerbe, et renforce les stigmatisations entre les communautés.

Première publication : 26/07/2018

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