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L'ouvrière Martha Desrumaux rejoindra-t-elle Simone Veil au Panthéon ?

© Les ami.e.s de Martha Desrumaux | Martha Desrumaux au Congrès Textile, en juin 1948.

Texte par Stéphanie TROUILLARD

Dernière modification : 03/08/2018

Un mois après l'entrée de Simone Veil au Panthéon, une association milite pour qu'une nouvelle femme repose dans le tombeau des grands Hommes. Ouvrière, syndicaliste et déportée, Martha Desrumaux mérite, selon le collectif, d'être enfin reconnue.

Certaines personnes semblent avoir connu mille vies. C’est le cas de Martha Desrumaux. En quatre-vingt-cinq ans d’existence, cette femme originaire de Comines, dans le nord de la France, a été de tous les combats. Ouvrière, syndicaliste, résistante, déportée ou encore députée, son nom est pourtant peu connu.

Trente-cinq ans après son décès, un collectif entend enfin la placer dans la lumière. Alors que Simone Veil a fait son entrée au Panthéon, il y a un mois, l’association lilloise, "Les ami.e.s de Martha Desrumaux" milite pour que la Nordiste l’y rejoigne aux côtés des autres grands Hommes de la nation.  "Nous voulons sortir cette femme de l’oubli", explique l’éditrice Laurence Dubois, présidente de l’association. "Elle a sa place au Panthéon car elle appartenait à cette classe ouvrière qui a construit la France. Je suis ravie que Simone Veil soit entrée au Panthéon, mais il n’y a personne du peuple."

Pendant la Première Guerre mondiale, Martha est évacuée du Nord de la France avec une partie de sa famille. Elle travaille alors dans une usine de Lyon, où elle reste jusqu'en 1920. Cette photographie date de 1919. © Les ami.e.s de Martha Desrumaux

Martha Desrumaux incarne en effet cette France des usines, du travail et de la sueur. Née en 1897, sixième enfant sur sept, elle se retrouve très vite confrontée à la dureté de la vie. Au décès de son père, elle est placée dès l’âge de 9 ans comme domestique dans une famille bourgeoise de la banlieue lilloise. La petite Martha a déjà du caractère. Elle s’enfuit et retourne à Comines où elle commence à travailler à l’usine. À seulement 13 ans, elle adhère à la CGT. "Elle a senti qu’elle pouvait s’investir dans quelque chose. Elle a alors mené des grèves dans des usines textiles. C’était une féministe avant l’heure et une femme du concret. Elle a notamment obtenu que ses collègues ouvrières aient des sabots de bois pour se protéger des flaques d’eau et d’huile", décrit Laurence Dubois.

Résistante jusqu’au bout

Martha adhère ensuite au Parti communiste. Lors du Front populaire, elle continue de défendre les travailleurs du textile. En 1936, elle est même la seule femme membre de la délégation ouvrière aux accords de Matignon. La même année, elle s’implique pour aider les Républicains espagnols. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, son engagement redouble. Elle plonge dans la clandestinité pour organiser des grèves contre l’occupant allemand. Mais en août 1941, elle est arrêtée puis envoyée au camp de Ravensbrück.

En 1927, Martha est choisie pour emmener une délégation de femmes à Moscou pour fêter le 10e anniversaire de la Révolution d'octobre. Elle y rencontre Clara Zetkin, celle qui a initié en 1910, la journée internationale de lutte pour le droit des femmes. © Les ami.e.s de Martha Desrumaux

Malgré les conditions de vie terribles, Martha Desrumaux continue de résister et s’occupe des plus faibles aux côtés, notamment, de Marie-Claude Vaillant Couturier. "Martha, dit Esther Brun, nous fut d'un grand secours. C'est elle qui par son travail aux douches nous procurait du linge propre, des bas, des chaussures et surtout, cet hiver, des lainages, des robes et des manteaux... Martha était celle qui nous aidait le plus ; elle avait tant d'amies dans le camp, tant de sympathies chez les prisonnières de toutes les nationalités...", a témoigné une autre déportée dans le livre "Marie-Claude Vaillant-Couturier : Une femme engagée, du PCF au procès de Nuremberg" de Dominique Durand.

"Sa première qualité, c’est sa non-résignation. Elle ne s’est jamais résignée que ce soit devant le patronat, le régime de Vichy et l’occupant allemand", souligne Laurence Dubois. Tenace, Martha est finalement libérée en avril 1945. Elle reprend alors tout simplement le combat et devient à l’été de cette même année l’une des seize premières représentantes parlementaires en France. Elle poursuit son engagement au sein du conseil municipal de Lille, de la CGT ou encore du mouvement féministe de l’Union des femmes françaises.

Martha après la libération du camp de Ravensbrück, en avril 1945. © Les ami.e.s de Martha Desrumaux

"C’était une femme extraordinaire", résume avec admiration Laurence Dubois. Alors pourquoi n’est-elle pas plus connue ? "Martha était une ouvrière. Elle n’a pas laissé d’écrits. Elle n’était pas non plus mariée avec quelqu’un de connu. Pourtant, l’historien Pierre Outteryck, qui lui a consacré un ouvrage, dit que c’est la plus grande figure du mouvement ouvrier au XXe siècle", répond la présidente des ami.e.s de Martha Desrumaux.

"C’était une invisible"

Pour réparer cet oubli, l’association a lancé une pétition et va, à la rentrée, remettre "en mains propres" au président Emmanuel Macron une demande pour que la militante fasse son entrée au Panthéon, où elle retrouverait deux anciennes de Ravensbrück, Geneviève de Gaulle Anthonioz et Germaine Tillion.

Par rapport à ces prédécesseuses, Martha Desrumaux est cependant beaucoup plus marquée à gauche. "Je sais qu’on va nous rétorquer qu’elle était communiste et de la CGT, mais nous sommes en 2018. C’est une femme qui rassemble et qui a fait tant de choses. Dans le Nord, nous avons des soutiens très différents de Martine Aubry à Xavier Bertrand", précise Laurence Dubois, qui se veut optimiste. En septembre, un collège va ainsi pour la première fois porter son nom à Lille. Un jardin public du XIIe arrondissement de Paris va également honorer sa mémoire. Mais qu’aurait-elle pensé de tous ces honneurs ? "Elle aurait sûrement dit : ‘Pourquoi faites-vous tout cela ?’. Martha était d’une grande modestie. C’était une invisible. Elle a fait tout cela pour les autres et non pour elle."

Première publication : 03/08/2018

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