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Accueil des migrants en Espagne : un enjeu de politique intérieure

© Jorge Guerrero, AFP | La Croix-Rouge vient en aide à une jeune fille, arrivée dans le port espagnol d'Algesiras, le 21 juillet, avec 110 autres personnes.

Texte par Thomas ABGRALL

Dernière modification : 02/08/2018

En quelques jours, 2 000 migrants sont arrivés en Espagne. Le Parti socialiste, arrivé en juin au pouvoir, a adopté une politique de la main tendue. Avec des arrière-pensées politiques en vue des prochaines échéances électorales.

C’est du jamais-vu depuis de nombreuses années en Espagne. En moins d’une semaine, près de 2 000 migrants sont entrés dans le pays. Depuis le début de l'année, 22 858 personnes sont arrivées en Espagne par la mer et 304 sont mortes en tentant la traversée, selon un décompte publié par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) le 25 juillet. Plus de migrants sont déjà arrivés en sept mois en territoire espagnol que sur toute l'année 2017. Le pays est devenu la première porte d’entrée par la mer de migrants en Europe, devant l’Italie et la Grèce.

"Pas d'immigration massive"

Pour autant, le ministère espagnol des Affaires étrangères a rejeté l’idée d’une "immigration massive", affirmant que le continent avait besoin de "sang neuf". "Nous banalisons le mot massif", alors qu’il faudrait "évaluer les choses à leur juste mesure", a assuré Josep Borrell lors d’une conférence de presse commune avec son homologue jordanien, Ayman Safadi, lundi 30 juillet.

Une déclaration qui confirme les précédentes orientations du nouvel exécutif espagnol. Depuis son arrivée au pouvoir en juin, le président du gouvernement, Pedro Sanchez, défend une politique migratoire plus respectueuse des droits de l'Homme. Il avait ainsi accepté en juin d’accueillir l'Aquarius, bateau affrété par l’association SOS Méditerranée, qui avait été refoulé dans les ports d’Italie et de Malte, avec 629 migrants à son bord.

Un enjeu de politique interne

"Ces prises de position plus à gauche sont directement liées à la politique intérieure espagnole. Le Parti socialiste, à la tête d’une coalition fragile, tente de séduire les électeurs de Podemos et de Ciudadanos, deux nouveaux partis qui ont changé l’équation politique, tout cela en vue des prochaines échéances électorales. Les récents sondages semblent montrer que cette tactique commence à payer", explique Barbara Loyer, spécialiste de l’Espagne et directrice de l’Institut français de géopolitique à l’université Paris VIII. Podemos, parti de gauche radical, et Ciudadanos, formation de centre droit, pourraient jouer les trublions lors des élections municipales, puis européennes, en 2019.

>> À voir, notre reportage : "Espagne :dans l'enfer des exploitations de fraises"

Depuis 1998, le nombre d’étrangers recensés en Espagne a été multiplié par dix, passant de 1,6 % de la population totale en 1998 à 12,2 % en 2016, soit 4,6 millions de personnes, selon l’Institut national de statistiques (INE). Mais alors que les populismes progressent dans toute l'Europe, en Hongrie, en Italie, en Autriche et en Slovaquie, l'Espagne n'est pas pour l'instant guettée par le même danger, estime Barbara Loyer. "La décision d’accueillir l’Aquarius a été critiquée par certains médias espagnols, mais globalement, la question de l'immigration ne suscite pas un débat national comme ailleurs en Europe."

L'extrême droite au plus bas

En 2014, des anciens du Parti populaire espagnol (conservateur) ont lancé le parti Vox, classé à l’extrême droite, mais qui a obtenu des scores insignifiants. "Les petits partis d’extrême droite et anti-islam ont très peu d’influence. Il n’existe pas de question post-coloniale en Espagne avec les Marocains, comme en France avec les Algériens. Il pourrait y avoir des poussées de fièvre dans certaines régions avec une forte proportion d’immigrés, mais on n'en est pas là", ajoute Barbara Loyer.

Des migrants passent dans l'enclave espagnole de Ceuta

En 2017, le nombre de Marocains enregistrés en Espagne atteignait plus de 682 000 personnes, selon des chiffres communiqués par l'analyste. En réalité, ce sont surtout les immigrés en provenance d'Amérique latine (Vénézuela, Colombie…) ou de Roumanie qui ont récemment afflué dans le pays. Mais si le Maroc revenait sur sa politique aux frontières, la donne pourrait changer. "Si le gouvernement décidait de fermer les yeux, comme il semble l’avoir fait quand les migrants sont passés récemment à Ceuta, des centaines de personnes pourraient arriver chaque jour."

Rabat réclame en effet différentes aides qui ne lui sont pas encore parvenues de la part d'États membres de l’UE, et est fortement hostile au développement de "hotspots" sur son sol, comme l’envisagent plusieurs leaders européens.

Prudence des ONG

Les associations de défense des droits de l'Homme restent encore prudentes avant d'évaluer la politique migratoire du nouveau gouvernement. "Il y a eu un certain nombre de gestes positifs. Notre plus grande attente concerne la politique européenne du gouvernement. Pedro Sanchez se veut le moteur d’une nouvelle politique de solidarité européenne vis-à-vis des réfugiés. Il faudra le juger sur les résultats obtenus", explique Nuria Diaz, porte-parole de l’ONG CEAR. "Le gouvernement espagnol sera aussi évalué sur sa capacité d’accueil des migrants, et sa coopération avec différents organismes", poursuit-elle. Débordé par l’arrivée de 2 000 migrants sur son sol, il a demandé à bénéficier d'une allocation de 30 millions d'euros du Fonds européen pour l'asile, la migration et l'intégration (Fami) et du Fonds européen pour la sécurité (FSI).

>> À lire sur InfoMigrants : L'Espagne envisage de retirer les barbelés des clôtures de Ceuta et Melilla

Une autre question épineuse l’attend : celle des "refoulements à chaud", pour lesquels l’Espagne a été condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) en 2017. Des pratiques permettant à la garde civile espagnole de renvoyer aussitôt au Maroc les migrants ayant réussi à franchir la frontière métallique haute de six mètres à Ceuta, sans même examiner leur cas. En janvier 2018, la formation conservatrice du Parti populaire, sous Mariano Rajoy, avait demandé le renvoi de l’affaire devant la grande chambre de la CEDH. "On ne sait pas encore si le Parti socialiste espagnol va renoncer à cet appel, ni s’il va retirer les barbelés des clôtures de Ceuta et Melilla, comme il l’a récemment annoncé. Tout sera plus clair en septembre." 

Première publication : 02/08/2018

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